
Après Hambourg et Mannheim, la tournée européenne de Grease passait récemment par Munich. Ce soir là, pour la première, l’assemblée comptait une spectatrice très particulière. Toujours très en beauté, Sophia Loren, avait en effet choisi ce musical évoquant l’âge d’or du rock ’n’ roll pour fêter son 65e anniversaire !
Greg Kohout et Jodi Carmeli sont comme leurs personnages, Danny et Sandy, mignons à croquer et le sourire scotché au visage. En bons « performers », ils ont déjà à leur actif, comme les 32 Américains et Canadiens sur scène, un bon lot de productions et de tournées dans des spectacles comme West Side Story pour lui ou Annie pour elle. Si le monde du spectacle fait souvent rêver, on imagine moins le côté plus ingrat des tournées. « La barrière de la langue est quelque chose de très frustrant », concède Greg, « et nous n’avons pas beaucoup de temps pour visiter les endroits où nous passons ». « Sauf pour le shopping ! », ajoute sa partenaire qui se réjouit déjà des emplettes qu’elle compte faire à Paris. L’autre bonne nouvelle pour eux, c’est qu’il n’y aura « que » sept représentations par semaine contre huit actuellement, ce qui leur laissera un peu plus de temps libre. Leur vie n’est donc pas si désagréable… « Non, ce n’est quand même pas A Chrorus Line », plaisante Greg.
Un producteur allemand qui croit au marché français
A Chorus Line, c’est justement la comédie musicale préférée de Wolfgang Boksch, le producteur du show. « C’est pour moi le spectacle parfait : une histoire remarquable, des chansons idéales et une chorégraphie inoubliable. Mais actuellement, je me préoccupe uniquement de Grease : les moments que je préfère sont généralement ceux que je vis au présent. Je n’ai guère de goût pour regarder en arrière ». On sait combien les producteurs étrangers sont réticents à inclure la France dans leurs plans de tournée. Wolfgang n’est pas de ceux-là qui vit au contraire une belle histoire d’amour avec Paris. « Depuis une dizaine années, j’y ai présenté quatre fois A Chorus Line justement, ainsi que 42d Street, My Fair Lady, ou West Side Story. Même si le coût de ces spectacles est tel qu’il est impossible de passer quelques soirs seulement dans une ville de province, nous avons contribué à fidéliser un large public qui ne cesse de s’étendre. Nous avons ouvert la porte aux jeunes qui ont l’air de vouloir venir en nombres à Grease ».
Greg et Jody ont l’âge de ce public. Leur premier souvenir de Grease, c’est donc « le film, bien sûr ! Ce n’est qu’après que j’ai appris que ce dernier était en fait basé sur un musical pre-existant », avoue Jodi. D’ailleurs, qui se souvient encore de la production originale de1972 qui a pourtant lancé les carrières de John Travolta (remarqué dans la tournée américaine) et de Richard Gere (cast original de Londres) ? Elle fut pourtant présentée à l’époque en France sous le nom de… Gomina ? C’est désormais le film, réalisé par Randal Kleiser il y a 20 ans, qui fait référence. A tel point que les chansons qui furent écrites à cette occasion — dont le célèbre « You’re The One That I Want » — figurent désormais dans les reprises sur scène du spectacle.
Plus fort encore : cette nouvelle version revendique clairement l’héritage cinématographique. La mise en scène est assurée par David Gilmore qui travaille depuis 10 ans essentiellement dans le West End. En France, il a dépoussiéré l’opérette Là-haut qui s’est jouée à Lyon et à Paris l’an dernier. Il a déjà à son actif plusieurs versions de Grease dont une qui a duré de 1991 à 1999 à Londres. « Je tenais absolument à David sur cette tournée », confirme Wolfgang. « C’est un immense plaisir que de travailler en étroite collaboration avec lui ».
Un spectacle fédérateur et multi-générations
En Allemagne ce soir comme à Paris prochainement, on ne doute pas de la popularité de Grease. Et pourtant, pas plus que les Parisiens, les Munichois n’ont réellement vécu cet âge d’or. « Peu importe, les jeunes viennent en bande et certains amènent même leurs parents. Inversement, des adultes veulent revivre les moments de bonheur du film en amenant la petite famille », explique Wolfgang, « La musique est joyeuse et les personnages me touchent. Malgré — ou à cause de — leur naïveté, chacun peut se reconnaître en eux ». « Nous avons tous été angoissés à l’idée de grandir et nous avons tous été timides devant notre premier flirt », ajoute Greg. Grease est donc le musical des teenagers faussement rebelles, du temps où la fracture n’était pas sociale mais seulement entre « ceux qui l’ont fait » et les autres.
Si le spectacle se regarde avec plaisir sans demander trop de travail (aux méninges), sur scène, en revanche, « les artistes doivent faire preuve de beaucoup d’énergie à cause du grand nombre de séquences chantées et dansées », confirme Greg. Les chorégraphies, élaborées, ont demandé des semaines de répétitions et doivent être précisément respectées. Sauf quand un grain de sable grippe la machine. « L’autre soir, pendant la séquence ‘Greased Lightnin’ qui se déroule en voiture dans un drive-in », raconte Jodi, « je me dispute comme prévu avec Danny (Greg) et je m’en vais en claquant la portière. Elle m’est restée dans la main ! Après un instant d’hésitation, je la lui ai donnée le plus dignement possible et j’ai couru vers les coulisses pour pouffer de rire. Plus tard, lors de la séquence de la fête du lycée, il est arrivé sur scène avec la portière dans les mains comme s’il me la rapportait en cadeau. Le public a bien ri lui aussi ».
Tout est bien sûr bien qui finit bien car le happy end est garanti dès l’achat du billet, portière arrachée ou pas. Quant à l’histoire, elle ne dit pas combien Sophia Loren a claqué de portes — et de portières — avant de rencontrer son producteur de mari !