Fabienne Guyon — Morceaux choisis

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Fabienne Guyon ©DR
Fabi­enne Guy­on ©DR
Ouver­ture
Dès l’âge de 6 ans, j’ai fait par­tie d’une petite troupe et j’ai appris la musique et la danse clas­sique mais, à l’o­rig­ine, je voulais devenir secré­taire médi­cale ! Dès mon pre­mier spec­ta­cle au Mans, ma ville natale, je me suis sen­tie « chez moi » : le pub­lic ne m’ef­frayait pas plus que ça, j’é­tais heureuse de pou­voir m’ex­primer. Sur scène j’ai tout de suite eu l’im­pres­sion de vivre. A 18 ans, il était clair que ma « voie » était toute tracée (rires). Et puis, mes par­ents m’ont tou­jours fait con­fi­ance, soutenue et ça c’est un cadeau ines­timable. Avec le recul, je trou­ve que c’é­tait fou pour eux de pari­er sur moi, d’avoir cette cer­ti­tude. Avoir un équili­bre famil­ial aide énor­mé­ment dans ce méti­er qui est fait de doutes, de mon­tagnes russ­es. Au début je ren­trais au Mans chaque fin de semaine, c’é­tait très impor­tant pour moi. J’ai con­servé très forte­ment ce besoin de racines, d’attaches.

Acte 1 tableau 1 : expo­si­tion des personnages
Le déto­na­teur et le phare lorsque je suis arrivée à Paris, ce fut Mireille. Elle m’a accueil­lie dans son Petit Con­ser­va­toire. Par la suite, ma rela­tion avec elle s’est trans­for­mée en ami­tié. Dès que j’avais un doute, je l’ap­pelais. On dis­cu­tait des heures, nous n’é­tions pas tou­jours d’ac­cord, mais son expéri­ence, son vécu, ses lumières m’ont été plus que béné­fiques. Du reste, nos dis­cus­sions dépas­saient large­ment le cadre de la musique, nous par­lions de tout. Avoir l’opin­ion de cette femme orig­i­nale, qui a eu mille et une expéri­ences dans le show busi­ness, quel priv­ilège ! Nous sommes restées en con­tact jusqu’à son décès. Aujour­d’hui, avant de répon­dre à une propo­si­tion, je me demande tou­jours quels con­seils elle me don­nerait. Elle me manque… Six mois après mon entrée au Petit Con­ser­va­toire, elle m’a fait chanter un extrait de West Side Sto­ry dans une émis­sion de télévi­sion qui lui était con­sacrée. Ce fut une chance con­sid­érable puisque Michel Legrand m’a vu, m’a audi­tion­né puis m’a con­fié le rôle de Madeleine pour la ver­sion scénique des Para­pluies de Cher­bourg. Ensuite Claude-Michel Schön­berg est venu au petit con­ser­va­toire et m’a choisi pour être Cosette dans Les mis­érables… Tout est allé très vite !

Grande scène de l’acte 1
Les para­pluies de Cher­boug ont donc été ma pre­mière comédie musi­cale sur scène à Paris. Je garde en moi la couleur générale de toute cette péri­ode, des répéti­tions aux représen­ta­tions… Je n’avais que 19 ans, j’é­tais très pro­tégée. Ray­mond Jérôme, le met­teur en scène des Para­pluies n’é­tait pas du tout un homme stressé. Très philosophe, il savait com­pos­er avec la per­son­nal­ité de cha­cun. Quand j’ai su ensuite que j’al­lais tra­vailler avec Robert Hos­sein, on m’a dit : ‘Tu vas voir, ça ne va pas être du tout la même chose’. C’é­tait effec­tive­ment très dif­férent mais très intéres­sant. Cette pro­tec­tion je l’ai retrou­vée intacte lors de ma deux­ième expéri­ence avec Jacques Demy, pour son film Une cham­bre en ville. Cela venait beau­coup de lui : c’é­tait un homme telle­ment doux, humain. Il instau­rait un cli­mat de ten­dresse, ce qui est très rare. Une telle ambiance déteint sur les acteurs qui se trou­vent en con­fi­ance et n’ont pas besoin de mon­tr­er la moin­dre agres­siv­ité. J’au­rais adoré retra­vailler avec lui. Cet homme avait en lui les couleurs du bonheur.

Finalet­to de l’acte 1
Je n’ai tra­vail­lé qu’une fois à l’é­tranger, à Lon­dres, pour le spec­ta­cle Ziegfeld. Une très belle expéri­ence. La manière de tra­vailler des Anglais est très dif­férente, très stricte mais en même temps impres­sion­nante. Je me sou­viens, en répéti­tion, ils ont désiré, du jour au lende­main, ajouter un numéro de cla­que­ttes. En deux jours, tout était en place (nous étions tout de même une ving­taine à danser!). En revanche, en France, j’ai le sen­ti­ment d’un échange plus grand entre le comé­di­en et le met­teur en scène. En Angleterre, tout est plus compartimenté.

Acte 2 Scène 1
Par­mi tous les rôles que j’ai joué, c’est Alain Mar­cel qui m’a con­fié les plus beaux, à com­mencer par Audrey dans La petite bou­tique des hor­reurs que je suis prête à rejouer demain ! Son adap­ta­tion était for­mi­da­ble, j’aime beau­coup tra­vailler avec lui, c’est tou­jours plein de sen­su­al­ité. Son tra­vail est très à part. Le con­tact est passé immé­di­ate­ment entre nous. Avec moi il a une rela­tion déli­cate, ce qui n’est pas le cas avec tout le monde. Avec La petite bou­tique je me suis ‘éclatée’ ! Audrey est un per­son­nage rêvé : léger, drôle, sen­suel mais aus­si très sen­si­ble. En résumé : tout ce que j’adore inter­préter ! M’a­muser sur scène m’est indis­pens­able, mais j’aime tout autant avoir mon petit moment de ten­dresse, de sen­si­bil­ité, chose que Lau­rent Pel­ly m’a offert dans Et Vian ! En avant la zique ! avec la chan­son « Terre-Lune ».

Grande scène de l’Acte 2
Lau­rent Pel­ly : voilà encore une ren­con­tre très impor­tante. Il a une approche très par­ti­c­ulière du théâtre musi­cal, très nova­trice à mon sens. Il est dif­fi­cile d’analyser la façon de tra­vailler d’un met­teur en scène lorsque l’on est encore dans le spec­ta­cle. Pour Vian, je m’en rendrai vrai­ment compte à la fin des représen­ta­tions. Je sais déjà le tal­ent incroy­able de ce jeune homme. Souingue était un spec­ta­cle riche : avec rien (qua­tre chais­es et qua­tre ver­res de vin), il a réus­si à faire vivre qua­tre per­son­nages par le choix des chan­sons et une mise en scène inspirée. Je ne suis pas sûre en revanche qu’il ait envie de mon­ter une comédie musi­cale dans le sens clas­sique du terme, il fau­dra lui demander !

Grand final
Aujour­d’hui, je ressens le besoin d’avoir un per­son­nage bien défi­ni à inter­préter. J’aimerais bien refaire une vraie comédie musi­cale. Si j’avais un souhait à for­muler, j’ador­erais inter­préter le per­son­nage-titre de Victor/Victoria. A par­tir du 20 octo­bre, je serai au cabaret le Don Camil­lo avec un tout nou­veau parte­naire qui n’est autre que mon frère ! Nous pré­parons un tour de chant de 25 min­utes com­posé de chan­sons et duos de comédies musi­cales. Après ? Je ne sais pas. Depuis quelques années, je ne suis plus angois­sée de ne pas savoir ce que je ferai dans un proche avenir : les choses vien­nent sou­vent d’elle-mêmes, inutile donc de pani­quer. Je reste ouverte à des tas de nou­velles aven­tures et refuse les a‑priori. Ce dont j’ai besoin, c’est de chanter ! J’ai déjà eu des rôles extrême­ment beaux, entre Les para­pluies, Les mis­érables, La petite bou­tique, Peter Pan, Kiss Me Kate,… J’ai appris depuis quelques années à con­sid­ér­er les choses avec sim­plic­ité, rester hum­ble pour chaque pro­jet. Faire ce méti­er reste un priv­ilège : on n’a pas le droit de se pren­dre la tête.

Déjà, Fabi­enne doit fil­er pour se pré­par­er à entr­er en scène. Que ce soit sur des grandes scènes ou dans des lieux plus intimes, ou même « au coeur du vert », sa voix cristalline n’a pas fini de nous enchanter.

Rap­pel
Tout va bien, la vie est belle car je chante! J’aime les choses fraîch­es, drôles et légères pour assou­vir mon vice favori : rêver!