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Cyril Romoli

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Cyril Romoli ©DR
Cyril Romoli ©DR

Cyril Romoli, com­ment êtes-vous arrivé dans La Guinguette ?
En fait, La guinguette part aus­si de moi. Aucun des comé­di­ens n’a été appelé pour ce pro­jet. Nous en sommes tous à l’o­rig­ine avec Didi­er Bail­ly. On s’est con­nus à l’é­cole de théâtre Claude Matthieu où Didi­er organ­i­sait des stages de comédie musi­cale. Au sor­tir de l’é­cole, on a tous eu très envie de tra­vailler avec lui. Il y a à peu près six ans que nous nous sommes lancés dans quelque chose de plus con­cret. Entre les engage­ments des uns et des autres, le temps de trou­ver une idée qui tienne la route, la dif­fi­culté de mon­ter quelque chose d’assez ambitieux alors qu’on n’avait pas d’ar­gent, il nous aura fal­lu six ans pour arriv­er à un spec­ta­cle fini. Au départ, on était par­ti sur l’idée d’un spec­ta­cle con­sti­tué de chan­sons éro­tiques. L’une des grandes qual­ités de Didi­er étant son tal­ent d’arrangeur vocal, on s’est dit qu’on pour­rait faire une sorte de revue avec des chan­sons réar­rangées. On a ren­con­tré Stéphane Gonon qui était pro­duc­teur, à l’époque, dans l’in­dus­trie du disque. C’est lui qui nous a sug­géré de tra­vailler sur un spec­ta­cle dans un esprit guinguette. Ca nous per­me­t­tait d’avoir un pub­lic plus ciblé. A par­tir de là, c’est Didi­er qui a imag­iné l’histoire.

Pou­vez-vous résumer le spec­ta­cle en quelques mots ?
La trame est assez sim­ple. C’est davan­tage la façon dont on racon­te l’his­toire qui va compter. En gros, il s’ag­it de faire revivre une guinguette han­tée par le fan­tôme d’un per­son­nage des années 20. Ce qui dif­fère d’un spec­ta­cle comme La java des mémoires de Roger Louret, ce sont les chan­sons, inter­prétées en entier. Toute une par­tie de créa­tion, cinquante min­utes de pur opéra, s’im­misce au milieu du réc­it, pour racon­ter la vie de Gas­pard le fan­tôme. Enfin, l’idée d’une troupe de comé­di­ens qui vient au début du spec­ta­cle pour racon­ter cette his­toire et qui se trompe, provoque des rebondisse­ments là où il ne doit pas y en avoir..

Le spec­ta­cle est-il aujour­d’hui comme vous l’aviez imag­iné il y a six ans?
Le spec­ta­cle est resté en per­pétuelle muta­tion. On avait un syn­op­sis de départ, mais aucune ligne de dia­logue écrite. Didi­er a com­mencé à écrire au moment de pré­par­er les show­cas­es et la forme du spec­ta­cle est née de ce tra­vail. Ensuite, l’ab­sence de pro­duc­teur, ou, en tous cas, de pro­duc­teur avec qui on aurait pu s’en­ten­dre, nous a finale­ment per­mis d’aller vers la créa­tion et nous faire plaisir. L’his­toire de Gas­pard est donc née après le show­case au Trianon.

Vous insis­tez beau­coup sur l’aspect « com­pag­nie » de votre équipe. Com­ment êtes-vous impliqué dans l’élab­o­ra­tion de ce spec­ta­cle, en dehors du rôle que vous jouez sur scène ?
Pour ma part, je me suis beau­coup investi dans la recherche de pro­duc­tion et dans la réal­i­sa­tion des show­cas­es. J’ai réal­isé avec Philipp Weis­sert, un autre des comé­di­ens, le dossier du spec­ta­cle. J’ai enreg­istré les pre­miers CDs et j’ai fait le site web avec Marie Bru et Karine Dudoit de Regard en Coulisse.

Revenons à vos débuts. Quand avez-vous débuté ce métier ?
C’est en voy­ant La Petite Bou­tique des Hor­reurs dans l’adap­ta­tion d’Alain Mar­cel que j’ai eu envie de faire de la scène. J’avais dix ans et je suis entré à l’Ecole des Enfants du Spec­ta­cle. J’avais une sco­lar­ité amé­nagée et je devais jus­ti­fi­er que je pre­nais des cours de théâtre. L’un de mes frères est danseur à l’Opéra de Paris, l’autre a aus­si une voca­tion artis­tique. On a eu la chance d’avoir des par­ents qui nous ont lais­sés faire ce qu’on voulait. C’est à dix ans que j’ai fait mon pre­mier spec­ta­cle Le sexe faible mis en scène par Jean-Lau­rent Cochet. Ensuite j’ai tra­vail­lé avec Robert Hossein.
Adulte, j’ai fait l’é­cole Claude Matthieu. Pour le chant, j’ai pris des cours par­ti­c­uliers. J’avais plutôt une for­ma­tion rock puis j’ai com­mencé à tra­vailler avec Didi­er Bail­ly. C’est lui qui m’a fait décou­vrir la comédie musi­cale et en par­ti­c­uli­er Stephen Sond­heim. J’ai pris des cours avec Françoise Ron­deleux, une prof for­mi­da­ble du TNS. Avant, elle enseignait au Con­ser­va­toire Nation­al d’Art Dra­ma­tique. Elle donne des cours à tous les acteurs de La guinguette. Avec elle, j’ai vrai­ment passé un cap.
J’ai eu, depuis, des expéri­ences très dif­férentes. J’ai tra­vail­lé aus­si bien dans le théâtre sub­ven­tion­né, que privé. Récem­ment, j’ai joué dans Le Squat avec Marthe Mer­cadier que dans Vie et mort de Pier Pao­lo Pasoli­ni au Vingtième Théâtre. J’ai par­ticipé au court-métrage de Stéphane Ly Cuong, Par­adis­co. Une expéri­ence géniale ! Une grande par­tie de cette espèce de famille du théâtre musi­cal français s’y retrou­vait. Et puis Stéphane, que je ne con­nais­sais pas, est devenu un ami. J’ai aus­si fait du théâtre pour enfants, une dis­ci­pline qui n’est pas très recon­nue. J’ai joué dedans et ai com­posé cer­taines des chan­sons. En ce moment, je tra­vaille sur mon tour de chant qui s’in­ti­t­ule Humour noir et amours ros­es. J’ai écrit une par­tie de mon réper­toire. D’autres, comme mon frère ou Eric Chantelose, le paroli­er de La guinguette, y ont par­ticipé. J’ai vrai­ment une for­ma­tion de comé­di­en-chanteur et ça, en France, c’est vrai­ment à s’ar­racher les cheveux.

Existe-t-il des spec­ta­cles pour lesquels vous avez audi­tion­né et que vous regret­tez de ne pas avoir fait ?
Non. Mon seul regret, ou plutôt ma seule frus­tra­tion, c’est de ne pas encore faire par­tie de spec­ta­cles de copains comme Créa­tures. Je trou­ve que c’est for­mi­da­ble. Voilà des années qu’Alexan­dre Bon­stein en par­le. Je suis con­tent que ça marche. J’ador­erais faire des rem­place­ments là-dedans.

Cela-dit, le par­cours de Créa­tures est assez sim­i­laire à celui de La Guinguette. Une longue ges­ta­tion, une série de show­cas­es, un spec­ta­cle évo­lu­tif, une équipe soudée…
Ce n’est pas tout à fait pareil. Créa­tures, c’est vrai­ment la créa­tion d’Alexan­dre. Même s’il a fait appel à des amis pour jouer dedans, c’est vrai­ment lui qui l’a porté et c’est quelque chose de très per­son­nel. La guinguette est une aven­ture de groupe. Mais je nous souhaite d’avoir le suc­cès de Créa­tures.

En tant que comé­di­en-chanteur ama­teur de comédie musi­cale, trou­vez-vous votre compte dans La guinguette ?
Qua­si­ment, oui. En matière musi­cale pure, je suis heureux, épanoui. Après, c’est tou­jours par­ti­c­uli­er quand on fait du spec­ta­cle de diver­tisse­ment et qu’on vient du théâtre. On est sur un plateau, on chante des chan­sons de qual­ité. Mais par­fois, on a envie de pouss­er un tout petit peu plus loin en matière de dra­maturgie, de se pos­er plus de ques­tions sur ce que racon­te un spec­ta­cle. Les comédies musi­cales de Sond­heim par exem­ple, vont chercher très loin. Ce n’est pas du diver­tisse­ment. Dans La guinguette, une par­tie de pur diver­tisse­ment côtoie une autre, plus élaborée, dans laque­lle je me sens plus à l’aise. Mais d’une manière générale, ce spec­ta­cle me rend vrai­ment heureux. Et puis, en audi­tion, j’ai beau­coup enten­du « C’est pas mal, mais vous n’avez encore rien fait dans ce méti­er ». Là, je suis en train de faire quelque chose.

Vous êtes donc un grand fan de Sond­heim, quel rôle de son réper­toire aimeriez-vous jouer?
J’adore Mer­ri­ly we roll along et Com­pa­ny. Mais il n’y a pas un rôle que j’aimerais jouer par­ti­c­ulière­ment. Je ne pense pas vrai­ment en terme de rôle mais en terme de pro­jet glob­al. Je suis très heureux du rôle que je tiens dans La guinguette mais j’au­rais aus­si adoré jouer Gas­pard ou l’autre garçon. Je ne serais pas non plus frus­tré de me retrou­ver au sec­ond plan, c’est l’aven­ture dans son ensem­ble qui me plaît.

Vous écrivez des chan­sons. Envis­agez-vous un jour d’écrire une comédie musicale ?
J’ai écrit des chan­sons sur des trames conçues par d’autres. Mais quand je vois la force de l’écri­t­ure dra­ma­tique de Didi­er dans La guinguette, je préfère en rester là. Pour l’in­stant en tout cas.