Coup de théâtre(s) (Critique)

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coupdetheatreAuteur : Sébastien Azzopar­di, Sacha Danino
Artistes : Benoît Cau­den, Alyzée Costes, Alexan­dre Guil­baud, Nico­las Mar­tinez, Lau­rent Mau­rel, Olivi­er Rui­dav­et, Salomé Talaboulma
Met­teur en scène : Sébastien Azzopar­di

Une His­toire déjan­tée : Après 10 ans d’Odyssée et 10 ans d’Il­i­ade, Ulysse réclame sa retraite anticipée !
En effet, il com­bat depuis l’âge de 14 ans, il a tué son pre­mier cyc­lope à 15 ans et demi, il faut tenir compte de la pénibilité !
Pour­tant les Dieux l’en­voient de nou­veau en mis­sion. Son périple va le con­duire dans des con­trées étranges où il va crois­er Cyra­no de Berg­er­ac, Roméo et Juli­ette, Ham­let, des pré­cieuses absol­u­ment ridicules, et bien d’autres encore…

Notre avis:  Nous con­nais­sions les hom­mages lugubres, – vio­lon lar­moy­ant, voix d’outre-tombe, évo­ca­tion bar­bante –  la troupe de Coup de théâtre (s) vient d’inventer un nou­veau con­cept : l’hommage déli­rant. Qui est sans con­teste le plus com­plet, le plus juste et le plus touchant de tous ! Le plus pas­sion­nant aus­si, pour qui se laisse embar­quer dans cette folle faran­dole s’emparant chaque soir du théâtre de la Gaité Mont­par­nasse. Elle prend son départ il y a quelques mil­lé­naires lorsqu’Ulysse réclame sa retraite après dix ans d’Odyssée. Notre héros va pour­tant repar­tir pour une nou­velle épopée. L’enjeu est de taille : remet­tre la main sur une que­nouille sacrée dérobée aux dieux… En fait de voy­age, c’est un génial tour­bil­lon au pays d’Arlequin, de Cyra­no et de Fey­deau, un pays fait d’alexandrins et de prose, de tirades et de silences, de pré­cieuses ridicules et du songe d’une nuit d’été…
Dans une suc­ces­sion de scènes menées tam­bours bat­tant, Ulysse va ain­si tra­vers­er les siè­cles, les styles et les œuvres et se retrou­ver au cœur des plus célèbres pages du théâtre, du clas­sique à l’absurde. Ce voy­age pour­rait don­ner mal au cœur. Bien au con­traire, il fait un bien fou. Peut-être par son rythme soutenu qui fait naitre chez les spec­ta­teurs une curiosité piquante à décou­vrir la suite ; Sans doute grâce au jeu déli­rant des comé­di­ens qui accom­pa­g­nent notre héros à se fon­dre dans les styles, les répliques et les épo­ques. Une excel­lente dis­tri­b­u­tion, où Benoit Cau­den et Olivi­er Rui­dav­et s’en don­nent à cœur-joie, con­fir­mant d’ailleurs leur indé­ni­able tal­ent de comé­di­en et une capac­ité ignorée à porter la per­ruque brune ou blonde…

Orig­i­nal et sur­prenant, Coup de théâtre (s) mélange par­faite­ment les gen­res, forçant par­fois le trait – juste ce qu’il faut -, ne craig­nant pas, le plus sou­vent, de pouss­er le délire jusqu’à l’extrême, sans peur des anachro­nismes, des instants déjan­tés et de quelques blagues potach­es dans la lignée de Mis­sion Flo­ri­mont. Débor­dant de références, le tout s’achève sur un tableau musi­cal que l’on dédiera volon­tiers à ceux qui n’ont d’artistes que le nom. Peut-être pour rap­pel­er que c’est un vrai méti­er que de mon­ter sur les planches…
Déli­rante, cette pièce est indé­ni­able­ment une déc­la­ra­tion d’amour au théâtre, à ses auteurs, leur imag­i­na­tion, leur plume et leur folie. Mais aus­si à ces artistes d’hier et d’aujourd’hui, tous ceux qui s’attachent depuis des siè­cles à exercer le plus beau méti­er du monde pour faire rire, émou­voir et touch­er tous les publics. En ressus­ci­tant les bal­adins, les troupes et quelques-uns des héros éter­nels de la scène, Coup de théâtre (s) offre finale­ment le plus bel hom­mage qui soit : celui que l’on rend à des immortels.