Ça sent le roussi (Critique)

0
431

ca-sent-le-roussiUne pièce de Caryn Trin­ca & Frédéric Chevaux.
Paroles: Caryn Trinca.
Musiques: Vin­cent Heden.
Mise en scène : Vin­cent Heden. Assisté de Valérie Mas­set & Flo­rence Trinca.
Créa­teur lumières: Vin­cent Guiot
Arrange­ments musi­caux: Paul Staïcu
Au piano: Antoine Mérand.

Demain, Susie aura 40 ans. Char­lie, son mari, lui aura pré­paré un anniver­saire-sur­prise auquel il aura con­vié tous leurs amis dont… sa maîtresse. Alors Susie se pré­pare : elle répète ! Pour ne pas être désta­bil­isée, elle passe en revue chaque invité, anticipe chaque sit­u­a­tion, chaque émo­tion, chaque réac­tion pour pou­voir les simuler par­faite­ment, le soir venu. Et tri­om­pher ! Mais cette répéti­tion ne se passera pas tout à fait comme Susie l’avait prévu…

Notre avis: Un anniver­saire sur­prise, quand on l’at­tend, il perd un peu de son  charme; quand on le pré­pare soi-même, ce n’est pas for­cé­ment bon signe,  et quand on va jusqu’à le répéter, c’est sûre­ment qu’il y a des  raisons…
C’est pour­tant bien l’in­ten­tion de Caryn Trin­ca : pour  être cer­taine d’être par­faite­ment au point devant ses proches, anticiper les remar­ques, par­er les réflex­ions, et envis­ager le pire, elle a  préféré répéter inté­grale­ment « sa » fête… Le meilleur moyen de ne pas  être désta­bil­isée et de se garan­tir une soirée impec­ca­ble. A la veille  du jour J, elle passe donc en revue le déroule­ment de « sa » soirée  sur­prise, jusque dans les moin­dres détails : les com­pli­ments à adress­er  aux invités, les anec­dotes à rap­pel­er, les recoins de la mai­son à faire  vis­iter, le dis­cours fausse­ment impro­visé… Tout pour par­venir à un  moment par­faite­ment cadré. Si ce n’é­tait quelques incon­nues : la réac­tion  des invités, l’abus d’al­cool entrainant la phrase de trop, les amis que  l’on aurait préféré ne pas revoir… et finale­ment un tas d’élé­ments  dif­fi­ciles à anticiper…et qui vont faire pren­dre à la soirée une  tour­nure évidem­ment inattendue.
Après Les Années Twist, Piaf je t’aime, ou encore Le Chant de Coton, Caryn Trin­ca s’of­fre avec Ca sent le rous­si, son pre­mier seule en scène. Une nou­velle étape et un véri­ta­ble chal­lenge bien dif­férent de ses précé­dents rôles. Car Ca sent le rous­si est drôle, un peu féroce, et bien mou­ve­men­té. Une sorte de one-woman show  musi­cal, cru­el, mais bien pen­sé.  Pen­dant 1 heure, Caryn Trin­ca s’en donne à cœur joie, jouant tous les per­son­nages, dansant, s’én­er­vant,  s’in­quié­tant et finis­sant par ouvrir les yeux sur les réus­sites et les  regrets de sa vie…
Si le jeu manque un peu de naturel et par­fois  d’as­sur­ance — lié sans doute à la fébril­ité de cette pre­mière fois -, et  si l’on peut regret­ter un texte assez iné­gal, l’ensem­ble offre un moment agréable, où la drô­lerie des sit­u­a­tions sait laiss­er place à des  instants plus graves, sur l’évo­lu­tion du cou­ple, le désir d’en­fant ou  même tout sim­ple­ment l’hypocrisie de cer­taines ami­tiés. Portée par les  mélodies de Vin­cent Heden qui a mis ses mots en musique, en plus de  sign­er la mise en scène du spec­ta­cle, et accom­pa­g­née au piano par  Antoine Mérand,« le bonus de la soirée », Caryn Trin­ca se révèle  d’ailleurs bien plus à l’aise en chan­tant. Avec ses bal­lades sim­ples  mais touchantes, ses refrains entrainants ou même un excel­lent med­ley de Claude François, elle gagne en sincérité et en con­vic­tion. Et avec  elle, le spec­ta­cle qui monte pro­gres­sive­ment en puis­sance et en  intrigue, jusqu’à un final pour le moins surprenant!
L’én­ergie,  l’en­t­hou­si­asme et la créa­tiv­ité de Caryn Trin­ca restent les points forts de cette créa­tion, à qui l’on souhaite une longue vie et évidem­ment…  de nom­breux anniver­saires surprises.