
Christophe Maé, racontez-nous vos débuts artistiques ?
Je suis intermittent du spectacle depuis plus de dix ans. J’ai toujours été musicien : du violon dès six ans, de la batterie à douze ans, de la guitare à seize et enfin de l’harmonica. A 18 ans, je suis entré au Conservatoire de l’Auditorium de Thor où j’ai obtenu un DMCI (Diplôme de Culture Musicale et Instrumentale). J’ai voulu me confronter au public et je suis descendu à Saint-Tropez avec un ami pour jouer dans la rue.
Vous avez commencé par la « petite porte »…
Oui. Peu à peu on s’est fait connaître. Nous avons joué dans un bar, puis deux. Nous faisions des reprises de variété internationale. Ensuite, j’ai travaillé sur des saisons (Courchevel, Saint Tropez). Je faisais partie d’un circuit et nous avions entre 200 et 300 concerts par an. J’ai décidé d’arrêter pour tenter ma chance à Paris et à 26 ans je me suis installé dans la capitale. J’ai d’abord suivi plusieurs stages puis j’ai commencé à travailler sur les textes de mon album. J’ai fait les premières parties de concert de Jonatan Cerrada ou de Cher. Un soir, Dove Attia m’a vu et a insisté pour que je passe le casting du Roi Soleil.
Comment s’est passé le casting ?
J’étais très détaché lors des auditions. Je voulais persévérer et sortir mon album. J’ai chanté « L’Hymne à l’Amour » d’Edith Piaf, mais je n’y croyais pas. Et ils m’ont rappelé une fois, deux fois… Ce n’était pas une évidence pour eux, j’avais une voix trop « black » et avec mon accent du Sud, jouer le frère du Roi Soleil, ce n’était pas gagné (rires). J’ai donc beaucoup travaillé ma prononciation et je me suis lancé.
Connaissiez-vous l’univers des comédies musicales ?
Non, absolument pas. Je me suis rattrapé depuis…
Avez-vous eu des doutes avant de vous lancer dans une telle aventure ?
J’ai beaucoup galéré pendant des années. Ca a été dur, mais c’est pendant ces périodes noires que j’ai écrit mes plus beaux textes et composé mes plus beaux morceaux. Quand j’ai su que j’étais pris pour le rôle, j’ai saisi ma chance. Ca a rassuré mes proches. Ils se sont dit que je n’étais plus tout seul…
Vous n’avez jamais pris de cours de comédie, comment se sont passées les répétitions ?
Je suis un comédien né (rires). Mon expérience de la scène est très importante. Kamel Ouali savait exactement où il voulait emmener le personnage. Le frère du Roi est un personnage barré, excentrique et gay. Il est tout seul dans sa tête. Je me suis inspiré du film Amadeus de Milos Forman et du rôle de Mozart interprété par Tom Hulce.
J’y ai mis de la folie et je déborde parfois. D’ailleurs, je me fais reprendre à la fin du spectacle. Je m’éclate. Quand j’entre en scène, j’oublie tout et je deviens une autre personne. Je donne tout ce que je peux. Pendant l’année de répétition, ça a été difficile. J’avais peur de ne faire que le bouffon pour aérer les scènes ou passer complètement inaperçu. Le soir de la première, tous mes doutes sont tombés et depuis je n’ai manqué que quinze jours de représentations à cause d’une entorse, parce que j’avais fait un peu trop le con sur scène.
Avez-vous des projets après Le Roi Soleil ?
J’ai un rythme infernal entre Le Roi Soleil et la sortie de mon album en février. Le Roi Soleil a été un tremplin. Cette aventure m’a permis d’avoir un cheminement artistique pour savoir vers où je voulais aller. Mon album est d’inspiration « soul acoustique » avec des influences africaines. Mes influences sont Tracy Chapman, Steevie Wonder, Ben Harper et Otis Redding.
Après deux ans et demi, j’ai trouvé mon univers. Je suis un artiste de scène. Je ne sais faire que ça ! Je suis convaincu de ce que je fais. J’ai eu la chance d’être entouré et d’être soutenu. Les gens croient en moi. Je me sens porté et ça fait tellement longtemps que j’attends. Ca me donne la pêche ! C’est mon heure et je ne vais pas la laisser s’échapper. Je me reposerai le moment venu.