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Cinq de coeur : chasseurs de sons

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Pas­cale Costes, soprano
San­drine Mont­coudi­ol, alto
Karine Sérafin, soprano
Nico­las Kern, ténor
Xavier Mar­guer­i­tat, baryton
Mise en scène : Marc Loc­ci assisté de Christophe Grund­mann et Lau­ry André
Con­seiller musi­cal : Didi­er Louis
Lumières : James Angot
Spec­ta­cle écrit par : Pas­cale Costes, San­drine Mont­coudi­ol, Karine Sérafin,
Nico­las Kern, Xavier Margueritat
Arrange­ments musi­caux : Nico­las Kern, Bruno Ker­hoas, Xavier Margueritat,
Pierre Jean­not, Karine Sérafin

Cinq étranges chas­seurs de sons débar­quent sur terre afin de col­lecter un échan­til­lon de notes, sonorités, rythmes et bruits. D’une forêt trop­i­cale aux plaines arides d’un désert, en pas­sant par la grande galerie du Musée du Lou­vre, les voyageurs du temps et du son tra­versent cinq siè­cles de musique.

La scène de la Pépinière Opéra est com­plète­ment dépouil­lée, avec une valise et des effets lumineux pour seul décor ; ni accom­pa­g­ne­ment, ni enreg­istrement, ni bruitage ne vien­nent trou­bler la sobriété du lieu. Autant dire qu’il faut un peu d’imag­i­na­tion pour suiv­re les cinq pro­tag­o­nistes dans leurs tribu­la­tions musica­lo-spa­cio-tem­porelles. Mais qui peut vrai­ment être insen­si­ble à ce point au rêve pour échap­per à leurs filets à papil­lon colorés ?

Depuis leur entrée sur scène jusqu’au troisième rap­pel (!), les comé­di­ens font des mir­a­cles en créant des atmo­sphères sai­sis­santes par des sons unique­ment sor­tis de leur bouche : stridu­la­tions de cigales, loin­tains échos de bono­bos, mod­u­la­tions vocales évo­quant le ciné noir et blanc. Tels des pein­tres impres­sion­nistes util­isant des micros en guise de pinceaux, des sons plutôt que des couleurs. Les lieux s’en­chainent à folle vitesse, pas­sant par un mael­strom de notes d’où sur­git soudaine­ment une mélodie famil­ière. Nul besoin d’être mélo­mane spé­cial­iste pour appréci­er car tous les airs sont archi-con­nus : clas­siques sécu­laires, génériques de films, suc­cès de var­iété… Bien enten­du, tous les textes sont chan­tés. Les artistes sont tous mem­bres de troupes de chant pro­fes­sion­nelles, cha­cun dans leur reg­istre, du bary­ton à l’al­to. Au grand bon­heur de l’au­di­toire, leurs voix son­nent juste même dans les scènes les plus mouvementées.

Mais le spec­ta­cle, en plus d’être une sorte d’oeu­vre artis­tique monu-men­tale, est aus­si et surtout un con­cert d’hu­mour ! Il y a quelque chose du Quatuor (la fameuse troupe de clowns vio­lonistes) dans ce quin­tet vocal­iste. Tout chanteurs lyriques baro­ques qu’ils sont, les comé­di­ens jouent de leurs fac­ultés vocales avec déri­sion, voire autodéri­sion. Ils devi­en­nent des per­son­nages var­iés, car­i­ca­tures du quo­ti­di­en. Le décalage évi­dent entre le thème sou­vent sérieux des orig­in­aux et les textes absur­des, leurs inter­pré­ta­tions clow­nesques, est un autre motif de franche rigo­lade. Par exem­ple, « La Femme Qui N’a Pas d’A­mi » est une par­o­die bril­lante de Negro Spir­i­tu­al. C’est égale­ment l’oc­ca­sion de redé­cou­vrir un joy­au de bide-et-musique.com, « La Vache A Mille Francs », détourne­ment par Jean Poiret de « La Valse A Mille Temps » de Brel. On boit du petit lait.

Le spec­ta­cle se ter­mine sur une chan­son tra­di­tion­nelle ital­i­enne, « Gob­bo so pare ». L’in­ter­pré­ta­tion de Cinq de Coeur est pleine d’ironie dans le fond et la forme, puisque l’on a l’im­pres­sion qu’eux-mêmes ne com­pren­nent rien aux paroles qui s’emballent dans un rythme infer­nal. Elle se con­clut sous une avalanche de rires et d’ap­plaud­isse­ments bien mérités, car ces Cinq de Coeur là sont bien une quinte royale !