Christine Bonnard — Une nouvelle vie sur les planches…

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Christine Bonnard ©DR
Chris­tine Bon­nard ©DR

Vous avez un par­cours un peu atyp­ique. Pou­vez-vous nous décrire vos débuts ? 
Ce qui m’ar­rive est un joli con­te de fées. Par pas­sion, je fais depuis longtemps du chant, des cla­que­ttes, du théâtre… Avant de m’aven­tur­er dans ce méti­er, j’é­tais acheteuse d’art dans une agence de pub­lic­ité. Un jour, il y a cinq ans, j’ai eu un déclic ; j’ai réal­isé que je ne pour­rais vrai­ment pas exercer cette pro­fes­sion pen­dant 40 ans. Il m’est apparu claire­ment que, si je ne me lançais pas aus­sitôt, je le regret­terais un jour. Mais il fal­lait surtout pren­dre le risque de chang­er de vie. Mes par­ents m’ont soutenue ; ça a été une vraie chance. Je me suis donc inscrite au cours de théâtre Péri­mo­ny, pen­dant 3 ans, tout en con­tin­u­ant mes cours de chant au con­ser­va­toire d’As­nières avec Danièle Dinant.

Par­al­lèle­ment, vous avez vécu vos pre­mières expéri­ences professionnelles ?
C’est Danièle Dinant qui m’a poussée à pass­er des audi­tions. Elle m’a fait ren­con­tr­er une com­pag­nie d’opérettes, Art Com, dirigée par Jean-Marc Biskup, dans laque­lle j’ai fait mes pre­miers pas en tant que cho­riste, il y a un peu plus d’un an. Régulière­ment, je rejoignais la com­pag­nie pour des représen­ta­tions de Vio­lettes impéri­ales, Rêve de valse, La veuve joyeuse… Mon tout pre­mier cachet fut sur La vie parisi­enne… j’ai bien cru que ce serait le dernier. J’é­tais ravie d’avoir des crino­lines, le genre de cos­tumes dont j’ai rêvé quand j’é­tais gamine. Le prob­lème, c’est que, n’ayant pas l’habi­tude de porter ce genre de robe, je me suis pris les pieds dedans et j’ai fail­li tomber en empor­tant le décor. L’aven­ture aurait pu s’ar­rêter là mais les directeurs de la com­pag­nie ont fait preuve d’in­dul­gence et, depuis, je gère mieux les crino­lines. En tout cas, je les remer­cie de m’avoir don­né ma chance car ces expéri­ences ont été très for­ma­tri­ces. La suite des événe­ments fut égale­ment une ques­tion de rencontres.

Com­ment passe-t-on de l’opérette à la comédie musicale ?
Pen­dant ma for­ma­tion chez Péri­mo­ny, j’ai passé une audi­tion — ma toute pre­mière — pour Tintin à Charleroi. On ne m’a pas retenue mais, lorsque la pro­duc­tion est venue à Paris, j’ai été recon­tac­tée pour une nou­velle audi­tion. J’ai été engagée mal­gré un trac fou et la peur de ne pas être à la hau­teur… jusqu’au jour où l’on nous a appris que Tintin ne se mon­terait pas. Mais cette décep­tion a con­sti­tué le début de l’aven­ture car j’y ai ren­con­tré les gens qui ont fait que je suis là aujour­d’hui. Grâce à Raphaël Sanchez, j’ai obtenu une audi­tion pour Parce que je vous aime, qui a été joué à la Nou­velle Eve. Cela a été une très jolie his­toire. En ter­mes de ren­con­tres, j’ai pu tra­vailler avec des gens d’une sim­plic­ité et d’un pro­fes­sion­nal­isme à toute épreuve. Le spec­ta­cle en lui-même était aus­si très agréable : de belles chan­sons, un thème fédéra­teur et un per­son­nage très attachant à défendre, un peu en décalage.

Drac­u­la, Les 7 pêchés cap­i­taux, la troupe de théâtre Mag­ic Mush­rooms… Vous vous retrou­vez très sou­vent dans des spec­ta­cles qui démar­rent. Est-ce un hasard ?
En débu­tant dans ce méti­er, je me suis dit que je serais de tous les pro­jets qui voudraient bien de moi. Dans ce méti­er, on vit beau­coup par le désir des autres. Mon intérêt est d’aller partout, d’ap­pren­dre de tout et de tous. Chaque expéri­ence est utile. Même les erreurs sont for­ma­tri­ces. Quand on me pro­pose de par­ticiper à un spec­ta­cle, c’est un cadeau. Je ne fais les choses que par coup de coeur humain ou coup de coeur artis­tique. Et puis, en effet, j’adore être au début des his­toires, des pro­jets : on n’est pas for­cé­ment payé mais, de fait, tout le monde y met tout son coeur et générale­ment ce sont de belles aven­tures humaines. C’est un plaisir de défendre un per­son­nage et un pro­jet, au sein d’une troupe… Pour le moment, j’ai retiré du posi­tif de tout.

Com­ment arrive-t-on dans l’aven­ture Non­nesens ?
A l’oc­ca­sion d’un stage de comédie musi­cale, cet été, j’ai ren­con­tré Pierre-Yves Duch­esne qui m’a con­tac­tée pour venir pass­er les audi­tions de Non­nesens. C’é­tait la pre­mière fois que je pas­sais une audi­tion où tout le monde était ensem­ble, tout le temps. Dans la vie, j’ai hor­reur du con­cours, de la rival­ité. Je ne me sen­tais pas à la hau­teur. Du coup, j’ai util­isé cette panique, ce manque d’as­sur­ance, au cours des impro­vi­sa­tions. Je n’ai qua­si­ment pas par­lé et j’ai joué la fille un peu dépassée par les événe­ments… ce qui était vrai­ment le cas. En util­isant mon état du moment, j’ai pro­posé un per­son­nage un peu décalé par rap­port au groupe.

Pou­vez-vous décrire Soeur Amnésie ?
Soeur Amnésie est une brave fille, sans aucun sens péjo­ratif. Elle est généreuse et ent­hou­si­aste. Elle a per­du la mémoire mais prof­ite vrai­ment de la vie. Elle suit stricte­ment les règles, n’aime pas sor­tir du lot. Pour­tant, elle com­met de nom­breuses mal­adress­es qui la ren­dent mal­heureuse. Puis, elle oublie qu’elle est mal­heureuse et enchaîne avec de nou­velles maladresses.
C’est un per­son­nage for­mi­da­ble à défendre parce que, au-delà de son côté « bonne pâte », il y a une rup­ture qui la rend attachante. Amnésie recherche ses orig­ines. Tant qu’elle ne sait pas où elle est, on ressent une vraie douleur. Et, para­doxale­ment, quand elle l’ap­prend, elle ne regrette rien. Elle com­prend alors qu’elle est là où elle devait être. Des cinq soeurs, c’est peut-être, en fin de compte, la plus sereine.

Com­ment se passe la vie dans une troupe de filles ?
Etre dans une atmo­sphère 100 % fémi­nine, c’é­tait l’une de mes prin­ci­pales angoiss­es. En fait, tout se passe extrême­ment bien. Les cinq artistes avec lesquelles je tra­vaille sont de vraies pro­fes­sion­nelles. Elles représen­tent des exem­ples à suiv­re, avec des car­rières et des expéri­ences impres­sion­nantes. Léo et moi, on est très admi­ra­tives et on apprend énor­mé­ment d’elles. Il y a une réelle har­monie : je pense qu’elle résulte du fait que cha­cune d’en­tre nous a sa place, aus­si bien sur scène que dans les loges. Il y a, depuis le début, un respect mutuel. Nous avons six fortes per­son­nal­ités et, même s’il y a for­cé­ment des moments de ten­sion, nous avons appris à nous con­naître et à vivre ensem­ble. C’est une expéri­ence très enrichissante.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ? Avez-vous un mod­èle de carrière ? 
Pour le moment, Non­nesens est pro­longé jusqu’à la fin du mois d’avril, pour notre plus grand plaisir. J’e­spère que ce spec­ta­cle ira encore plus loin. Par ailleurs, en règle générale, on peut me souhaiter de tra­vailler encore et tou­jours et de con­tin­uer sur cette jolie lancée. Quant à mes mod­èles, pour copi­er Soeur Hubert, j’avoue que je suis une grande fan de Bar­bra Streisand. Mais j’ai un autre mod­èle dans les artistes qui m’en­tourent : Andy Cocq. J’ad­mire l’artiste, ses choix, son par­cours et j’e­spère, comme lui, con­tin­uer trac­er ma route douce­ment, mais sûrement.