Dreamgirls — Compte-rendu de la conférence de presse

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Jamie Foxx dans Dreamgirls ©DR
Jamie Foxx dans Dream­girls ©DR

Adapter Dream­girls au ciné­ma : est-ce un rêve de longue date ?
Bill Con­don : Pour tout vous dire, j’é­tais dans la salle le soir de la pre­mière à Broad­way. Ce fut l’un des spec­ta­cles les plus incroy­ables que j’aie jamais vu. A l’époque je ne pen­sais pas encore au ciné­ma, mais après Chica­go [NDLR : que Bill Con­don a adap­té et Rob Mar­shall réal­isé] j’ai eu le désir de porter à l’écran une comédie musi­cale. Dream­girls s’est immé­di­ate­ment imposé. L’his­toire, la musique sont excep­tion­nelles. Dream­girls fai­sait par­tie de ces grandes comédies musi­cales qui n’avaient pas encore été portées à l’écran. De plus, ce pro­jet m’a don­né l’op­por­tu­nité de tra­vailler avec des acteurs fab­uleux. Ce film, c’est mon point de vue sur cette époque, celle d’un réal­isa­teur blanc et gay. Chica­go m’a bien enten­du ouvert les portes, ce film ayant prou­vé que la comédie musi­cale rap­porte encore de l’argent !

Avez-vous hésité entre la biogra­phie illus­trée ou la comédie musi­cale pure ?
Bill Con­don : Ce qui est for­mi­da­ble avec Dream­girls c’est qu’il abor­de les deux aspects et c’est exci­tant de pass­er de l’un à l’autre. Durant les vingt pre­mières min­utes, le film évoque des biogra­phies comme Ray, mais à un moment, lorsque Jamie Foxx se met à chanter dans une impasse, la comédie musi­cale, et les codes qui vont avec, s’in­stalle. Ensuite, le film oscille tou­jours entre les deux.

Le film abor­de la con­di­tion des artistes noirs dans les années soix­ante. Aujour­d’hui les choses ont-elles changé en Amérique ?
Dan­ny Glover : Il nous faudrait au moins un jour cha­cun pour répon­dre ! La péri­ode dans laque­lle se déroule Dream­girls est sen­si­ble dans l’évo­lu­tion de la con­di­tion des Noirs aux Etats-Unis puisque beau­coup de choses ont changé tant sur le plan poli­tique que social. L’émer­gence de la musique noire, comme on peut le voir dans le film, par­ticipe de cette évo­lu­tion. Une nou­velle dynamique s’est dévelop­pée. Dans le domaine cul­turel, ces années-là mar­quent aus­si l’ap­pari­tion de la pre­mière star de ciné­ma noire : Sid­ney Poiti­er. Fort heureuse­ment tout s’est amélioré : regardez Jamie Foxx, il est l’un des acteurs les plus impor­tants de notre époque, Jen­nifer Hud­son débute mer­veilleuse­ment et est promise à une belle car­rière. Grâce aux acquis du passé, les artistes noirs s’im­posent plus facile­ment aujourd’hui.

Jamie Foxx : Je partage tout à fait le point de vue de Dan­ny Glover. Je suis recon­nais­sant à nos aînés d’avoir ouvert la voie pour les tal­ents con­tem­po­rains. Tout peut arriv­er très vite pour un artiste, quelle que soit sa couleur. Regardez Jen­nifer, elle vient de rem­porter un Gold­en Globe pour sa presta­tion remar­quable : ses pre­miers pas au ciné­ma sont salués, quelle que soit la couleur de sa peau.

Quels sont les impérat­ifs dans l’adap­ta­tion d’une comédie musi­cale de la scène vers l’écran ?
Bill Con­don : Lorsque je ren­con­tre de pau­vres spec­ta­teurs qui n’ai­ment pas la comédie musi­cale, ils me dis­ent tou­jours : « il faut atten­dre les trois min­utes que dure une chan­son avant que l’in­trigue ne se pour­suive ». Ils ont tort ! D’au­tant que dans Dream­girls toutes les chan­sons, y com­pris celles qui sont inter­prétées sur scène, font sys­té­ma­tique­ment pro­gress­er l’his­toire. Nous avons ajouté quelques chan­sons pour juste­ment lier davan­tage la cohérence scénaristique.

Le film s’in­spire de la péri­ode Motown. Quel impact cette mai­son de dis­ques vous a inspiré dans votre tra­vail, voire dans votre vie ?

Jennifer Hudson dans Dreamgirls ©DR
Jen­nifer Hud­son dans Dream­girls ©DR

Dan­ny Glover : Je suis le seul ici à avoir l’âge d’avoir con­nu les débuts de la Motown (rires). Quelque chose de frais, avec un style très recon­naiss­able est né avec les artistes Motown. Ils ont sans aucun doute aidé les jeunes noirs, par­fois débous­solés, à trou­ver leur iden­tité. Cette musique a mar­qué toute une époque. D’ailleurs, en écoutant Ste­vie Won­der mes sou­venirs afflu­ent avec pré­ci­sion : je me sou­viens où j’ai enten­du la chan­son pour la pre­mière fois, ce que je fai­sais… Cela m’im­pres­sionne toujours.

Jamie Foxx : Ce qui me frappe le plus en repen­sant à cette péri­ode, et vous le ver­rez dans le film, c’est com­bi­en la firme impo­sait à ses artistes la manière d’in­ter­préter les chan­sons, mais aus­si com­ment répon­dre aux inter­views, com­ment être une star. Leur libre-arbi­tre était assez lim­ité. Et cela m’a beau­coup inspiré dans la pré­pa­ra­tion de mon personnage.

Jen­nifer Hud­son : Ma per­cep­tion prin­ci­pale des années soix­ante se résume juste­ment à la Motown. J’é­coute avec délec­ta­tion la musique de cette époque. J’aime par­ti­c­ulière­ment une artiste comme Aretha Franklin, même si elle n’est pas de cette firme, ou encore The Temp­ta­tions, Gla­dyn Knight and The Pips, Martha Reeves and the Vandellas.

Bill Con­don : Pour ma part, la Motown a eu une influ­ence déci­sive pour moi. A Brook­lyn où j’ai gran­di, nous écoutions beau­coup la radio et je me sou­viens que j’ado­rais telle­ment les Supremes que j’ai con­va­in­cu mon père de m’emmener voir Diana Ross en con­cert (j’é­coutais « Baby Love » en boucle). Ce fut donc mon pre­mier sou­venir de spec­ta­teur. C’est trou­blant, non ?

Jen­nifer, com­ment Bill vous a con­duit au niveau émo­tion­nel incroy­able pour le point cul­mi­nant du film, la chan­son « And I Am Telling You » ?
Jen­nifer Hud­son : Il a pris le temps de me con­naître, ain­si il a pu saisir com­ment déclencher mes émo­tions, il m’a aidée à trou­ver com­ment con­stru­ire le per­son­nage en met­tant en avant les aspects aux­quels je pou­vais m’i­den­ti­fi­er. Penser à ma grand-mère m’a égale­ment beau­coup aidée pour me met­tre dans l’é­tat que néces­site mon rôle à ce moment intense. Bill m’a don­né des indi­ca­tions sur l’é­tat du per­son­nage qui perd pied. Par­fois, ces direc­tives étaient très pré­cis­es, à d’autres moments, l’é­mo­tion était déjà là.

Bill Con­don : Au tout début, lorsque Jen­nifer a chan­té cet air, elle s’est mise à pleur­er. Or pour moi Effie, son per­son­nage, ne peut se libér­er comme ça, elle doit retenir ses larmes. A ce moment du film, elle est trop fière pour mon­tr­er sa vul­néra­bil­ité. J’ai donc demandé à mon actrice une chose très dif­fi­cile : de faire venir les larmes sans pour autant qu’elles coulent, ce qui prou­ve son orgueil. Durant les qua­tre jours de tour­nage pour cette séquence, à chaque prise Jen­nifer, qui n’a jamais été actrice avant, a su con­trôler ses larmes. Elle avait con­stam­ment les larmes aux yeux, mais pas une seule fois celles-ci n’ont coulé, c’est vous dire à quel point elle savait se con­trôler. Je suis heureux de l’avoir engagée pour ce film.
Jen­nifer a vécu l’en­fer pen­dant les six moix qu’ont duré le cast­ing (rires). Sa dernière audi­tion fut un marathon de trois jours où elle a chan­té des dizaines de fois « And I Am Telling You », une chan­son déjà dif­fi­cile en soi. Et c’est for­mi­da­ble la façon dont elle a rem­porté le rôle devant 779 autres candidates !