Accueil Talent à suivre Christine Kandel et Anandha Seethanen — Les nouvelles romantiques

Christine Kandel et Anandha Seethanen — Les nouvelles romantiques

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Christine Kandel dans Les nouveaux romantiques © Mathias Bord
Chris­tine Kan­del dans Les nou­veaux roman­tiques © Math­ias Bord

Par­lez-nous de l’o­rig­ine du projet.
Chris­tine Kan­del : Ca part d’une envie com­mune… Il y a longtemps que l’on souhaitait mon­ter quelque chose ensem­ble. C’est Stéphane qui a amené l’idée et con­stru­it le spec­ta­cle. Quand d’autres pro­jets pren­nent plus de temps pour se met­tre en place, on a vrai­ment lancé le pro­jet à la fin de l’an­née dernière et tout est allé assez vite, sans doute, parce que c’é­tait le bon moment pour nous tous.

Qu’est-ce que ça apporte de tra­vailler avec des amis ?
Anand­ha Seetha­nen : Tout ! On se con­naît donc on est en con­fi­ance. Et même si le tra­vail soutenu au quo­ti­di­en va nous faire décou­vrir des aspects de chaque per­son­nal­ité qu’on igno­rait, on sait que per­son­ne ne sera ni dans un esprit de com­péti­tion, ni pour juger les fragilités respec­tives. L’ego peut être quelque chose de très dif­fi­cile à gér­er mais, dans un cas comme celui-là, il est vite maîtrisé au prof­it du pro­jet commun.

Qu’est-ce que ça évoque pour vous les années 80 ?
CK : Les années dis­co. Et puis l’ar­rivée des Cabrel, Renaud, Bal­avoine et tous ces gens-là.

Quelle musique écoutiez-vous à l’époque?
CK : Vous voulez savoir si j’é­coutais Karen Cheryl et si je chan­tais et je dan­sais déjà sur « Les nou­veaux roman­tiques » ? Eh bien, la réponse est : oui !

AS : Chris­tine se moque tou­jours de moi en se deman­dant où je suis née, mais au départ, je ne con­nais­sais pas la majeure par­tie des chan­sons du spec­ta­cle. Les chan­sons français­es des années 80 ne représen­taient rien pour moi. Rien ne m’avait mar­quée en par­ti­c­uli­er, même si, comme toute ado­les­cente qui se respecte, je me sou­viens avoir acheté quelques 45 tours. Mais je peux vous assur­er que, doré­na­vant, il me sera impos­si­ble de les oubli­er. D’au­tant que leur inter­pré­ta­tion avec le piano seul leur con­fère une autre dimen­sion. Stéphane a, par ailleurs, fourni un tra­vail con­sid­érable de recherche pour que chaque chan­son fonc­tionne dans une logique dra­ma­tique, séparé­ment d’abord, puis glob­ale­ment. Le découpage par phrase est très bien pen­sé. Il per­met de décou­vrir chaque per­son­nage et fait avancer l’intrigue.

Cette ques­tion s’adresse donc plutôt à Chris­tine. Pour­riez-vous citer une chan­son des années 80 qui vous ait mar­quée particulièrement ?
CK : Non ! Quand on vit avec la « chan­son » au quo­ti­di­en, en choisir une paraît ter­ri­ble­ment injuste pour toutes les autres. A l’époque, je pas­sais mon temps à chanter ces airs-là devant ma glace alors aujour­d’hui c’est un plaisir de les chanter sur scène. Par con­tre il y a un « Live des années 80 » dont je me sou­viens pré­cisé­ment ; c’est un con­cert de Dal­i­da auquel j’ai eu la chance d’as­sis­ter. Je peux vous dire que cette grande dame au soleil dans la voix était mag­ique et extrême­ment touchante et qu’elle ray­on­nait bien au-delà de ses habits de lumière !

Chris­tine, vous avez l’habi­tude de chanter en solo. Aviez-vous déjà par­ticipé à une telle aven­ture collective ?
CK : J’ai joué dans La petite bou­tique des hor­reurs en 1997 et fait par­tie de quelques créa­tions pluridis­ci­plinaires, notam­ment pour Des jardins en scène. C’é­tait des moments où, comme aujour­d’hui avec Les nou­veaux roman­tiques, j’avais besoin dans mon par­cours d’artiste de m’éloign­er un temps de l’au­teur-com­pos­i­teur-inter­prète pour évoluer dans une énergie de groupe, con­fron­ter les idées, aller à la ren­con­tre des autres et partager la scène avec eux.

Mais quand vous chantez en solo, vous tra­vaillez aus­si avec un groupe.
CK : Le dia­logue n’est pas le même… Le lan­gage com­mun est musi­cal. Et puis, ça ne fonc­tionne pas tout à fait de la même façon. Avec mes musi­ciens, je suis au devant de la scène. Je reste le prin­ci­pal vecteur de l’é­mo­tion et de l’in­ten­tion quand eux me sou­ti­en­nent. Dans Les nou­veaux roman­tiques, je suis face à d’autres inter­prètes et le livret est le sup­port prin­ci­pal, même si la musique est sous-ten­due… Le texte devient pré­dom­i­nant parce qu’il fait avancer l’his­toire, expose une sit­u­a­tion, car­ac­térise un per­son­nage… et on com­mu­nique essen­tielle­ment par le verbe et le jeu d’ac­teur. Cet échange-là, je ne peux le ressen­tir avec mes musi­ciens que lorsque je suis au piano, dans le jeu, parce que là, d’un seul coup, on par­le le même langage.

Qu’est-ce que ça change d’in­ter­préter, cette fois, des chan­sons qui ne sont pas de vous ?
CK : Je crois que c’est tou­jours intéres­sant de chanter un autre point de vue que le sien. Quand on est auteur-com­pos­i­teur-inter­prète, on exprime vocale­ment et émo­tion­nelle­ment ce qu’on a soi-même écrit sur le papi­er. On recrée ce que l’on a déjà créé. Quand j’abor­de le réper­toire de quelqu’un d’autre, mon pro­pre univers se jux­ta­pose au sien. Ce mélange des sen­si­b­lités et cette super­po­si­tion de points de vue, d’é­mo­tions, de per­cep­tions per­met d’en­richir les choses. Dans le cas des Nou­veaux roman­tiques, il y a aus­si la vision que Stéphane a des chan­sons et de nous et qui est très per­son­nelle et qui vient beau­coup nous apporter. Aller dans le sens de sa lec­ture, c’est, à la fois, utilis­er et oubli­er qui l’on est au ser­vice d’un per­son­nage. Appren­dre à suiv­re les « inten­tions intu­itives » de notre met­teur-en-scène ! Se laiss­er guider dans un sub­til dosage… Et trou­ver la par­faite alchimie, c’est un tra­vail de comé­di­en passionnant.

Et vous, Anand­ha, pou­vez-vous nous par­ler de vos expéri­ences en matière de spec­ta­cle musical ?
AS : En fait, hormis Boule­vard du musi­cal qui peut recevoir l’é­ti­quette (on aime beau­coup met­tre des éti­quettes en France) « spec­ta­cle musi­cal », je n’ai par­ticipé à aucun autre spec­ta­cle de ce genre. J’ai fait du théâtre, ce qui est une ambiance com­plète­ment dif­férente. Je n’ai chan­té dans aucune « comédie musi­cale », comme on les appelle, de ces dernières années. J’ai l’in­tu­ition que je ne suis pas tail­lée pour ! J’aime les pro­jets un peu arti­sanaux où on peut assis­ter à la nais­sance de l’idée, puis la voir se trans­former, s’étof­fer, et, enfin, exis­ter. Je sais qu’on ne peut pas vivre ce proces­sus de manière sys­té­ma­tique mais une genèse com­plète, c’est quelque chose qui me touche pro­fondé­ment et m’est néces­saire. C’est pour ça que, glob­ale­ment, en tant que chanteuse, les con­certs me cor­re­spon­dent davan­tage. Parce que je com­pose et j’écris depuis presque dix ans, et je me dis qu’il est plus que temps de pass­er à la vitesse supérieure, et d’ex­téri­oris­er tout ça.

En quoi Les nou­veaux roman­tiques cor­re­spond-il à ce que vous aimez ?
AS : Pré­cisé­ment à cause de cette genèse. Et puis il y a des per­son­nages qui exis­tent et je prends beau­coup de plaisir à incar­n­er cette fille très car­ac­térisée, tout en chan­tant, en dansant, en restant aus­si dans l’é­mo­tion et tout ça dans un reg­istre résol­u­ment décalé.

Quelles dif­fi­cultés ce spec­ta­cle a‑t-il représen­té pour vous ?
CK : J’ai un prob­lème audi­tif à l’or­eille gauche. J’ai donc besoin de beau­coup de con­cen­tra­tion pour ressen­tir les ambiances et la place des choses dans l’e­space. Un tra­vail de groupe comme celui-là, où on dépend à ce point les uns des autres, me demande énor­mé­ment de pré­ci­sion mais c’est aus­si très stimulant.

AS : J’avoue que ce réper­toire n’a pas tout de suite soulevé chez moi un ent­hou­si­asme débor­dant. Je n’ai que très peu chan­té en français. Tout ce que je fais est en anglais, que ce soit les repris­es ou les com­po­si­tions. Il a donc fal­lu que je fasse table rase de mes préjugés et que j’ap­privoise, chan­son par chan­son, cette langue française qui est sub­lime écrite, mur­murée, par­lée ou jouée mais que je ne suis jamais par­v­enue à faire son­ner chaque fois qu’il a fal­lu la chanter. Je suis donc con­tente d’avoir franchi le cap. Mais je n’en suis encore qu’à la let­tre A ! J’ai aus­si mis beau­coup de temps à touch­er du doigt mon per­son­nage (ce fameux temps que nous n’avons pas car le spec­ta­cle s’est mon­té en qua­tre semaines). Il faut dire que je ne lui ressem­ble pas beau­coup. Même si Stéphane affirme, en plaisan­tant, m’avoir révélée comme telle, je ne suis pas tou­jours sûre de me recon­naître dans cette « bitch-auto-cen­trée-séduc­trice-dom­i­na­trice-mini-jupe-décol­leté-plongeant-talons-aigu­ille » ! Dans la vie, je suis plutôt dis­crète, voire timide.

Qu’est-ce que vous préférez aujour­d’hui dans le spectacle ?
CK : Je crois que c’est déclencher les rires. J’aime émou­voir dans un pas­sage dra­ma­tique comme « Bra­vo, tu as gag­né », mais faire rire les gens, c’est le plus éner­gisant des partages. Je crois que c’est pour cela qu’à la fin du spec­ta­cle les gens vien­nent me dire « Mer­ci » plutôt que « Bra­vo », c’est pour moi le plus beau des com­pli­ments. C’est aus­si une grande joie d’être entourée de mes amis tous les soirs, et puis, d’avoir cette occa­sion de jouer la comédie et de dévelop­per le tra­vail sur l’in­ter­pré­ta­tion beau­coup plus que je n’ai l’oc­ca­sion de le faire sur mes chansons.

AS : J’a­jouterai le fait de faire pass­er des émo­tions à tra­vers un per­son­nage qui se trou­ve à des années-lumière de moi, à tra­vers des chan­sons à des années-lumière de ma cul­ture musi­cale, à tra­vers des choré­gra­phies au trait volon­taire­ment grossi et pour une inter­pré­ta­tion qui s’éch­e­lonne de 0 à 360 degrés. Et puis per­son­nelle­ment, je suis heureuse que l’on m’at­tribue la seule chan­son qui ne soit pas estampil­lée années 80 : « Tout le monde il est beau » de Zazie. Le sens en a été détourné pour le spec­ta­cle et pour­tant le pub­lic réag­it sys­té­ma­tique­ment sur « … quitte à faire de la peine à Jean-Marie ». L’al­lu­sion reste sous-jacente et d’au­tant plus sym­bol­ique que c’est la seule col­orée du groupe, moi en l’oc­cur­rence, qui la chante.

Vous avez des projets ?
CK : Je pré­pare deux spec­ta­cles musi­caux en tant qu’au­teur et aus­si en tant qu’in­ter­prète et puis mon deux­ième album. Mais il est trop tôt pour en parler.

AS : Je suis en train de mon­ter un réper­toire de repris­es funk, soul, blues, pop avec un gui­tariste de jazz et un per­cus­sion­niste. Je con­tin­ue de com­pos­er et, d’i­ci quelques mois, j’i­rai maque­t­ter mes titres en studio.

CK : Mais pour l’heure, on est les « nou­velles roman­tiques ». On aimerait que le spec­ta­cle se pour­suive au-delà du 28 mai à l’Essaïon.

AS : Le spec­ta­cle est en train de se trans­former, d’évoluer, de respir­er, et faire par­tie de ça, c’est une expéri­ence extra­or­di­naire­ment viv­i­fi­ante et instructive.