Didier Braun — Loft party

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Didier Braun ©DR
Didi­er Braun ©DR
Com­ment en êtes-vous arrivé au théâtre musical ? 
J’ai com­mencé par le Petit Con­ser­va­toire de Mireille. Il y a une dizaine d’an­nées, j’ai écrit une comédie musi­cale pour un cen­tre cul­turel à Massé­na. C’é­tait sur le thème du pot-au-feu et il y avait cent par­tic­i­pants. Depuis ça, j’ai tou­jours l’en­vie de men­er à bien des spec­ta­cles musi­caux. J’ai égale­ment un par­cours de plas­ti­cien, ce qui me fait faire des décors de théâtre, de pub, etc. Comme j’ai ce méti­er de plas­ti­cien dans les pattes, mes spec­ta­cles sont tou­jours assez soignés au niveau visuel. Là, c’est un décor unique mais très fini et accessoirisé.

Quand on fait de la comédie musi­cale française, l’in­flu­ence de Jacques Demy n’est-elle pas trop lourde ? 
Ca a été une influ­ence tout dernière­ment parce que j’ai revu des choses sur Demy. Ca m’a con­fir­mé ce que je pen­sais sur l’ac­ces­soiri­sa­tion, c’est-à-dire qu’on va vers un côté décalé : tutus flu­os, cha­peaux immenses. C’est le côté comédie musi­cale qui per­met aus­si la fan­taisie. Cette audace là, Demy l’a eue il y a vingt ans. Dès l’in­stant où on annonce une comédie musi­cale, il faut qu’il y ait un côté rêve.

Où et com­ment est née l’idée de Loft ?
Ici, dans l’ate­lier, parce qu’on a déjà organ­isé des grandes fêtes. Un jour, on a comp­té 180 per­son­nes qui sont venues. Le lende­main, en rangeant, on s’est dit que tout ce qui s’é­tait passé la veille don­nerait de la matière pour faire un spec­ta­cle : inviter des gens aus­si dif­férents dans un espace assez réduit, des gens qui ne se con­nais­sent pas for­cé­ment, qui se croisent, s’ig­norent ou se déchirent… Ca a mûri pen­dant trois ans et le jour où on a décidé de faire un spec­ta­cle musi­cal, j’ai fait coller les deux idées.

Com­ment définiriez-vous le style musi­cal de Loft ? 
Pop­u­laire. Comme je ne suis pas très doué en musique, je ne vais pas com­pos­er des trucs inchanta­bles. Ce sont des airs qui se reti­en­nent rel­a­tive­ment facile­ment et ça tape tous azimuts. Il y a du funky, de la java, du tan­go… Il y a un peu de tout.

Vous êtes auteur, com­pos­i­teur, met­teur en scène, déco­ra­teur… ce n’est pas trop dur de porter autant de casquettes ? 
J’aime tout ça, donc, pourquoi me priv­er ? Mais je suis bien entouré. Musi­cale­ment, entre ce que j’ai fait comme ça et ce qu’on entend main­tenant, ça a pris de l’é­pais­seur. Les décors, c’est vrai­ment mon tra­vail, donc j’ai vrai­ment tout fait, de la maque­tte jusqu’à la pein­ture et la patine que je voulais. Quant à l’écri­t­ure, c’est un peu par­ti­c­uli­er, parce qu’on a l’habi­tude de tra­vailler avec le noy­au de la troupe, donc il m’ar­rive fréquem­ment de quit­ter une répéti­tion et de me met­tre à mon bureau pen­dant deux heures pour écrire. J’ai lancé l’aven­ture le 1er avril. A l’époque, il y avait un texte qui fai­sait 20 pages… Il en fait plus de 65 main­tenant. J’ai eu aus­si la chance d’avoir cette troupe qui main­tenant me fait con­fi­ance. Quand je les embar­que dans un pro­jet comme ça, ils se dis­ent tou­jours « on sait d’où on vient mais on ne sait pas encore où on va ».

Vous ver­ra-t-on égale­ment sur scène ? 
Dernière­ment, je me suis inven­té un rôle. Mais comme je m’oc­cupe de beau­coup de choses et que j’ai un prob­lème de mémoire, je me suis écrit un rôle muet. C’est un per­son­nage dérangé qu’on appelle Neuneu. On le garde dans cet ate­lier parce qu’il rend des petits ser­vices mais il n’est pas fini… Il par­le très peu. Sou­vent dans ce genre de soirées, on va voir celui qui ne par­le pas et on se con­fie. Lui, il entend plein de choses que n’en­ten­dent pas les autres mais que le pub­lic entend. C’est un peu le confident.

Vous aviez envie de par­ler d’homosexualité ? 
Je con­nais bien la ques­tion pour avoir vécu des rup­tures un petit peu comme ça. Parce que c’est quand même l’his­toire d’une rup­ture — c’est musi­cal, c’est drôle — mais il y a quand même une petite douleur au fond, comme dans tous les spec­ta­cles comiques. Je con­nais­sais assez bien la chose pour avoir le culot de l’al­i­menter en écri­t­ure. Mais, je n’en fais pas un prob­lème, c’est un pré­texte à faire une comédie musi­cale, point. Je ne tiens pas à être le défenseur de quoi que ce soit, ce n’est ni La cage aux folles, ni Jeanne et le garçon for­mi­da­ble.

Y‑a-t-il déjà un après Loft ?
Non. Il y a Loft et déjà l’en­vie de le repren­dre. Il y a eu six mois de créa­tion inten­sive et je ne suis pas fou au point de déjà penser à la suite. Je ne suis pas boulim­ique comme cer­tains. En tout cas, il y a du bon­heur et du plaisir sur scène. Ce que je souhaite, c’est que le pub­lic partage ça.