Edmond (Critique)

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edmondD’Alex­is Michalik
Mise en scène d’Alex­is Michalik
Avec Pierre Bénéz­it, Chris­tine Bon­nard, Stéphanie Cail­lol, Pierre For­est, Kevin Gar­nichat, Nico­las Lum­br­eras, Jean-Michel Mar­tial, Anna Mihal­cea, Chris­t­ian Mulot, Guil­laume Sen­tou, Régis Val­lée, Valérie Vogt

Résumé : Après Le Por­teur d’Histoire et Le Cer­cle des Illu­sion­nistes, l’auteur – met­teur en scène aux trois Molières, revient pour racon­ter la tri­om­phale et mythique pre­mière de Cyra­no de Berg­er­ac. Edmond, avec ses douze comé­di­ens sur scène, sera « un vrai théâtre de troupe » rap­pelant les grandes épopées théâ­trales du XIXe siècle.

Notre avis : Après le tri­om­phe, tant pub­lic que cri­tique, de ses ses deux dernières créa­tions, Alex­is Micha­lik, auteur et met­teur en scène, revient avec un nou­v­el opus — pour le moins atten­du — nous plongeant dans les couliss­es de la créa­tion du Cyra­no de Berg­er­ac d’Ed­mond Ros­tand. A la fin du XIXe siè­cle, le jeune Edmond est un poète, jeune et déjà mari et père, viv­otant de ses pièces obscures bien qu’ap­pré­ciées par cer­tains con­nais­seurs — dont la grande Sarah Bern­hardt -, mais n’ayant pas le suc­cès de ses aînés Fey­deau et Labiche. A bout de ressources, Edmond pro­pose au comé­di­en Coquelin une nou­velle pièce. Celui-ci accepte mais le prob­lème est qu’Ed­mond n’a pas encore écrit une seule ligne. A par­tir de là, le spec­ta­teur est entraîné dans un véri­ta­ble tour­bil­lon, des affres de la créa­tion aux répéti­tions mou­ve­men­tées, jusqu’à la pre­mière de ce qui devien­dra une des œuvres majeures du réper­toire français — pour ne pas dire mon­di­al : Cyra­no de Berg­er­ac. Pen­dant près de deux heures, on se laisse emporter par un rythme qui n’ac­cepte aucun temps mort. Dirigés avec bon­heur, les comé­di­ens pren­nent — et don­nent — un véri­ta­ble plaisir, la plu­part d’en­tre eux se glis­sant dans la peau de mul­ti­ples per­son­nages tous hauts en couleur. L’e­sprit de troupe, cher à Micha­lik — et que l’on retrou­vait notam­ment dans son spec­ta­cle musi­cal La mégère à peu près apprivoisée, est bel et bien présent. Avec une mise en scène flu­ide, pour ne pas dire qua­si ciné­matographique, avec son texte léger, spir­ituel et effi­cace, Micha­lik bluffe, séduit, amuse, offrant une vraie comédie pop­u­laire, grand pub­lic, dans le sens le plus orig­inel de ces ter­mes. Mais là où Micha­lik sur­prend, c’est en dis­til­lant, de façon con­stante et pour­tant dis­crète et pudique, une émo­tion cer­taine qui serre sou­vent le cœur. Car si on rit des bons mots et des sit­u­a­tions cocass­es, on est aus­si sou­vent touché par un pro­pos juste et sincère sur le théâtre, et plus générale­ment sur la créa­tion et les artistes. Mal­gré les remis­es en ques­tion per­ma­nentes, les exi­gences insen­sées des uns ou des autres, les dif­fi­cultés au quo­ti­di­en avec les con­joints, Micha­lik, à tra­vers le per­son­nage d’Ed­mond (alter ego ?) nous mon­tre qu’in fine, la per­sévérance, la foi sacrée, l’au­then­tic­ité et le tal­ent finis­sent par tri­om­pher. Et pour con­clure, on pour­rait presque repren­dre cette cita­tion de Chante­cler de Ros­tand : « Chanter, c’est ma façon de me bat­tre et de croire. »