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Dans les coulisses de Grease à Paris — Greasemania

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Jodi Carmeli ©DR
Jodi Carmeli ©DR
Grease, ce fut d’abord une comédie musi­cale puis un film. Aujour­d’hui, c’est une comédie musi­cale basée sur le film qui passe par le Palais des Sports de Paris à compter du 5 novem­bre. Vous suiv­ez ? Regard en Coulisse vous pro­pose de démêler l’éche­veau de l’indéfris­able Grease

Après Ham­bourg et Mannheim, la tournée européenne de Grease pas­sait récem­ment par Munich. Ce soir là, pour la pre­mière, l’assem­blée comp­tait une spec­ta­trice très par­ti­c­ulière. Tou­jours très en beauté, Sophia Loren, avait en effet choisi ce musi­cal évo­quant l’âge d’or du rock ’n’ roll pour fêter son 65e anniversaire !

Greg Kohout et Jodi Carmeli sont comme leurs per­son­nages, Dan­ny et Sandy, mignons à cro­quer et le sourire scotché au vis­age. En bons « per­form­ers », ils ont déjà à leur act­if, comme les 32 Améri­cains et Cana­di­ens sur scène, un bon lot de pro­duc­tions et de tournées dans des spec­ta­cles comme West Side Sto­ry pour lui ou Annie pour elle. Si le monde du spec­ta­cle fait sou­vent rêver, on imag­ine moins le côté plus ingrat des tournées. « La bar­rière de la langue est quelque chose de très frus­trant », con­cède Greg, « et nous n’avons pas beau­coup de temps pour vis­iter les endroits où nous pas­sons ». « Sauf pour le shop­ping ! », ajoute sa parte­naire qui se réjouit déjà des emplettes qu’elle compte faire à Paris. L’autre bonne nou­velle pour eux, c’est qu’il n’y aura « que » sept représen­ta­tions par semaine con­tre huit actuelle­ment, ce qui leur lais­sera un peu plus de temps libre. Leur vie n’est donc pas si désagréable… « Non, ce n’est quand même pas A Chrorus Line », plaisante Greg.

Un pro­duc­teur alle­mand qui croit au marché français 
A Cho­rus Line, c’est juste­ment la comédie musi­cale préférée de Wolf­gang Boksch, le pro­duc­teur du show. « C’est pour moi le spec­ta­cle par­fait : une his­toire remar­quable, des chan­sons idéales et une choré­gra­phie inou­bli­able. Mais actuelle­ment, je me préoc­cupe unique­ment de Grease : les moments que je préfère sont générale­ment ceux que je vis au présent. Je n’ai guère de goût pour regarder en arrière ». On sait com­bi­en les pro­duc­teurs étrangers sont réti­cents à inclure la France dans leurs plans de tournée. Wolf­gang n’est pas de ceux-là qui vit au con­traire une belle his­toire d’amour avec Paris. « Depuis une dizaine années, j’y ai présen­té qua­tre fois A Cho­rus Line juste­ment, ain­si que 42d Street, My Fair Lady, ou West Side Sto­ry. Même si le coût de ces spec­ta­cles est tel qu’il est impos­si­ble de pass­er quelques soirs seule­ment dans une ville de province, nous avons con­tribué à fidélis­er un large pub­lic qui ne cesse de s’é­ten­dre. Nous avons ouvert la porte aux jeunes qui ont l’air de vouloir venir en nom­bres à Grease ».

Greg et Jody ont l’âge de ce pub­lic. Leur pre­mier sou­venir de Grease, c’est donc « le film, bien sûr ! Ce n’est qu’après que j’ai appris que ce dernier était en fait basé sur un musi­cal pre-exis­tant », avoue Jodi. D’ailleurs, qui se sou­vient encore de la pro­duc­tion orig­i­nale de1972 qui a pour­tant lancé les car­rières de John Tra­vol­ta (remar­qué dans la tournée améri­caine) et de Richard Gere (cast orig­i­nal de Lon­dres) ? Elle fut pour­tant présen­tée à l’époque en France sous le nom de… Gom­i­na ? C’est désor­mais le film, réal­isé par Ran­dal Kleis­er il y a 20 ans, qui fait référence. A tel point que les chan­sons qui furent écrites à cette occa­sion — dont le célèbre « You’re The One That I Want » — fig­urent désor­mais dans les repris­es sur scène du spectacle.

Plus fort encore : cette nou­velle ver­sion revendique claire­ment l’héritage ciné­matographique. La mise en scène est assurée par David Gilmore qui tra­vaille depuis 10 ans essen­tielle­ment dans le West End. En France, il a dépous­siéré l’opérette Là-haut qui s’est jouée à Lyon et à Paris l’an dernier. Il a déjà à son act­if plusieurs ver­sions de Grease dont une qui a duré de 1991 à 1999 à Lon­dres. « Je tenais absol­u­ment à David sur cette tournée », con­firme Wolf­gang. « C’est un immense plaisir que de tra­vailler en étroite col­lab­o­ra­tion avec lui ».

Un spec­ta­cle fédéra­teur et multi-générations 
En Alle­magne ce soir comme à Paris prochaine­ment, on ne doute pas de la pop­u­lar­ité de Grease. Et pour­tant, pas plus que les Parisiens, les Muni­chois n’ont réelle­ment vécu cet âge d’or. « Peu importe, les jeunes vien­nent en bande et cer­tains amè­nent même leurs par­ents. Inverse­ment, des adultes veu­lent revivre les moments de bon­heur du film en amenant la petite famille », explique Wolf­gang, « La musique est joyeuse et les per­son­nages me touchent. Mal­gré — ou à cause de — leur naïveté, cha­cun peut se recon­naître en eux ». « Nous avons tous été angois­sés à l’idée de grandir et nous avons tous été timides devant notre pre­mier flirt », ajoute Greg. Grease est donc le musi­cal des teenagers fausse­ment rebelles, du temps où la frac­ture n’é­tait pas sociale mais seule­ment entre « ceux qui l’ont fait » et les autres.

Si le spec­ta­cle se regarde avec plaisir sans deman­der trop de tra­vail (aux méninges), sur scène, en revanche, « les artistes doivent faire preuve de beau­coup d’én­ergie à cause du grand nom­bre de séquences chan­tées et dan­sées », con­firme Greg. Les choré­gra­phies, élaborées, ont demandé des semaines de répéti­tions et doivent être pré­cisé­ment respec­tées. Sauf quand un grain de sable grippe la machine. « L’autre soir, pen­dant la séquence ‘Greased Light­nin’ qui se déroule en voiture dans un dri­ve-in », racon­te Jodi, « je me dis­pute comme prévu avec Dan­ny (Greg) et je m’en vais en claquant la por­tière. Elle m’est restée dans la main ! Après un instant d’hési­ta­tion, je la lui ai don­née le plus digne­ment pos­si­ble et j’ai cou­ru vers les couliss­es pour pouf­fer de rire. Plus tard, lors de la séquence de la fête du lycée, il est arrivé sur scène avec la por­tière dans les mains comme s’il me la rap­por­tait en cadeau. Le pub­lic a bien ri lui aus­si ».

Tout est bien sûr bien qui finit bien car le hap­py end est garan­ti dès l’achat du bil­let, por­tière arrachée ou pas. Quant à l’his­toire, elle ne dit pas com­bi­en Sophia Loren a claqué de portes — et de por­tières — avant de ren­con­tr­er son pro­duc­teur de mari !