Chicago : la conférence de presse — That’s show biz !

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Catherine Zeta-Jones dans Chicago ©DR
Cather­ine Zeta-Jones dans Chica­go ©DR
Si Richard Gere, très sûr de ses atouts de comé­di­en, a déclaré qu’être à Paris pour ce film était « le plus beau jour de sa vie » (come on, Richard…), miss Zell­weger avait du mal à se remet­tre d’un gros rhume et pre­nait vraisem­blable­ment très au sérieux la pré­pa­ra­tion de son nou­veau rôle (elle doit repren­dre du poids pour la suite de Brid­get Jones) en tapant avec régu­lar­ité dans le stock de con­fis­erie. Très chevaleresque, Richard est même allé jusqu’à porter sa parte­naire pour quit­ter la salle. That’s show biz.

Lorsqu’on lui demande quelles sont ses sources d’in­spi­ra­tion pour Chica­go, Rob Mar­shall répond immé­di­ate­ment et sans détour « Bob Fos­se. C’est un héros pour moi. Depuis l’ado­les­cence j’ai vu et lit­térale­ment adoré son tra­vail. Mon grand souci était de ne pas le trahir. Je pense que l’idée prin­ci­pale du film, en l’oc­cur­rence que les numéros musi­caux soient dans la tête de Rox­ie créant ain­si deux réal­ités, lui aurait plu. Je me suis plus qu’in­spiré de son tra­vail en réin­ven­tant les choré­gra­phies. Le Cell Block Tan­go, où les tueuses dansent avec leurs vic­times, est tout à fait dans son état d’e­sprit ».

Con­cer­nant les références aux comédies musi­cales, les avis diver­gent selon les comé­di­ens. Pour Richard Gere, tout Améri­cain pos­sède cette cul­ture : « la comédie musi­cale fait par­tie inté­grante de notre ADN ! Cette con­nais­sance innée de cette forme d’ex­pres­sion nous per­met de nous gliss­er avec une grande facil­ité dans ce type de pro­jet — ce qui ne veut pas dire que les choses sont sim­ples : réus­sir une comédie musi­cale exige un immense tra­vail. En out­re, pour ce film, j’ai béné­fi­cié de ma bonne con­nais­sance des années 20. Cela m’a per­mis de tra­vailler la veine ludique de mon per­son­nage ». Pour John C. Reil­ly, qui inter­prète le dif­fi­cile rôle d’Amos/Cellophane : « Rob n’u­til­i­sait pas de référence dans sa direc­tion d’ac­teur. Toute­fois il est évi­dent que le show a influ­encé le film. Con­cer­nant mon per­son­nage, il a été joué sur scène par des acteurs mag­nifiques comme Joel Grey. Impos­si­ble d’en faire abstrac­tion ». Renee Zell­weger a une toute autre approche : « pour moi tout était com­plète­ment nou­veau. Je ne con­nais­sais que des comédies musi­cales comme Le magi­cien d’Oz ou La mélodie du bon­heur que nous regar­dions chaque Noël en famille. Je n’avais aucune idée de ce qu’é­tait Chica­go, j’ai même refusé de voir le show et j’ai eu rai­son : j’au­rais eu beau­coup trop peur de me lancer dans cette aven­ture ! La seule con­ces­sion que j’aie faite, c’est d’é­couter en boucle le titre « All That Jazz » : il m’a ter­ri­ble­ment dynamisée ».

Le film est nom­mé 13 fois aux Oscars. Toute­fois Richard Gere ne fig­ure pas dans la liste. Philosophe, il admet « ce film est une affaire famil­iale. Nom­mer une per­son­ne, c’est les nom­mer toutes. Par ailleurs, le film a déjà rem­porté beau­coup de récom­pens­es, et ce n’est pas près de s’ar­rêter : les Oscars ne sont pas une fin en soi ». Rob Mar­shall excuse Cather­ine Zeta Jones, qui se repose en Espagne. « Elle attend son sec­ond enfant. Sur le tour­nage, cha­cun avait un défi à relever : pour moi c’é­tait ma pre­mière réal­i­sa­tion pour le ciné­ma, pour Cather­ine il lui fal­lait retrou­ver son passé de danseuse et chanteuse… Pen­dant les six semaines de répéti­tion, les acteurs venaient sur le plateau pour voir les numéros des autres. Du coup, cela a créé une véri­ta­ble sol­i­dar­ité. J’ai eu beau­coup de chance de tra­vailler dans ces con­di­tions ».

Le film dénonce les médias avec brio. Rob Mar­shall note que « cet aspect est inhérent à la pièce orig­i­nale. J’aime le fait que le film se moque de cette pro­fes­sion, c’est comme une mise en abîme. Célébr­er les crim­inels, c’est intem­porel ! ». Renee d’a­jouter « la dis­tan­ci­a­tion ajoute de la force au mes­sage ». Le pub­lic de 1926 qui a pu assis­ter à la créa­tion de la pièce orig­i­nale ne pos­sé­dait évidem­ment pas le recul du pub­lic actuel. « Le cynisme de la pièce vu aujour­d’hui pro­cure une nou­velle per­spec­tive », explique Rob Mar­shall. Richard Gere ajoute que « réus­sir une oeu­vre intem­porelle est par­ti­c­ulière­ment dif­fi­cile. En par­lant de dif­fi­culté, lors de la toute pre­mière dis­cus­sion pour le film — c’é­tait d’ailleurs dans un restau­rant français — je me suis dit que le chant ne me poserait pas trop de prob­lème con­traire­ment aux cla­que­ttes. En effet nous avons filmé ce numéro à la toute fin du tour­nage de manière à ce que j’aie trois bons mois pour m’en­traîn­er. J’avais en out­re une pro­fesseur totale­ment tyran­nique ! ».

Lorsqu’on lui par­le de la vague de pro­jets d’adap­ta­tion de suc­cès de Broad­way à Hol­ly­wood, grâce au suc­cès au box-office de Chica­go, Rob Mar­shall pré­cise : « je n’ai pas dans le désir de réalis­er tout de suite un nou­veau film musi­cal. Cela représente plus de deux ans et demi de ma vie et mérite donc réflex­ion. Par ailleurs, j’aimerais éviter que l’on me colle une éti­quette. Toute­fois, je suis telle­ment amoureux des oeu­vres de Stephen Sond­heim que je me ver­rais bien adapter pour le ciné­ma Sweeney Todd, Fol­lies ou Into the Woods. Les oeu­vres de départ sont telle­ment rich­es, foi­son­nantes que ce serait pain béni. Mais j’aimerais tout d’abord affron­ter un nou­veau défi : un film qui se con­tente de par­ler, sans chanter, ni danser ! ».