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Cygne de quoi

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Comédie chan­tée d’après Léda d’Al­fred Jarry
Musique : Lau­rent François
Mise en scène : Véronique Balme
Avec :
Mag­a­li d’Au­thi­er : Psy-cool
Pierre Babo­lat : Thyndare
Véronique Balme : Psy-chorigide
François Bernard : Dzeus
Angélique Frid­blatt : Aglaïa
Olivia Leflaive : Léda
Mari­ka Maz­zan­ti : Adèle
Estelle Micheau : Anne-Anké

Raphaël Callan­dreau : pianiste
Ezechiel Pail­h­es : pianiste

Adap­ta­tion : Mag­a­li d’Au­thi­er ? Véronique Balme ? Mari­ka Mazzanti
Arrange­ments vocaux : Pierre Babolat
Choré­gra­phie : Chris­tine Coupet
Cos­tumes : Car­o­line Lainé
Décors : Robert Poulange
Analyse psy­ch­an­a­ly­tique : Anne Turcat 

Cri­tique parue lors des représen­ta­tions de 2003

S’in­spi­rant des images et des mots aux sig­ni­fi­ca­tions mul­ti­ples de la mytholo­gie très per­son­nelle d’Al­fred Jar­ry, cette adap­ta­tion de Léda est résol­u­ment une créa­tion théâ­trale et musi­cale à part entière. De l’oeu­vre écrite en 1900, il n’en sub­sis­tait plus qu’un sou­venir pour ain­si dire pat­a­physique, qui ne fut pub­lié qu’en 1981 : une opérette amputée de sa musique orig­i­nale, la par­ti­tion signée par Claude Ter­rasse ayant été égarée.

Adèle est obsédée par un rêve qui lui revient toutes les nuits, et dans lequel elle incar­ne l’héroïne grecque Léda… L’his­toire se décline en forme de rêve éveil­lé sous le regard d’un duo de psy­ch­an­a­lystes. Cette con­struc­tion orig­i­nale per­met de s’a­muser d’éventuels rap­ports entre mythe et incon­scient, jolie occa­sion pour égratign­er au pas­sage les incon­di­tion­nels de Lacan ou de Freud. Par­fois grinçante, la comédie n’en demeure pas moins bur­lesque, les per­son­nages y étant brossés à gros traits, et aus­si grâce à quelques dia­logues sin­gulière­ment décalés et anachroniques.

Musi­cale­ment, la fil­i­a­tion à l’opérette est assez ténue, si ce n’est peut-être dans l’e­sprit. Du style de Claude Ter­rasse, ouvrant la voie à une musique plus raf­finée que pop­u­laire dans les années 1900, il n’en reste qu’une réminis­cence. En témoignent quelques mélodies et accords pen­ta­toniques évo­quant le début du siè­cle, ain­si que l’air d’Or­phée aux enfers d’Of­fen­bach. La par­ti­tion au con­traire hétéro­clite de Lau­rent François emprunte aus­si bien à la comp­tine qu’au jazz. Le mélange fait mouche, le décalage de la musique, ain­si que la qual­ité vocale des inter­prètes con­ser­vent aux mots de Jar­ry leur pleine saveur. Mal­heureuse­ment, la comédie vire par­fois au pas­tiche avec des repris­es de chan­sons de Dutronc ou d’Il était une fois, non sans risque d’oc­cul­ter les chan­sons orig­i­nales ou de brouiller un peu l’e­sprit de la pièce.

For­més à la comédie musi­cale par Marc Cheva­lier au con­ser­va­toire du 9ème arrondisse­ment, les comé­di­ens ne se con­tentent pas de nous faire rire. Ils chantent avec tal­ent, pour notre plus grand plaisir.