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Bruno Berberes — « Il faut charmer… »

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Bruno Berberes ©DR
Bruno Berberes ©DR

Pou­vez-vous nous faire un bilan du Roi Soleil ?
C’est un suc­cès total ! 220 représen­ta­tions, 800 000 albums. La ver­sion « live » avec musi­ciens sur scène com­mence le 22 sep­tem­bre. On espère que ça marchera !
Au départ quand j’ai lu le pro­jet, j’ai tout de suite vu Dis­ney : le gen­til, la méchante, la sor­cière, les cos­tumes, les décors… J’ai vu un dessin ani­mé. J’é­tais sûr du suc­cès ! C’est un vrai sujet de Broad­way. En tout cas, ça tend à le devenir et c’est génial. Mais au début, on était atten­du au tour­nant par la presse et la pro­fes­sion. On s’est dit : si on se plante, le genre [NDLR : la comédie musi­cale à gros bud­get] est mort. On ne trou­vera pas un pro­duc­teur qui ris­quera un sou dans une comédie musi­cale de cette dimen­sion avant longtemps.

Com­ment s’est passé le cast­ing pour Le Roi Soleil ?
Je suis très fier de la troupe. C’est une troupe for­mi­da­ble que j’ai vu grandir et s’épanouir.
Je les con­nais­sais tous. D’ailleurs, je préfère ne pas être dans la déci­sion finale lors du cast­ing, car c’est une épreuve à chaque fois, pour eux comme pour moi. Je préfère être du côté des artistes. En fait je suis chas­seur de tête, un recru­teur. Je tra­vaille avec une équipe géniale (Berenice Bel et Claude Peruzi). Quand je suis hors péri­ode de cast­ing, je bouge beau­coup. Je vais dans les fes­ti­vals, je vais voir des con­certs, des spec­ta­cles, des con­cours en province… J’emmagasine des vis­ages, des voix, des per­son­nal­ités. Je les mets en réserve comme un écureuil. Par exem­ple, Emmanuel Moire, je l’avais en réserve. Et j’ai tout de suite pen­sé à lui pour le rôle. Lors du cast­ing, il a con­va­in­cu en vingt sec­on­des, il était d’un charme redoutable.

Et si vous aviez un con­seil à don­ner pour le cast­ing sur lequel vous tra­vaillez (le prochain spec­ta­cle de Kamel Ouali prévu en 2008), ce serait…
Vous savez un cast­ing, c’est comme une ren­con­tre sur Inter­net (rires). On se mon­tre des pho­tos, on se par­le au télé­phone et on se ren­con­tre. Mais il faut que la per­son­ne cor­re­sponde à la pho­to sinon on débande immé­di­ate­ment ! Il faut charmer. Ce n’est jamais la bonne méth­ode d’en faire trop, de faire de la per­for­mance vocale, dans la vie comme dans un cast­ing… Il faut mon­tr­er pourquoi on est unique. Mais il faut aus­si que les artistes soient prêts à être décou­verts et par­fois ils ne le sont pas.

Que pensez-vous de la mul­ti­pli­ca­tion des émis­sions à casting ? 
Je suis pour tout ce qui favorise l’é­clo­sion des tal­ents. Les télé ou radio cro­chets ont tou­jours existé. Je regarde la Star Ac ou la Nou­velle Star. Je ne suis pas sec­taire. On peut dire « ça ne m’in­téresse pas » ou « je n’aime pas »mais il y a de la place pour tout le monde. Ce qui est dom­mage, c’est qu’au­jour­d’hui, il n’y a plus d’e­space pour de belles émis­sions musi­cales comme dans les années 70 (Numéro 1, Le grand échiquier…).

Que pensez-vous de la sit­u­a­tion de théâtre musi­cal en France ?
Les « Aya­tol­lah » de la comédie musi­cale m’én­er­vent, le sec­tarisme est tou­jours stérile. Il y a Broad­way et le reste… Com­bi­en de fois, il m’a fal­lu débat­tre sur ce sujet entre les pro­duc­tions dites « com­mer­ciales » et le reste « artis­tique et noble.». Je règle vite la ques­tion, il y a les spec­ta­cles qui me font rire ou pleur­er d’un côté, et ceux qui m’en­nuient de l’autre. Alors qu’ils vien­nent de Broad­way ou du Palais des sports, je m’en tape. Je suis un pas­sion­né du genre. J’ai adoré Starlight Express, Blood Broth­ers, Miss Saigon, le Rocky Hor­ror Show et Chance. Mes cast­ings se font sur des gross­es pro­duc­tions comme Le Roi Soleil ou sur des ren­con­tres comme Les Hors-la-Loi. Ca ne s’op­pose pas. Encore une fois, il y a de la place pour tout le monde. Et tant qu’on offrira des spec­ta­cles de qual­ité, on don­nera envie aux gens d’en décou­vrir davan­tage. Ceux qui ne com­pren­nent pas, je les laisse dans leurs églises.
Vous savez, c’est en voy­ant Créa­tures d’Alexan­dre Bon­stein que Dove Attia a mis de la théâ­tral­ité dans Le Roi Soleil.
Si on devait faire quelque chose pour favoris­er l’ac­cès du pub­lic au genre musi­cal, ce serait déjà de baiss­er les prix. Même si je com­prends les raisons économiques, c’est ter­ri­ble­ment cher.

Et son évolution ?
C’est une ques­tion d’é­d­u­ca­tion. A Lon­dres ils sont très comédie musi­cale. Nous, c’est davan­tage le théâtre. Il faudrait déjà une véri­ta­ble recon­nais­sance de la part des insti­tu­tions, comme les Molières par exem­ple. Créa­tures était nom­mé dans la caté­gorie des » spec­ta­cles inat­ten­dus ». Je rêve ! Ils ont honte du spec­ta­cle musi­cal ou quoi ? On en est encore à dis­cuter sur le genre : comédie, spec­ta­cle, théâtre musi­cal ? Je ne crois pas à un Broad­way sur Seine. Je crois plus au côté événe­men­tiel, comme les revues ou les opérettes dans les années 50. Si déjà, on a qua­tre ou cinq comédies musi­cales de qual­ité qui fonc­tion­nent en même temps et qui car­ton­nent dans des styles dif­férents, c’est génial. Il faut respecter les étapes et édu­quer le pub­lic petit à petit…
Quand une famille sort heureuse du Roi Soleil, elle n’hésit­era pas à acheter des places pour la prochaine, voire même à s’in­téress­er à un spec­ta­cle moins médi­atisé et dif­férent comme Chance. Là, par exem­ple, j’ai hâte d’aller voir Le cabaret des hommes per­dus avec la bande Bon­stein, Laviosa, Sinan et Pradon. Avec eux, ça sent bon, non ?

Et vous, vous voyez com­ment plus tard ?
Moi ? Grand, beau, les yeux bleus, chan­tant les deux rôles des Blues Broth­ers (rires). Non je n’en sais rien et si quelqu’un le sait, surtout qu’il se taise !