Elise Roche — Feydeau, revu et corrigé

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Elise Roche ©DR
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Elise Roche, pour la nou­velle créa­tion de la Troupe du Phénix, pourquoi avoir choisi d’adapter une pièce de Feydeau ?
Après La Nuit des Rois, nous avions mon­té un spec­ta­cle à par­tir d’une nou­velle de Pablo Neru­da, Splen­deur et mort de Joaquin Muri­eta. C’é­tait un très beau spec­ta­cle mais peut-être un peu déroutant. Nous avons eu beau­coup de mal à le dif­fuser, nous ne l’avons joué qu’au Fes­ti­val d’Av­i­gnon et quelques dates en tournée mais pas à Paris. Je crois que nous n’avons pas trou­vé notre réseau. Alors, pour les finances et le moral de la troupe, on s’est dit qu’il fal­lait repar­tir sur une comédie. Nous avons d’abord pen­sé écrire quelque chose mais pour s’embarquer dans une créa­tion totale il faut vrai­ment avoir quelqu’un qui nous sou­ti­enne et ça c’est ce que nous n’avons tou­jours pas. Alors nous avons pen­sé à Fey­deau. A pri­ori c’é­tait un auteur que je n’ap­pré­ci­ais pas telle­ment mais j’ai joué pen­dant un an dans le spec­ta­cle Ciel mon Fey­deau !. Et là j’ai com­plète­ment décou­vert son comique de sit­u­a­tion, sa mécanique. Il a une richesse de per­son­nages et de sit­u­a­tions incroy­ables. Il y a au moins un point com­mun entre Fey­deau et la Troupe du Phénix, c’est la folie ! D’ailleurs tous les comé­di­ens vont au bout de cette folie dans ce spectacle.

Pour la pre­mière fois, vous signez à la fois l’adap­ta­tion, la mise en scène et la scéno­gra­phie. N’est-ce pas trop lourd à porter ?
Si, c’est énorme ! Ce n’est pas tant le tra­vail que ça demande, c’est surtout nerveuse­ment très fati­gant. On a l’im­pres­sion que tout repose sur nous. Et la peur que ça ne marche pas aus­si. Jusqu’à main­tenant j’aimais bien m’im­pli­quer dans la mise en scène et la scéno­gra­phie de nos spec­ta­cles aux côtés d’Anne Bour­geois. Je ne pou­vais pas m’empêcher de don­ner mon avis, j’aimais ça. Du coup, pour Un et Un Fey­deau !, comme Anne était sur d’autres pro­jet, je me suis lancée.

En quoi votre adap­ta­tion dif­fère-t-elle de la pièce orig­i­nale, L’hô­tel du Libre Echange, de Feydeau ?
Par rap­port à notre époque, ce qui ne m’in­téres­sait pas dans Fey­deau c’é­tait les per­son­nages de bonnes, de domes­tiques et les références un petit peu vieil­lottes. Je les ai sup­primés. En revanche j’ai rajouté des élé­ments pris dans d’autres pièces de Fey­deau : deux per­son­nages de La puce à l’or­eille qui vivent une sit­u­a­tion assez sem­blable (retrou­vailles dans un hôtel), des sit­u­a­tions et des effets comiques de La main passe (l’a­gent de police qui aboie) et Le sys­tème Rib­adier (l’un des per­son­nages qui a des pou­voirs hypnotiques).

Comme dans toutes les créa­tions du Phénix, la musique est bien présente dans Un et Un Fey­deau !.
C’est très impor­tant pour nous qu’il y ait de la musique dans nos spec­ta­cles. La musique c’est une res­pi­ra­tion, un moyen d’amen­er la fête. J’ai tou­jours aimé alli­er le théâtre, la musique et le chant, c’est ce que je préfère faire. J’aime beau­coup des clas­siques comme Chan­tons sous la pluie, Vic­tor Vic­to­ria

Il y a pour­tant moins de chan­sons que dans vos précé­dentes créations.
Au début j’avais prévu plus de chan­sons que ça. Et au fur et à mesure du tra­vail j’en ai enlevé cer­taines, rac­cour­ci d’autres, parce qu’on s’aperçoit qu’il y a un rythme, une mécanique qui s’emballe et que cer­taines chan­sons nous ralen­tis­sent. Ce n’est pas comme dans La Nuit des Rois où une chan­son per­me­t­tait de faire une pause, d’en­tr­er dans les sen­ti­ments des per­son­nages ; là ce n’est pas une pièce de sen­ti­ments, c’est du gag, des effets, du bur­lesque qui laisse moins de place aux chan­sons. Mais je vous ras­sure, il en reste quand même !

Com­ment avez-vous abor­dé votre tra­vail de mise en scène ?
Au tout début, mon gros souci c’é­tait de trou­ver la scéno­gra­phie parce que je savais qu’elle impli­querait tous mes principes de mise en scène. Fey­deau c’est tout de suite les portes qui claque­nt, or nous n’avions pas les moyens d’avoir un décor avec des portes qui claque­nt ! Alors j’ai eu l’idée de garder juste le cadre des portes et de deman­der aux comé­di­ens de mimer l’ou­ver­ture et la fer­me­ture des portes en faisant eux-mêmes les bruitages et ono­matopées. A par­tir de cette idée de départ, tout s’est con­stru­it un peu en même temps. En tra­vail­lant sur l’adap­ta­tion, je pen­sais à la scéno­gra­phie, aux cos­tumes, et je com­mençais à con­stru­ire ma mise en scène. Et puis des idées me sont venues en tra­vail­lant avec les comé­di­ens. Nous avons beau­coup ri ! Ma grande phrase c’é­tait « je ne sais pas ce que ça don­nera mais en tout cas on se sera bien mar­rés ! ». La choré­gra­phie dis­co entre chaque acte a même été mise au point pen­dant la nuit du réveil­lon après quelques ver­res de vodka…

Vous avez du trou­ver quelques astuces pour repro­duire sur la petite scène du Théâtre du Renard trois cham­bres d’hô­tel avec juste quelques élé­ments de décor…
Nous n’avons pas de sub­ven­tion depuis dix ans, c’est peut-être un bien pour qu’on puisse faire des bons spec­ta­cles. Il faut se creuser cent fois plus les méninges pour trou­ver des idées, des astuces, ça force la créativité !

Mal­gré la répu­ta­tion de vos spec­ta­cles, est-ce tou­jours aus­si dif­fi­cile pour vous de présen­ter votre nou­velle créa­tion à Paris ?
C’est même de plus en plus dif­fi­cile. Il n’y pas de lieu pour nous, pas de lieu d’ac­cueil, on n’est pas aidé. A Paris vous avez soit les gross­es pro­duc­tions avec des stars, soit des petites pro­duc­tions dans le genre café-théâtre, soit des pro­duc­tions sub­ven­tion­nées, mais il n’y a plus de place pour le théâtre de com­pag­nie. Nous nous auto-produisons.

Déjà d’autres pro­jets pour la Troupe du Phénix ?
Nous allons faire une tournée avec Un et Un Fey­deau ! en jan­vi­er et févri­er 2008. Pour la suite, nous n’avons pas encore vrai­ment d’idées. J’aimerais bien faire quelque chose dans l’u­nivers yiddish.

Par­lez-nous de l’autre spec­ta­cle dans lequel vous êtes impliquée, les Sea Girls…
Il s’ag­it d’un quatuor vocal féminin. Nous avons créé ce spec­ta­cle il y a dix ans mais il n’émerge que main­tenant. Nous avons trou­vé une pro­duc­tion qui nous per­met de jouer tous les lundis au Divan du monde. Le spec­ta­cle est com­posé essen­tielle­ment de chan­sons de Jean-Max Riv­ière qui a écrit pour Bar­bara, Bar­dot, Gré­co dont le célèbre « Un petit pois­son, un petit oiseau ». Comme c’est le papa de l’une d’en­tre nous, nous avons pu récupér­er d’autres petits bijoux qui n’avaient pas été exploités. Nous sommes qua­tre comé­di­ennes alors nous inter­pré­tons énor­mé­ment les chan­sons comme des petites his­toires mis­es en scène. C’est très visuel, j’ai fait toute la scéno­gra­phie et les coiffes avec plumes et pail­lettes. Il faut venir nous voir !