Présentez-nous le spectacle que vous allez jouer à Avignon.
Je vais d’abord vous parler de la genèse. Tout a commencé grâce à Cabaret. Je n’avais jamais chanté avant et j’ai été la première surprise quand on m’a contactée pour le rôle de Fraulein Schneider. Ca a été une aventure exceptionnelle qui m’a donné envie de poursuivre mon travail sur le chant, notamment avec mon professeur, Yaël Benzaquen, qui est extraordinaire. Cabaret m’a également permis de rencontrer Frédéric Baptiste qui a été notre metteur en scène résident.
Frédéric voulait qu’on retravaille ensemble, et c’était réciproque. D’autre part, mon fils, Alexandre Lessertisseur, est compositeur. Frédéric connaissait son travail et avait aussi envie de travailler avec lui. On s’est donc réunis fin mars 2008 pour trouver une idée. Je voulais que ce projet ait un rapport immédiat au théâtre car je suis une femme de théâtre. Instinctivement, on a tous pensé à Shakespeare : c’est la quintessence même du théâtre, ça parle à tout le monde et c’est indémodable. J’avais envie d’écrire depuis longtemps. Je me suis plongée avec bonheur et délice dans Shakespeare. Au bout d’un an, j’avais écrit une douzaine de chansons, librement adaptées des textes originaux, mais ça ne suffisait pas, il fallait des textes de liaison pour qu’il y ait une cohérence, que ce ne soit pas qu’un récital.
Ce spectacle, c’est donc un parcours dans l’univers de Shakespeare : on démarre dans le comique, on glisse vers la tragédie, en passant par la féérie, puis on termine par une belle chanson d’amour, car c’est un thème très important chez lui. Mon envie est de partager l’amour que j’ai pour cet auteur avec un public le plus large possible.
Justement, quel est votre rapport à Shakespeare, notamment dans votre carrière ?
Je ne l’ai jamais joué donc je me l’offre ! (rires) Au moment de la retraite, hop, un petit Shakespeare ! Et en plus, je le chante ! C’est un grand pari ! Je suis gonflée de faire ça, mais si on ne prend pas de risque, on ne fait pas ce métier.
Avez-vous déjà joué au festival d’Avignon ?
Jamais non plus ! (rires) Ni « in », ni « off » !
Comment appréhendez-vous ça ?
Je sais que ça va être très fatigant et qu’il va falloir que je me ménage beaucoup puisque je suis seule en scène avec un pianiste et que je ne ferai pas de jour de relâche.
Il y a beaucoup de premières fois pour vous sur ce spectacle… Premier Avignon, premier Shakespeare…
… premièr travail d’écriture et d’adaptation…
Première fois seule en scène ?
Aussi ! Vous savez, moi j’ai un côté kamikaze ! Banzaïïïïïï ! Paf ! Bon, j’espère que ça ne fera pas « paf » ! (rires) En tout cas, je ne suis pas une timorée ! C’était comme ça pour Cabaret ! Je n’ai pas eu peur de travailler comme une brute.
Quels souvenirs gardez-vous de Cabaret ?
Des souvenirs merveilleux qui ne s’effaceront jamais… C’était tellement fort ! Cette mise en scène bouleversante de Sam Mendes… C’était exceptionnel et inattendu pour moi de me retrouver sur ce spectacle, c’est un cadeau magnifique que la vie m’a donné.
C’est peut-être aussi pour ça que je me suis autant impliquée dans ce nouveau projet. Je ne voulais pas rester sur une nostalgie. Je voulais continuer à être un peu dans la musique… J’ai découvert ça tard, je n’avais pas envie que ça s’arrête.
Aujourd’hui, pouvoir travailler avec mon fils, c’est un autre cadeau que la vie m’offre. Ne serait-ce que pour ça, je suis formidablement heureuse.
Toutes les infos sur Le monde entier est un théâtre au Théâtre Le Petit Chien.
Ecoutes des extraits du spectacle sur le site de la compagnie.