Christophe Mirambeau nous fait redécouvrir Cole Porter

0
479

Christophe Miram­beau © DR

Christophe Miram­beau, com­ment avez-vous (re)découvert cette oeu­vre de Cole Porter ?
Recréer cette Revue des Ambas­sadeurs est une idée qui me trotte dans la tête depuis plus de dix ans, lorsque j’ai décou­vert l’unique édi­tion papi­er des chan­sons du show – édi­tion anglais-français, pro­longe­ment édi­to­r­i­al du suc­cès du spec­ta­cle, ain­si que cela se fai­sait alors, et comme cela se pra­tique tou­jours à Broad­way. C’était en quelque sorte une par­ti­tion orphe­line, les droits édi­to­ri­aux étaient per­dus pour la France, c’était com­pliqué à exploiter en l’état, d’autant qu’il ne s’agissait pas d’une inté­grale. Aucune archive aux Etats-Unis, seule­ment trois chan­sons exploitées ultérieure­ment par Porter dans d’autres revues et dont il reste trace… Pas de sources musi­cales à part ce que je venais de trou­ver… Et puis, il y a quelques années, à l’occasion de mes travaux de recherche, j’ai par un hasard total décou­vert et iden­ti­fié les « piano-chant » des numéros man­quants. J’avais soudain des sources sup­plé­men­taires ! Petit tour à la bib­lio­thèque du Con­grès, accès au pro­gramme orig­i­nal de la Revue et je décou­vrais que j’avais main­tenant toutes les chan­sons disponibles de Porter pour la revue. J’ai pré­cieuse­ment con­servé mes sources, en me dis­ant : one day, when I grow up…

Com­ment définiriez-vous La Revue des Ambas­sadeurs ? Quels élé­ments car­ac­téris­tiques de Cole Porter y retrouve-t-on ?
Cette revue est typ­ique­ment améri­caine ; écrite et pro­duite à Paris, elle fait des Champs Elysées — où était situé l’ancien Théâtre des Ambas­sadeurs, actuel Espace Cardin — une proche ban­lieue de la 42e rue. On y retrou­ve toutes les saveurs du Cole Porter des années 20 : une féroce joie de vivre, un entrain com­mu­ni­catif, des mélodies prég­nantes, qui con­quièrent votre oreille et ne vous quit­tent plus ; les chan­sons « sen­ti­men­tales » sont un délice de joliesse et de grâce, sans jamais vers­er dans la mièvrerie (l’un des plus grands tal­ents du Porter lyri­ciste) et vous font bat­tre le cœur. Et puis, il y a l’esprit. On se régale de lyrics ciselés, intrin­sèque­ment drôles… Un esprit « parisien » mais en anglais. Rien d’étonnant à cela, puisque Cole Porter, l’un des plus fran­cophiles artistes améri­cains, a déjà beau­coup vécu en France — et com­bat­tu pour elle lors de la Grande Guerre. Les chan­sons sont très jazzy : c’est au fond pour cela qu’on pro­gramme Porter à Paris : n’oublions pas qu’en 1923, il avait embal­lé le pub­lic des Bal­lets Sué­dois de Rolph de Maré avec With­in The Quo­ta, le pre­mier « bal­let améri­cain » jamais créé. Pub­lic et intel­lectuels avaient été autant chavirés par l’inventive choré­gra­phie de Jean Bör­lin que par l’enthousiasmante par­ti­tion de Porter, devenu chou­chou de Paris.

Par­lez-nous de cette nou­velle orches­tra­tion de Lar­ry Blank…
Quand j’ai demandé à Lar­ry s’il voulait bien faire cette re-créa­tion avec moi, j’ai vu son œil s’allumer. Il a de suite trou­vé le pro­jet aus­si intéres­sant qu’inattendu, et il s’est jeté dans cette folle aven­ture DIVA. Très vite, nous avons par­lé « style ». Il voulait savoir quel était mon souhait, car, en somme, la notion de re-créa­tion est vague, et néces­site des ajuste­ments poin­tus. Il a pris con­nais­sance des sources, et puis nous avons dis­cuté. Je ne voulais pas que cela sonne vieux, et pour­tant, je souhaitais que cela sonne « d’époque » ; je ne voulais pas d’une orches­tra­tion « pop », mais je voulais qu’elle respecte à la fois la musique de Porter et notre goût con­tem­po­rain. En quelques min­utes, nous sommes tombés d’accord : notre « mod­èle », si je puis dire, serait ce qu’a fait le mer­veilleux Ralph Burns en 1971 pour le revival de No No Nanette à Broad­way. Je viens de lire les orches­tra­tions que vien­nent de me livr­er Lar­ry et son tal­entueux co-orches­tra­teur Patrick O’Neil, et que nous enten­drons ce 3 mai à la Mutu­al­ité : une classe hyper­bolique, un glam­our voluptueux, « enter­tain­ing » à souhait, folle­ment « Broad­way grande époque ». La seule lec­ture de la par­ti­tion d’orchestre des chan­sons de ces Ambas­sadeurs m’a ren­ver­sé de bon­heur et d’admiration, et je sais d’ores et déjà que le résul­tat final va être extra­or­di­naire. En ce qui me con­cerne, cha­peau bas, c’est du très haut de gamme ; Lar­ry Blank n’a pas été trois fois nom­mé aux Tonys pour les meilleures orches­tra­tions par hasard ! Cerise sur le gâteau, c’est un chef d’orchestre chevron­né ; je lui ai con­fié la baguette pour diriger l’Orchestre des Con­certs Pas­de­loup à cette occasion.

Le pub­lic de DIVA con­naît bien Jérôme Pradon et Vin­cent Heden, mais pou­vez-vous nous présen­ter Amy Bur­ton et Lisa Vro­man, les autres inter­prètes de la Revue ?
Retrou­ver Jérôme Pradon et Vin­cent Heden pour un con­cert haut de gamme de ce type est une incroy­able sat­is­fac­tion : deux tal­ents énormes, que j’aime et que j’admire, asso­ciés à deux stars améri­caines d’une incon­testable voil­ure, cela promet quelques splen­deurs vocales dont je me régale d’avance. Amy Bur­ton est très con­nue à New York en tant que sopra­no vedette du New York City Opera, dont elle fut l’une des plus belles can­ta­tri­ces. Pro­téi­forme, elle a autant chan­té l’opéra que les clas­siques de Broad­way ou les con­tem­po­rains améri­cains. Elle a la par­tic­u­lar­ité d’être l’une des rares chanteuses anglo-sax­onnes, à l’instar de Dame Felic­i­ty Lott ou encore Susan Gra­ham, à avoir tra­vail­lé et défendu la comédie musi­cale française d’entre deux guer­res, notam­ment avec un show « Yvonne Print­emps » remar­quable et remar­qué. Lisa Vro­man, de son côté, est réputée pour défini­tive­ment être LA Chris­tine Daaé du Phan­tom of the Opera. Voix duc­tile, sou­ple, sen­suelle, qui sait tout aus­si bien se faire gail­larde et spir­ituelle, Lisa Vro­man excelle à la fois dans le grand réper­toire Broad­way, « à voix », que dans l’opéra con­tem­po­rain améri­cain. Musi­ci­enne racée, elle avait déjà à son réper­toire de con­cert «You and Me », l’une des rares chan­sons de La Revue des Ambas­sadeurs que Cole Porter ait exploitée par la suite. Une chan­son qui est presque le fétiche de son réper­toire. Com­ment donc se pass­er de Lisa Vro­man, qui a répon­du à mon invi­ta­tion avec ent­hou­si­asme ? Entouré du Diva Cho­rus — l’ensemble Diva con­sti­tué des artistes de comédie musi­cale qu’on a l’habitude d’applaudir en sai­son sur les scènes parisi­ennes — le quatuor vocal Burton/Vroman/Pradon/Heden promet des étincelles.
A con­sul­ter égale­ment, le nou­veau site de DIVA.