
Pouvez-vous nous faire un bilan du Roi Soleil ?
C’est un succès total ! 220 représentations, 800 000 albums. La version « live » avec musiciens sur scène commence le 22 septembre. On espère que ça marchera !
Au départ quand j’ai lu le projet, j’ai tout de suite vu Disney : le gentil, la méchante, la sorcière, les costumes, les décors… J’ai vu un dessin animé. J’étais sûr du succès ! C’est un vrai sujet de Broadway. En tout cas, ça tend à le devenir et c’est génial. Mais au début, on était attendu au tournant par la presse et la profession. On s’est dit : si on se plante, le genre [NDLR : la comédie musicale à gros budget] est mort. On ne trouvera pas un producteur qui risquera un sou dans une comédie musicale de cette dimension avant longtemps.
Comment s’est passé le casting pour Le Roi Soleil ?
Je suis très fier de la troupe. C’est une troupe formidable que j’ai vu grandir et s’épanouir.
Je les connaissais tous. D’ailleurs, je préfère ne pas être dans la décision finale lors du casting, car c’est une épreuve à chaque fois, pour eux comme pour moi. Je préfère être du côté des artistes. En fait je suis chasseur de tête, un recruteur. Je travaille avec une équipe géniale (Berenice Bel et Claude Peruzi). Quand je suis hors période de casting, je bouge beaucoup. Je vais dans les festivals, je vais voir des concerts, des spectacles, des concours en province… J’emmagasine des visages, des voix, des personnalités. Je les mets en réserve comme un écureuil. Par exemple, Emmanuel Moire, je l’avais en réserve. Et j’ai tout de suite pensé à lui pour le rôle. Lors du casting, il a convaincu en vingt secondes, il était d’un charme redoutable.
Et si vous aviez un conseil à donner pour le casting sur lequel vous travaillez (le prochain spectacle de Kamel Ouali prévu en 2008), ce serait…
Vous savez un casting, c’est comme une rencontre sur Internet (rires). On se montre des photos, on se parle au téléphone et on se rencontre. Mais il faut que la personne corresponde à la photo sinon on débande immédiatement ! Il faut charmer. Ce n’est jamais la bonne méthode d’en faire trop, de faire de la performance vocale, dans la vie comme dans un casting… Il faut montrer pourquoi on est unique. Mais il faut aussi que les artistes soient prêts à être découverts et parfois ils ne le sont pas.
Que pensez-vous de la multiplication des émissions à casting ?
Je suis pour tout ce qui favorise l’éclosion des talents. Les télé ou radio crochets ont toujours existé. Je regarde la Star Ac ou la Nouvelle Star. Je ne suis pas sectaire. On peut dire « ça ne m’intéresse pas » ou « je n’aime pas »mais il y a de la place pour tout le monde. Ce qui est dommage, c’est qu’aujourd’hui, il n’y a plus d’espace pour de belles émissions musicales comme dans les années 70 (Numéro 1, Le grand échiquier…).
Que pensez-vous de la situation de théâtre musical en France ?
Les « Ayatollah » de la comédie musicale m’énervent, le sectarisme est toujours stérile. Il y a Broadway et le reste… Combien de fois, il m’a fallu débattre sur ce sujet entre les productions dites « commerciales » et le reste « artistique et noble.». Je règle vite la question, il y a les spectacles qui me font rire ou pleurer d’un côté, et ceux qui m’ennuient de l’autre. Alors qu’ils viennent de Broadway ou du Palais des sports, je m’en tape. Je suis un passionné du genre. J’ai adoré Starlight Express, Blood Brothers, Miss Saigon, le Rocky Horror Show et Chance. Mes castings se font sur des grosses productions comme Le Roi Soleil ou sur des rencontres comme Les Hors-la-Loi. Ca ne s’oppose pas. Encore une fois, il y a de la place pour tout le monde. Et tant qu’on offrira des spectacles de qualité, on donnera envie aux gens d’en découvrir davantage. Ceux qui ne comprennent pas, je les laisse dans leurs églises.
Vous savez, c’est en voyant Créatures d’Alexandre Bonstein que Dove Attia a mis de la théâtralité dans Le Roi Soleil.
Si on devait faire quelque chose pour favoriser l’accès du public au genre musical, ce serait déjà de baisser les prix. Même si je comprends les raisons économiques, c’est terriblement cher.
Et son évolution ?
C’est une question d’éducation. A Londres ils sont très comédie musicale. Nous, c’est davantage le théâtre. Il faudrait déjà une véritable reconnaissance de la part des institutions, comme les Molières par exemple. Créatures était nommé dans la catégorie des » spectacles inattendus ». Je rêve ! Ils ont honte du spectacle musical ou quoi ? On en est encore à discuter sur le genre : comédie, spectacle, théâtre musical ? Je ne crois pas à un Broadway sur Seine. Je crois plus au côté événementiel, comme les revues ou les opérettes dans les années 50. Si déjà, on a quatre ou cinq comédies musicales de qualité qui fonctionnent en même temps et qui cartonnent dans des styles différents, c’est génial. Il faut respecter les étapes et éduquer le public petit à petit…
Quand une famille sort heureuse du Roi Soleil, elle n’hésitera pas à acheter des places pour la prochaine, voire même à s’intéresser à un spectacle moins médiatisé et différent comme Chance. Là, par exemple, j’ai hâte d’aller voir Le cabaret des hommes perdus avec la bande Bonstein, Laviosa, Sinan et Pradon. Avec eux, ça sent bon, non ?
Et vous, vous voyez comment plus tard ?
Moi ? Grand, beau, les yeux bleus, chantant les deux rôles des Blues Brothers (rires). Non je n’en sais rien et si quelqu’un le sait, surtout qu’il se taise !