Bruno Pelletier — Dracula plante ses crocs à Montréal

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Bruno Pelletier ©DR
Bruno Pel­leti­er ©DR

Vous tenez actuelle­ment le rôle-titre du spec­ta­cle musi­cal Drac­u­la, que vous avez mon­té avec Richard Ouzoun­ian. Com­ment est née votre col­lab­o­ra­tion ?
Je cares­sais l’idée de réalis­er un Drac­u­la depuis plusieurs années déjà. Après l’ex­péri­ence de Notre-Dame de Paris à Lon­dres, j’ai eu besoin de repren­dre ma car­rière solo et, en 2003, pen­dant ma tournée au Québec, le pro­duc­teur de Zone 3, Paul Dupont-Hébert m’a con­tac­té, pour savoir si j’é­tais encore intéressé par les spec­ta­cles musi­caux. En effet, j’avais refusé de par­ticiper à plusieurs d’en­tre eux. Peu de choses m’in­téres­saient. En revanche, j’avais un pro­jet que je souhaitais réalis­er et qui était Drac­u­la. Mon­sieur Hébert con­nais­sait Richard Ouzoun­ian, de Toron­to, qui avait déjà tra­vail­lé sur un Drac­u­la dans le passé et voulait refaire une nou­velle mou­ture. Nous nous sommes ren­con­trés pour voir si nos per­son­nal­ités allaient con­corder et, ensuite, on s’est mis à bâtir un script. A par­tir du print­emps 2004, je me suis mis à chercher les créa­teurs et la pre­mière annonce médi­a­tique a été faite en octo­bre de la même année.

Vous vous êtes impliqué aus­si dans la direc­tion artis­tique du spec­ta­cle. Pourquoi ?
Si l’on prend ma car­rière solo, j’ai tou­jours été mon pro­pre directeur artis­tique ; j’ai tou­jours fait les mis­es en scène de mes spec­ta­cles. C’est un milieu de l’om­bre. Les met­teurs en scène, les directeurs artis­tiques et les auteurs sont des gens qui tra­vail­lent dans les couliss­es et c’est un milieu qui m’in­téresse beau­coup. Donc je voulais m’y impli­quer. A l’o­rig­ine, je souhaitais presque faire Drac­u­la en tant que directeur artis­tique et à la mise en scène unique­ment. Mais une des con­di­tions des pro­duc­teurs était que je sois le per­son­nage prin­ci­pal, alors ils m’ont lais­sé la direc­tion et le con­trôle du navire.

Après Mon­tréal et une tournée au Québec, quels sont vos pro­jets avec Drac­u­la ? Est-ce qu’une tournée en France, voire en Europe, est envis­age­able ?
Pour le moment, nous venons tout juste de débuter nos représen­ta­tions à Mon­tréal, et on tente d’in­téress­er des investis­seurs et des pro­duc­teurs étrangers pour qu’ils vien­nent voir le spec­ta­cle et qu’ils acceptent de le pro­duire en Europe, en Asie et en Europe de l’Est peut-être. On par­le du Cana­da anglo­phone aus­si. Nous avons beau­coup de beaux pro­jets mais, pour le moment, c’est encore à l’é­tat embry­on­naire. Nous sommes en train de réserv­er des bil­lets d’avion pour les investis­seurs et les pro­duc­teurs.

La sor­tie de l’in­té­grale sur CD est-elle envis­agée ?
En ce moment, on jon­gle avec l’idée d’une inté­grale en CD ou bien en DVD. J’aimerais mieux faire un DVD. Ce sont des déci­sions qui vont se pren­dre, dans les prochaines semaines.

Croyez vous que le Québec va con­naître un boom de la comédie musi­cale, comme ce fut le cas en France, au début des années 2000 ?
Je ne sais pas. Drac­u­la est un des rares spec­ta­cles entière­ment pro­duits par des Québé­cois. La plu­part des pro­duc­tions vien­nent d’ailleurs ou ont des investis­seurs étrangers qui vien­nent au Québec car les coûts sont moin­dres même s’ils met­tent beau­coup d’ar­gent. Drac­u­la est vrai­ment un spec­ta­cle québé­cois, pro­duit par des Québé­cois, ce qui fait que les enjeux pour nous sont extrême­ment impor­tants. On se rend compte à quel point le marché du musi­cal au Québec est frag­ile. Nous avons essayé de faire un spec­ta­cle solide qui, je pense, n’est pas juste un pro­jet com­mer­cial, comme ce fut le cas d’autres spec­ta­cles. Donc nous avons pris un risque. Si les cri­tiques sont mit­igées ou si les bil­lets ne se vendent pas, ça meurt rapi­de­ment et ce sont des sommes d’ar­gent énormes qui seront per­dues. De fait, il n’y a pas beau­coup de pro­duc­teurs au Québec qui sont prêts à s’in­ve­stir dans des spec­ta­cles de cette enver­gure.

Vous en êtes à votre qua­trième comédie musi­cale : est-ce que c’est la direc­tion que vous voulez don­ner à votre car­rière ?
En fait, c’est la six­ième, deux sont beau­coup moins con­nues : il y a eu les trois avec Pla­m­on­don, puis Drac­u­la, mais il y a eu aus­si, en début de car­rière, deux autres musi­cals qui ont été beau­coup moins médi­atisés mais qui étaient quand même des créa­tions aux­quelles j’ai par­ticipé. C’est arrivé par hasard, il n’y a rien qui me des­ti­nait au musi­cal. Dans ma vie, je n’ai pas fait d’é­cole du musi­cal, je ne viens pas du tout du style « Broad­way ». J’ai pris des cours de danse, plus jeune, fait du théâtre à l’ado­les­cence, chan­té dans les bars. Ensuite, j’ai démar­ré ma car­rière en solo et, dans la foulée, sont arrivés des spec­ta­cles musi­caux. Je me suis embar­qué dans ces aven­tures et j’ai adoré ça. C’est une pléni­tude pour moi parce que c’est un mariage de plusieurs gen­res et moi, j’ai l’im­pres­sion de m’ex­ploiter totale­ment lorsque je fais du musi­cal. Ceci dit, j’y suis arrivé par hasard, con­traire­ment à d’autres qui veu­lent faire ce genre de spec­ta­cles. En ce qui con­cerne Drac­u­la, être le directeur artis­tique et l’in­ter­prète d’un show que j’ai con­cep­tu­al­isé, c’est pra­tique­ment l’un de mes plus gros pro­jets de vie, et un grand défi per­son­nel.