Dracula (Critique)

0
414

Mise en scène et choré­gra­phie de Kamel Ouali

Avec Golan Yosef (Drac­u­la), Nathalie Fau­quette (Mina), Julien Loko (Jonathan Hark­er), Anais Del­va (Lucie West­en­ra), Gré­go­ry Deck (Sor­ci), Lola Ces (Poi­son), Flo­rent Tor­res (L’Ange), Ginie Line (Satine), Aymer­ic Ribot (Dr Van Helsing)

Cos­tumes : Dominique Borg
Décors : Bernard Arnould
Lumières : Jacques Rouveyrollis
Auteurs com­pos­i­teurs : Fabi­en Cahen, Jen­nifer Ayache, Feed, Pas­cal Tro­goff, Bus­ta Funk, Davide Espos­i­to, Patrice Guirao, Axel Bauer et Adrien Gal­lo, Da Sil­va, Benoit Poher, Rémi Lacroix, Nico­las Nebot, Béné­dicte Wiand

Après Le Roi Soleil et Cléopâtre, Kamel Ouali revis­ite le mythe du comte Dracula.
Sur des chan­sons orig­i­nales, le spec­ta­cle met en avant l’his­toire de l’amour impos­si­ble de Drac­u­la, tirail­lé entre pas­sion et raison.
La troupe de chanteurs comé­di­ens et danseurs évoluera dans un univers onirique, tan­tôt obscur, tan­tôt ludique.
Kamel Ouali promet de rester fidèle à sa con­cep­tion du grand spec­ta­cle musi­cal et d’in­nover par un tra­vail sur les images et les lumières encore jamais pro­posé à ce jour.

Notre avis :

En 1999, Notre-Dame de Paris tri­om­phait sur la scène du Palais des Con­grès, suivi peu de temps après par Roméo et Juli­ette et Les Dix Com­man­de­ments (au Palais des Sports). Ce qui n’au­rait pu être qu’un effet de mode sem­ble per­dur­er, plus de dix après le début du phénomène. Ces spec­ta­cles musi­caux à la française con­tin­u­ent à faire les beaux jours des deux salles précédem­ment citées entre suc­cès (Le Roi Soleil, Cléopâtre, Mozart…) et échecs (Cindy, Glad­i­a­teur…). En ce début de sai­son 2001–2012, Kamel Ouali (choré­graphe des Dix Com­man­de­ments, met­teur en scène d’Autant en emporte le vent, Le Roi Soleil, Cléopâtre) ouvre le bal avec sa ver­sion de Drac­u­la (mode des vam­pires oblige), inspirée du roman de Bram Stoker.

Main­tenant que ce genre de spec­ta­cles existe depuis une bonne décen­nie, on peut cer­taine­ment dire qu’il existe un for­mat, une recette qui lui est pro­pre : un thème fort basé sur une péri­ode his­torique évo­ca­trice ou sur un clas­sique de la lit­téra­ture et/ou du ciné­ma, un style musi­cal pop-rock ou var­iété pou­vant plaire à un pub­lic jeune, avec des chan­sons pas­sant en radio et en télé bien en amont du spec­ta­cle, des inter­prètes avec des voix puis­santes, des choré­gra­phies per­cu­tantes et une mul­ti­tude d’ef­fets visuels (lumières, cos­tumes, nom­bre impor­tant d’artistes) sur scène. Ces car­ac­téris­tiques s’ac­com­pa­g­nent for­cé­ment d’élé­ments moins posi­tifs : une dra­maturgie extrême­ment faible, des dia­logues générale­ment pau­vres, des per­son­nages uni­di­men­sion­nels, un jeu d’ac­teur sou­vent lim­ité. On est ici dans un con­cept qui est plus proche du « con­cert thé­ma­tique » que du théâtre musical.

A par­tir du moment où l’on a toutes ces don­nées en main, on ne sera donc pas décon­certé par le Drac­u­la de Kamel Ouali qui s’in­scrit par­faite­ment dans ce moule sans par­ti­c­ulière­ment créer de sur­pris­es, seule l’esthé­tique change : un univers éroti­co-goth­ique plus ou moins dans l’air du temps. Pour le reste, on a l’al­ter­nance habituelle de bal­lades et de morceaux dansants, des choré­gra­phies dynamiques très joli­ment mis­es en lumières par Jacques Rou­vey­rol­lis, etc. On ne remar­quera pas d’amélio­ra­tion du côté dra­maturgique, en revanche, du côté tech­nologique, on notera quelques pro­jec­tions savam­ment util­isées (la tra­ver­sée de la forêt) ain­si que la séquence gagdet : un film en 3D de six min­utes env­i­ron (un pas de deux entre Drac­u­la et Mina). A cet égard, la seule réelle sur­prise est juste­ment le choix d’avoir un Drac­u­la qui ne chante, ni ne joue (puisqu’il ne par­le plus depuis la mort de sa femme), mais qui danse. D’ailleurs, Golan Yosef est un mer­veilleux danseur et sa parte­naire Nathalie Fau­quette (Mina) n’est pas en reste. Mais leur tal­ent sem­ble se diluer au milieu de cette énorme machine, de ces voix écras­antes et de ce déluge de moyens et d’effectifs.

Les ama­teurs de ce genre de spec­ta­cles retrou­veront donc, à peu de choses près, les ingré­di­ents qu’ils auront appré­ciés dans les autres pro­duc­tions, ceux qui n’ai­ment pas passeront leur chemin, et au final, rien n’a vrai­ment changé.