David Alexis : le couple dans tous ses états

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David Alex­is © Ledroit-Perrin

Com­ment est née l’aven­ture de Je t’aime, tu es par­fait… Change !!! ? Qui a eu l’idée d’adapter ce spectacle ?
C’est Emmanuelle Riv­ière qui est vrai­ment à l’o­rig­ine de cette aven­ture. Elle a décou­vert cette pièce alors qu’elle était en Espagne. Ça fai­sait un car­ton là-bas ! Le spec­ta­cle  avait même reçu plusieurs récom­pens­es équiv­a­lentes à nos Molières. Immé­di­ate­ment séduite par le pro­pos et l’hu­mour de ce spec­ta­cle, il lui sem­blait improb­a­ble que per­son­ne ne soit encore tombé sur ce petit joy­aux en France d’au­tant qu’il avait déjà été traduit dans plus de qua­torze langues dont le man­darin. C’est avec Tad­ri­na Hock­ing qu’elle se lance donc dans l’adap­ta­tion française de I Love You, You’re Per­fect, Now Change !  qui avait été créé en 1996 à New York. Emmanuelle a ensuite pro­posé le pro­jet à plusieurs per­son­nes et l’équipe, dont j’ai l’hon­neur et la joie de faire par­tie, s’est mon­tée au fur et à mesure.

Com­ment a évolué le pro­jet depuis la lec­ture dans le cadre des Décou­vertes Diva ?
Nous avons présen­té Je t’aime, tu es par­fait… Change !!! pour la pre­mière fois au Théâtre du Petit Saint-Mar­tin en 2009, lors des Décou­vertes Diva, puis ensuite à La Pépinière Opéra en 2010, tou­jours sous forme de lec­ture. Il y a eu un tel engoue­ment du pub­lic et des pro­fes­sion­nels, que tout s’est enchaîné très vite.
C’est à l’is­sue de ces show­cas­es, que nous avons pu nous lancer dans une vraie pro­duc­tion, avec à la tête Isabelle Decroix, une femme incroy­able qui arrive à déplac­er des mon­tagnes et qui main­tient avec tal­ent une vraie poli­tique artis­tique. C’est en 2010 , au Théâtre du Chien Qui Fume que nous avons présen­té  le spec­ta­cle dans son inté­gral­ité, et avec une mise en scène signée à l’époque de Christophe Cor­eia. Mais faute de con­cor­dance d’a­gen­das, nous n’avions pas pu à l’époque enchaîn­er avec une salle parisienne.
Il a fal­lu atten­dre presque deux ans pour pou­voir nous réu­nir de nou­veau et mon­ter le spec­ta­cle à Paris! A l’ex­cep­tion de David Ban  qui était engagé sur un autre pro­jet, nous avons repris le chemin des répéti­tions avec un nou­v­el arrivant,  Arnaud Denis­sel. C’est Karim Med­je­beur qui nous accom­pa­g­nait musi­cale­ment lors de l’aven­ture Avi­gnon. Ici, au Vingtième théâtre, c’est Daniel Glet, que j’ai eu plaisir de retrou­ver après notre aven­ture Cabaret aux Folies Bergère.

Com­ment définiriez-vous ce spectacle ?
Je le défini­rai comme un vrai spec­ta­cle miroir. Com­par­a­tive­ment  à cer­taines autres pièces qui peu­vent être mal­gré tout prenantes ou cap­ti­vantes, Je t’aime, tu es par­fait… Change !!!  ne laisse pas vrai­ment d’autres pos­si­bil­ités que d’être  « col­lante », dans le sens de « coller à la peau ». Qu’on le veuille ou non il y a dans cette oeu­vre au moins une sit­u­a­tion que cha­cun de nous vit, a pu vivre ou risque de vivre!
Par­fois sous le trait de cer­taines car­i­ca­tures de per­son­nages, les sit­u­a­tions sincères jail­lis­sent d’elles mêmes . La force de ce spec­ta­cle, c’est qu’il vous amène à recon­naître que l’é­tat amoureux est uni­versel et que la fusion chim­ique qui s’opère quand on ren­con­tre « l’autre » n’ a pris aucune ride et tra­verse le temps sans dom­mage. Mais sans trop se per­turber les neu­rones, ça reste tout de même un petit bijou de fraîcheur et d’humour.

En tant que comé­di­en et co-met­teur en scène, qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?
Avoir la dou­ble cas­quette, néces­site selon moi, une grande rigueur. Il est impor­tant de dis­tinguer  le tra­vail du met­teur en scène et celui de l’ac­teur. Le pre­mier tra­vaille en amont… Il imag­ine la forme du spec­ta­cle, défend un par­ti pris, et organ­ise la manière dont il va amen­er les comé­di­ens à ren­con­tr­er leurs per­son­nages. Le deux­ième est la matière pre­mière et essaie de répon­dre à ce qu’a imag­iné le met­teur en scène.
Pour moi, j’avais peut-être l’im­pres­sion de maîtris­er un peu plus vite que mes cama­rades le par­cours des per­son­nages  et le déroulé des scènes, mais j’ai cher­ché à tra­vailler autant qu’eux et surtout avec eux.  Je me suis attelé à  rester parte­naire avant tout, c’est trop pré­cieux et telle­ment bon. J’ai veil­lé à cela même si ce n est pas tou­jours facile car con­nais­sant dans le moin­dre détail le spec­ta­cle que nous avons mis en forme Tad­ri­na Hock­ing et moi, il était aus­si dan­gereux de ne plus laiss­er assez de place à mon tra­vail d’ac­teur, mais ça a du bon par­fois de tra­vailler à deux!
En tout cas, chaque soir, je ne garde qu’une cas­quette : celle qui me donne le plaisir de jouer avec ces for­mi­da­bles artistes que sont  Arnaud Denis­sel, Ari­ane Pirie et Emmanuelle Rivière.

Quels sont les chal­lenges de ce type de spectacle ?
Pour moi, tout spec­ta­cle est un chal­lenge dès qu’on décide de le met­tre en lumière. C’ est une prise de risque, con­stante ! Que ce soit une œuvre musi­cale ou théa­trâle, débor­dante ou dénuée de didas­calies, le chal­lenge reste le même :  l’ hon­nêteté du jeu et le respect du fond. Au delà de cela, si je devais donc par­ler de chal­lenge pour Je t’aime, tu es par­fait… Change !!!,  ce serait de dire que la dif­fi­culté résidait tout d’abord dans le fait d’u­tilis­er le pianiste ( Daniel Glet)  en per­son­nage cen­tral à part entière dans la mise en scène , et de l’imag­in­er tel le coryphée  pou­vant guider les acteurs , et pren­dre par­fois la parole oblig­eant ain­si les qua­tre comé­di­ens à rester dans un même espace temps , sans répit, comme dans un huis clos, un cube, alors qu’ils jouent des scènes et des per­son­nages dif­férents à chaque fois. Un autre chal­lenge était aus­si d’éviter l’écueil d’un défilé de cos­tumes comme dans la plu­part des ver­sions des autres pays et de faire le noir  à chaque fin de scènes pour bien faire com­pren­dre qu’on passe à une autre. Le spec­ta­cle étant déjà  écrit en tableaux suc­ces­sifs, il était facile de tomber dans ce piège. Avec cette mise en scène, je pense que nous avons réus­si à l’éviter !

Notre cri­tique du spectacle