Emmanuel Touchard — Victor est de retour !

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Emmanuel Touchard ©DR
Emmanuel Touchard ©DR

Com­ment vous est venue l’idée de Luci­enne et les garçons ?
En fait, au gré de mes écoutes et décou­vertes divers­es, j’ai pu enten­dre quelques chan­sons d’Ar­let­ty dont je ne con­nais­sais que très vague­ment le per­son­nage. Cela m’a intrigué et j’ai voulu en savoir plus et j’ai décou­vert des mer­veilles comme Jean Sablon, Mireille, Ray Ven­tu­ra et ses col­légiens. J’ai su immé­di­ate­ment qu’il y avait là matière à faire quelque chose, sans être nos­tal­gique, avec le souci per­ma­nent d’être dans une énergie mod­erne et actuelle. Ces chan­sons des années 20, 30 et 40 par­lent de
l’amour et de la vie avec un regard telle­ment sim­ple et cocasse, il n’y avait plus qu’à créer les per­son­nages qui allaient les servir. La ren­con­tre de nos trois per­son­nal­ités, l’en­vie et le tra­vail ont fait le reste.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce répertoire ?
Je le trou­ve infin­i­ment drôle et touchant. Il par­le de choses sim­ples, avec sou­vent un regard coquin sur les sit­u­a­tions. Nom­bre de ces chan­sons sont extraites d’opérettes de l’époque, plus ou moins con­nues. Il s’ag­it sou­vent de chan­sons « de sit­u­a­tion ». Une aubaine pour nous qui ne voulions surtout pas faire un tour de chant mais un vrai spec­ta­cle de music hall, défendu par nos per­son­nages. Sou­vent d’ailleurs, des gens mal infor­més nous deman­dent si nous avons écrit nous-même nos chan­sons. Je suis très heureux que les gens puis­sent le penser car cela prou­ve que nous avons tra­vail­lé dans le bon sens. Ren­dre hom­mage à ces chan­sons et aux grands artistes des années folles, sans aucun passéïsme mais avec le regard des trois jeunes comé­di­ens que nous sommes (enfin… bien­tôt 40 pour moi, mais cela doit rester confidentiel…).

Vous êtes-vous même com­pos­i­teur. Qu’est-ce que ça vous apporte de tra­vailler sur un spec­ta­cle de reprises ?
J’ai tou­jours essayé dans mon par­cours de faire des choses très dif­férentes : enseignant, pianiste, com­pos­i­teur, par­fois met­teur en scène pour des spec­ta­cles jeune-pub­lic… Toutes ces activ­ités ont mal­gré tout un dénom­i­na­teur com­mun : la musique et le spec­ta­cle. Tra­vailler sur un spec­ta­cle de repris­es est pour moi un moyen comme un autre d’es­say­er de trans­met­tre les choses que j’aime. Par ailleurs, le réper­toire de Luci­enne et les Garçons est livré avec bon nom­bre d’adap­ta­tions, de détourne­ments musi­caux, d’arrange­ments et d’amé­nage­ments per­son­nels. Lorsque par­fois, je ré-entends la ver­sion orig­i­nale d’une chan­son, il m’ar­rive de dire: « Ah oui, j’avais oublié que nous avions tant amé­nagé les choses… » ou bien « Tiens, cette mod­u­la­tion n’ex­is­tait pas à l’o­rig­ine ? » etc. La par­tie créa­tive dans notre réper­toire est belle et bien présente et à aucun moment je ne me con­sid­ère que comme l’ac­com­pa­g­na­teur de mes deux acolytes. J’ai fait toutes les tran­scrip­tions d’or­eille, recréant une par­ti­tion et m’empêchant par ce biais de n’être que dans la copie.

Vous êtes par­ti en Avi­gnon cet été. Com­ment avez-vous vécu cette expérience ?
Avec beau­coup de joie. Les con­di­tions sont tou­jours dif­fi­ciles en Avi­gnon (chaleur, trac­tage etc.) mais j’avoue au fond de moi, aimer les con­di­tions extrêmes : elles sont for­ma­tri­ces et nour­ris­santes, elle m’aident à me trou­ver. Le spec­ta­cle a reçu, de plus, un excel­lent accueil.

Vous êtes à la fois pianiste inter­prète et com­pos­i­teur. Quelle est votre formation ?
J’ai une for­ma­tion de pianiste « clas­sique », ayant bifurqué vers l’en­seigne­ment, avant d’avoir exploré la com­po­si­tion et goûté franche­ment à la scène. J’aime vari­er les plaisirs. Cette semaine, j’an­i­mais un stage sur le spec­ta­cle musi­cal dans le cadre de l’E­d­u­ca­tion Nationale et me rendais au théâtre le soir. C’est mer­veilleux de vivre dans le mélange des genres.

Vous avez plusieurs comédies musi­cales à votre act­if en tant que com­pos­i­teur. Quelles sont celles que vous préférez en tant que spectateur ?
Les comédies musi­cales améri­caines des années 20 à 60. Les films musi­caux de Bus­by Berke­ley sont pour moi le som­mum de la beauté et de la réus­site dans le genre. Ils sont mal­heureuse­ment introu­vables en DVD. J’at­tends une édi­tion avec impatience.

Lara Neu­mann nous a par­lé de votre ver­sion des Mis­érables. Pou­vez-vous nous en dire plus ?
Il s’ag­it d’une adap­ta­tion du roman de Vic­tor Hugo. 35 comé­di­ens chanteurs, 10 rôles solistes, 17 pupitres d’orchestre. Il s’ag­it d’une oeu­vre très imposante dans sa forme. Elle sym­bol­ise pour moi la ren­con­tre artis­tique avec mon ami Emmanuel Mar­tin, jeune et grand maître de l’orches­tra­tion. Mal­heureuse­ment, pour pou­voir faire vivre un tel mastodonte, il faut une pro­duc­tion digne d’Hol­ly­wood! L’opéra de Claude-Michel Schön­berg est par ailleurs une telle réus­site (telle­ment méritée d’ailleurs !) qu’il n’est pas sim­ple d’as­sur­er un avenir à ce spec­ta­cle. Il a mal­gré tout vécu qua­tre années et c’é­tait pour moi une étape qui m’a per­mis d’aller vers d’autres choses. Mais la par­ti­tion est bel et bien là : avis aux amateurs!

Vous avez ren­con­tré un joli suc­cès avec Au petit bon­heur la chance. Quels sou­venirs gardez-vous de ce spec­ta­cle aujourd’hui ?
Un excel­lent sou­venir. J’ai passé une année mer­veilleuse à suiv­re ce spec­ta­cle. J’al­lais le voir très régulière­ment, tou­jours sur­pris par le tal­ent des gens qui le défendaient. Je veux saluer, ici, mon amie Lydie Muller qui a écrit le livret de cette pièce et pour laque­lle j’ai
infin­i­ment de ten­dresse. Elle dis­tille une énergie que je trou­ve exem­plaire. Lydie, si tu veux repar­tir sur un pro­jet (artis­tique) je suis ton homme !

Avez vous d’autres pro­jets de compositions ?
En fait, j’écris par­ti­c­ulière­ment pour le jeune pub­lic. Enseignant moi-même, je con­nais bien le pub­lic col­lègien et je com­pose essen­tielle­ment des oeu­vres musi­cales pour cette tranche d’âge. Pour eux, en tant qu’in­ter­prètes et non audi­teurs, la dernière oeu­vre que j’ai com­posée était une fresque musi­cale en hom­mage au pein­tre Cézanne. Il s’agis­sait d’une com­mande académique pour le cen­te­naire de la mort du pein­tre. Je vais me lancer très bien­tôt sur un nou­veau pro­jet mais il est trop tôt pour en dévoil­er la teneur…

Et en tant qu’interprète ?
Non, je ne suis inter­prète qu’auprès de Luci­enne. Si nous écrivons un troisième spec­ta­cle, alors… peut-être…