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Carmen à tout prix ! (Critique)

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Carmen - invitation première 100 x 150 mmUn spec­ta­cle de : Sophie Sara, d’après l’oeu­vre de Bizet.
Mise en scène : Manon Savary.
Scéno­gra­phie : Bastien Forestier.
Eclairage : Pas­cal Noël.
Avec : Math­ieu Sem­péré, Sophie Sara, Ari­ane-Olympe Girard, Bertrand Mon­baylet & Philippe Moiroud.
Musi­ciens : Romain Fitous­si, Antoine Del­prat, Julien Gonzales,

Tout est prêt dans le théâtre pour une représen­ta­tion de l’opéra de Car­men. On entend les trois coups, mais le rideau ne se lève pas. Bruit dans les couliss­es. Mon­sieur Rib­aud, régis­seur du théâtre et prési­dent du syn­di­cat des artistes et tech­ni­ciens, vient nous annon­cer une grève sur­prise. Le spec­ta­cle n’au­ra pas lieu : le pub­lic peut ren­tr­er chez lui !

Le Directeur du théâtre n’en­tend pas les choses de cette façon. Il n’a plus rem­pli la salle depuis des mois, pas ques­tion de rem­bours­er. Le spec­ta­cle aura lieu coûte que coûte ! Aidé par sa fidèle secré­taire Wil­helmi­na, qui a tou­jours rêvé de mon­ter sur scène, le Directeur de théâtre va tout met­tre en œuvre pour lever le rideau dans dix min­utes. C’est alors que com­mence une course folle pour rem­plac­er les artistes et installer le décor.

Wil­lelmi­na bien sûr, folle de joie, inter­prétera le rôle de Car­men. La sopra­no qui devait inter­préter Micaëla n’est quant à elle pas en grève car elle a fait venir un agent ce soir là. Pour Don José, il sera rem­placé au pied levé par un excel­lent ténor que plus per­son­ne ne veut engager tant il est stu­pide. Mais qui va chanter le rôle d’Escamil­lo ? Notre tech­ni­cien en grève bien sûr. Car s’il est en grève en tant que régis­seur, rien ne l’empêche de chanter, surtout si le Directeur du théâtre lui fait oubli­er ses scrupules avec une généreuse poignée de billets…

Ce soir-là, le pub­lic va donc assis­ter à une ver­sion de Car­men pas comme les autres… Et pour cause! Ce mélange d’artistes confir­més et de soi-dis­ant débu­tants, le tout orchestré par un directeur de théâtre légère­ment hys­térique et prêt à tout, ne peut don­ner qu’un mélange déli­rant et explosif…

Notre avis : Dans un théâtre dont la pro­gram­ma­tion avant-gardiste est habituelle­ment des­tinée à une élite, un directeur de théâtre espère rem­plir sa salle en mon­tant une œuvre grand pub­lic : Car­men. Tout se passerait bien s’il n’était pas con­fron­té juste avant le levé de rideau à un con­flit social. Il décide coûte que coûte de men­er à bien son spectacle.

Si le con­cept du spec­ta­cle cat­a­stro­phe est loin d’être orig­i­nal, l’écriture de Sophie Sara en fait une comédie par­ti­c­ulière­ment drôle et réussie. En évi­tant de céder à la ten­ta­tion du gag facile, elle se con­cen­tre sur la cohérence des sit­u­a­tions et sur les oppo­si­tions des per­son­nages aux car­ac­tères très bien dess­inés pour créer les effets comiques. Elle donne une vraie crédi­bil­ité au spec­ta­cle dans le spec­ta­cle et à tout ce qui l’entoure.

La mise en abîme fonc­tionne totale­ment grâce à tous les chanteurs qui sont égale­ment d’excellents comé­di­ens. Ils parvi­en­nent bril­lam­ment à inter­préter les car­ac­tères extrêmes de leurs per­son­nages, frôlant la car­i­ca­ture sans jamais y tomber. Bertrand Mon­baylet en directeur de théâtre tyran­nique déploie sur scène une énergie colos­sale et impose un rythme effréné au spec­ta­cle. Sophie Sara est for­mi­da­ble en assis­tante nunuche qui inter­prète Car­men avec beau­coup d’enthousiasme et de mal­adresse. Ari­ane-Olympe Girard est par­faite en sopra­no nar­cis­sique et fait preuve de grandes qual­ités vocales dans son rôle de Micaela. Math­ieu Sem­péré est hila­rant en ténor égo­cen­trique, il ose aller telle­ment loin dans la bêtise de son per­son­nage qu’on vient à en pleur­er de rire et Philippe Scara­mi est un tech­ni­cien placide et intran­sigeant dont cha­cune des inter­ven­tions est un régal.

Le spec­ta­cle s’adresse autant à un pub­lic de con­nais­seurs d’opéra qui appréciera les dif­férentes références et par­o­dies qu’à ceux qui n’y con­nais­sent rien et auront ain­si l’occasion de décou­vrir des airs très bien chan­tés sans crain­dre de s’ennuyer un seul instant.