Caroline Roëlands — Hubert, c’est elle!

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Caroline Roëlands ©DR
Car­o­line Roë­lands ©DR

Quel rôle tenez-vous dans Non­nesens ?
Je joue le rôle de la Soeur Marie Hubert, la sec­onde de la Mère Supérieure qui rêve de pren­dre sa place. Elle gère déjà tout ce petit monde parce que la Mère Supérieure fait un peu n’im­porte quoi.

Com­ment définiriez-vous le spectacle ?
Non­nesens se rap­proche beau­coup du boule­vard améri­cain. C’est un show inter­ac­t­if avec un côté très « cabaret ». Il y a un jeu avec le pub­lic. Les per­son­nages vont dans la salle pour s’adress­er directe­ment aux spec­ta­teurs et leur racon­ter des blagues. En même temps, on est en plein Broad­way grâce à la musique et aux per­son­nages qui chantent, dansent et jouent la comédie en même temps.

Qu’est-ce qui, selon vous, est le plus sus­cep­ti­ble, dans ce spec­ta­cle, d’at­tir­er un pub­lic français ?
Je crois que les gens en ont un peu marre des gross­es pro­duc­tions du Palais des Con­grès. Alors c’est vrai que le côté Broad­way peut paraître moins acces­si­ble mais l’oc­ca­sion leur est offerte de décou­vrir un spec­ta­cle musi­cal plus petit, plus intimiste. On est cinq sur scène et on fait tout « pour de vrai » avec des musi­ciens en live. Et puis, voir cinq bonnes soeurs entr­er dans un pur délire, ça devrait attir­er beau­coup de monde. Je l’e­spère du fond du coeur.

Vous jouez, vous chantez, vous dansez. Par quoi avez-vous commencé ?
J’ai d’abord une for­ma­tion de danseuse. J’ai pris plus tard des cours de chant. Quant au théâtre, je l’ai appris sur le tas. Au départ, je pré­parais le pro­fes­so­rat d’é­d­u­ca­tion physique — ce qui n’avait absol­u­ment rien à voir — et puis j’ai ren­con­tré Viviane Van De Maele, une très grande danseuse, égale­ment choré­graphe, et j’ai tra­vail­lé avec elle. Quand elle est par­tie aux Etats-Unis, je l’ai suiv­ie. C’é­tait hors sai­son sco­laire, ce qui me per­me­t­tait de con­tin­uer la pré­pa­ra­tion de mon diplôme en France. Je suis donc allée deux ans de suite à Los Ange­les. A mon retour à Paris, j’ai joué dans Kiss Me Kate, mis en scène par Alain Marcel.

C’é­tait votre pre­mier engage­ment professionnel ?
J’avais déjà fait de petites choses mais là, c’é­tait mon pre­mier gros spec­ta­cle. Viviane en était la choré­graphe. Elle m’avait engagée, dans un pre­mier temps, comme assis­tante parce que je tra­vail­lais tout le temps avec elle. La veille des audi­tions, j’ai vu qu’ils cher­chaient dix filles et dix garçons, excel­lents danseurs et chanteurs. J’avais vingt-deux ans et je préférais être sur scène que faire de l’as­sis­tanat. J’en ai par­lé à Viviane qui m’a dit qu’il fal­lait vrai­ment savoir chanter. Effec­tive­ment, je n’avais jamais tra­vail­lé le chant mais je lui ai pro­posé un deal. Je l’as­sis­tais pour les audi­tions mais elle me trou­vait un ren­dez-vous auprès d’Alain Mar­cel dans un délai suff­isam­ment long pour que j’aie le temps de pré­par­er quelque chose. J’ai donc été assis­tante pour le cast­ing de danse puis j’ai passé une audi­tion de chant et j’ai été prise. Alain Mar­cel m’a don­né ma chance. C’est un sou­venir for­mi­da­ble. On a joué au Grand Théâtre de Genève puis à Paris au théâtre Mogador.

Qu’est-ce qui vous plai­sait dans Kiss Me Kate ?
C’est une vraie comédie musi­cale dans le pur esprit de Broad­way et Alain en avait par­ti­c­ulière­ment bien réus­si l’adap­ta­tion. Le seul regret que j’ai, c’est de ne pas l’avoir jouée autant que j’au­rai voulu. Le spec­ta­cle n’a pas ren­con­tré le suc­cès qu’on espérait.

Qu’avez-vous fait ensuite ?
Pen­dant les trois saisons qui ont suivi, j’ai par­ticipé à la pro­duc­tion de Bar­num, mis en scène par Jean-Paul Lucet. Les deux pre­mières années, le spec­ta­cle avait lieu au Théâtre des Célestins à Lyon. La troisième fois, on est venu à Paris au Théâtre de la Mutu­al­ité. Ce fut une expéri­ence éton­nante car, en plus de la danse et du chant, il y avait du cirque. On a donc tous été pré­parés par des entraîneurs de la pro­duc­tion améri­caine du spec­ta­cle qui super­vi­saient toutes les nou­velles réal­i­sa­tions. On a appris à jon­gler, à faire des acro­baties. La dernière chan­son, qui durait dix min­utes, était un vrai numéro de cirque sur une scène de théâtre. On chan­tait, on dan­sait, et, d’un seul coup, on se retrou­vait sur un trapèze à sept mètres de hau­teur. Cela dit, c’est après Bar­num que j’ai arrêté de danser parce que je me suis fait trop mal. J’en suis sor­tie un peu abîmée physique­ment. Aujour­d’hui, si j’ai besoin de tra­vailler quelque chose pour un spec­ta­cle, j’y vais, mais c’est tout.

Vous avez aus­si tra­vail­lé avec Roger Louret.
Effec­tive­ment, j’ai fait un bref pas­sage dans la com­pag­nie Roger Louret pour Les Années Twist, aux Folies Bergère puis en tournée. C’é­tait très sym­pa mais c’est un univers com­plète­ment dif­férent. Avec Alain Mar­cel, on est vrai­ment dans le monde du théâtre. Avec Roger, on fait de la télé, de la var­iété, du spec­ta­cle tout court, enfin quelque chose de com­plète­ment opposé. Je me suis bien amusée mais c’est quelque chose que je n’au­rais plus envie de faire. J’aime vrai­ment le théâtre musi­cal même si c’est dif­fi­cile à faire pass­er en France parce que ce n’est pas notre cul­ture. J’ai eu ensuite l’oc­ca­sion de par­ticiper à Nine, encore aux Folies Bergère, qui cor­re­spond plus à ce que j’aime. Je jouais une des qua­torze femmes de la vie de Gui­do, qu’in­car­nait Jerôme Pradon. Save­rio Mar­coni a mis en scène le spec­ta­cle et c’é­tait vrai­ment magnifique.

Votre col­lab­o­ra­tion avec Save­rio Mar­coni s’est pour­suiv­ie après Nine.
J’ai retrou­vé Save­rio et les Folies Bergère avec Sept filles pour sept garçons. Pour cette pro­duc­tion, j’ai aus­si été un peu assis­tante. Ini­tiale­ment on devait mon­ter Chan­tons sous la pluie et puis ça ne s’est pas fait et on a choisi ce spec­ta­cle-là. C’est un sou­venir excel­lent d’un point de vue artis­tique mais frus­trant car, comme pour Kiss Me Kate et Nine, on ne l’a pas joué longtemps.

Vous avez enchaîné les comédies musi­cales pen­dant plusieurs années. Avez-vous tra­vail­lé dans d’autres domaines ?
J’ai par­ticipé à des spec­ta­cles pour enfants en Suisse, notam­ment pour une nou­velle ver­sion de Barbe Bleue. Il s’agis­sait là vrai­ment de théâtre même s’il y avait quelques chan­sons. J’ai signé plusieurs choré­gra­phies. J’ai tra­vail­lé avec le met­teur en scène Jean-Luc Revol sur une pro­duc­tion de La Tem­pête avec Jean Marais. J’ai fait pas mal de théâtre de rue en tant que choré­graphe et puis j’ai tourné pen­dant deux ans avec mon pro­pre tour de chant. Il y a eu un moment un peu dif­fi­cile pour les artistes de comédies musi­cales quand sont arrivés Notre Dame de Paris ou Les Dix Com­man­de­ments. Là, il faut d’abord envoy­er une maque­tte avant de pass­er l’au­di­tion. Il faut être sélec­tion­né pour audi­tion­ner ! Ca me sem­ble absol­u­ment aber­rant. J’ai ten­té le coup une fois ou deux, mais je n’ai pas été choisie. Dans ce milieu, le théâtre musi­cal comme je le pra­tique, c’est un peu ringard. Et puis, je ne me suis pas non plus présen­tée avec le dernier tube de Céline Dion. Mais je n’ai aucun regret à ce sujet.

Jeanne Deschaux, votre met­teur en scène, est égale­ment la choré­graphe du spec­ta­cle et a débuté comme danseuse. Auriez-vous, vous aus­si, envie de pass­er à la mise en scène ?
J’ai mis en scène, en décem­bre dernier, une pro­duc­tion ama­teur de Annie. J’ai mon­té ça avec une cinquan­taine d’en­fants et de comé­di­ens ama­teurs que j’ai fait chanter sur scène. C’é­tait génial. On va le repren­dre, cette année, en Angleterre, dans le cadre d’un échange cul­turel entre deux villes jumelées. Oui, la mise en scène, ça me fait vrai­ment envie.

Et en tant qu’in­ter­prète, de quelle comédie musi­cale rêvez-vous ?
J’aime beau­coup Sweet Char­i­ty et les comédies musi­cales de Bob Fos­se en général. Mais mon rêve à moi, ça va paraître un peu pré­ten­tieux mais, bon, je me lance, c’est de jouer Fun­ny Girl !!!