Bruno Berberes — En attendant Le Roi Soleil

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Bruno Berberès ©DR
Bruno Berberès ©DR
Bruno Berberes, vous tra­vaillez actuelle­ment sur le cast­ing du Roi Soleil. Pou­vez-vous nous présen­ter ce projet ?
Le Roi Soleil est un spec­ta­cle musi­cal pro­duit par Dove Attia et Albert Cohen et mis en scène par Kamel Ouali. Le spec­ta­cle est prévu au Palais des Sports d’oc­to­bre 2005 à jan­vi­er 2006. Le Roi Soleil retrace la vie de Louis XIV de 16 à 40 ans. Cela tourne autour de la réal­ité his­torique, mais aus­si de tout l’imag­i­naire lié à cette péri­ode : le Masque de Fer, etc. C’est un pro­jet flam­boy­ant, avec des mélodies bien de notre temps. C’est très enlevé.

De quelle façon Le Roi Soleil va-t-il se démar­quer des comédies musi­cales actuelles ?
Avec Le Roi Soleil, on se tourne vers un pro­jet plus « live » : il y aura des musi­ciens baro­ques sur scène et de plus, les choeurs ne seront pas enreg­istrés. Il y aura quand même une bande mais c’est tout de même un pas de plus vers le live. Les pro­duc­tions com­men­cent à se ren­dre compte que le pub­lic a besoin de ça.
Durant l’ère « post-Notre Dame », les comédies musi­cales ? je par­le des gross­es pro­duc­tions ‑ont eu d’énormes pré­somp­tions de suc­cès, et dans la plu­part des cas, per­son­ne ne s’est trompé. Roméo & Juli­ette, ou Les Dix Com­man­de­ments ont très bien marché. Puis il y a eu une deux­ième vague avec notam­ment Les Demoi­selles de Rochefort, Belles belles belles, etc. Et là, il y a eu des blessés. Aujour­d’hui, on regarde à deux fois avant de met­tre des sous dans un gros spectacle.
A côté de ça, il y a des phénomènes comme Créa­tures, Zap­ping ou encore Chance qui béné­fi­cient d’un excel­lent bouche-à-oreille et d’une bonne presse et cela peut con­tribuer à faire chang­er les choses dans la façon dont on pro­duit les gross­es machines.
Les pro­duc­teurs com­men­cent donc à se ren­dre compte main­tenant que les comédies musi­cales ne sont pas que tristes et que vocales. On se tourne tran­quille­ment vers ce qu’est la comédie musi­cale à Lon­dres, New York ou en Alle­magne. En remon­tant les grands boule­vards, je voy­ais les façades des théâtres avec Créa­tures, Zap­ping, Le sel et le miel… On en pense ce qu’on veut mais voilà longtemps qu’il n’y avait pas eu autant de comédies musi­cales à l’af­fiche en même temps. On se serait presque cru dans une rue de Londres.

Quelle est la ligne direc­trice du cast­ing pour Le Roi Soleil ?
La pro­duc­tion veut que « ça chante de la mort » ! Ils veu­lent une sig­na­ture vocale, des voix très dif­férentes et iden­ti­fi­ables. Il y aura égale­ment des comé­di­ens qui ne chanteront pas… mais s’ils savent tenir une note… c’est mieux ! En tout cas, tout le monde ? chanteurs com­pris ? doit avoir une âme de comé­di­en et une cer­taine apti­tude à la danse.
L’a­van­tage du Roi Soleil, comme des Dix Com­man­de­ments d’ailleurs, c’est l’ab­sence de référence physique forte, con­traire­ment à Autant en emporte le vent qui fait par­tie de l’imag­i­naire col­lec­tif et où les per­son­nages prin­ci­paux sont asso­ciés à un physique pré­cis. Per­son­nelle­ment, ça me rendait fou quand on devait refuser quelqu’un de tal­ent parce qu’il en ressem­blait pas à l’im­age d’une ver­sion ciné­matographique tournée il y a plus de 60 ans…

Com­ment procédez-vous dans votre recherche ?
Tout d’abord, le directeur de cast­ing est là pour bien com­pren­dre le pro­jet et les « don­neurs d’or­dres » (pro­duc­teurs, met­teur en scène…). Une fois ces élé­ments inté­grés, il part à la chas­se. Si le pro­jet est plutôt discographique, comme ce fut sou­vent le cas, il va chercher des voix. La per­for­mance scénique passe au sec­ond plan. Mais les choses changent et tout se retrou­ve aujour­d’hui au même niveau.
Pour procéder au cast­ing, en dehors des petites annonces habituelles, je mène une recherche active avec mon équipe car je reste per­suadé que de nom­breuses per­son­nes tal­entueuses ne se présen­tent pas à des audi­tions pour divers­es raisons. J’en­voie donc des gens au Print­emps de Bourges, au Cho­rus des Hauts de Seine, aux Fran­co­folies mais aus­si dans les piano-bars, dans les réseaux rock… Per­son­nelle­ment, je sors beau­coup pour voir des spec­ta­cles… et je lis votre forum tous les jours. Par­fois, ça me fait rire… par­fois moins !

Pour Le Roi Soleil, vous allez aus­si cast­er en province ?
En effet, nous serons en tournée de toute la France du 11 mai au 30 juin. A Paris, le pré-cast­ing, qui ne con­cerne que les gens que je ne con­nais pas, aura lieu du 17 au 28 mai, le cast­ing aura lieu en juin et dans un troisième temps, nous audi­tion­nerons les artistes sélec­tion­nés au dernier tour avec des chan­sons du spectacle.

Com­ment se déroulera le pré-cast­ing ? Que devront chanter les candidats ?
En général, je suis plutôt pour que les can­di­dats chantent quelque chose de leur choix, afin qu’ils soient à l’aise. Il y aura peut-être une chan­son imposée, mais unique­ment en cas de nécessité.
Pour le pré-cast­ing, je dois ratiss­er large, je ne tiens pas compte que de mes goûts, je sélec­tionne aus­si des gens aux­quels je ne suis pas par­ti­c­ulière­ment sen­si­ble mais qui peu­vent plaire à la pro­duc­tion. Toute­fois les gens que je retiens seront tous de talent.
Mais atten­tion, si j’ai la main­mise sur le pré-cast­ing, si je décide qui je vais présen­ter, au moment du cast­ing direct, je ne suis qu’une voix par­mi tant d’autres. Je peux don­ner un con­seil mais je ne suis pas une voix déci­sion­nelle. J’ac­com­pa­gne les artistes dans les épreuves, je les con­nais mieux que la pro­duc­tion, je sais quand ils se plantent. Un directeur de cast­ing, c’est un peu comme une mère maque­relle : il a ses coups de coeur et il essaye de les défendre. C’est un tra­vail avant tout humain et il est très dif­fi­cile de faire à com­pren­dre à quelqu’un qui a du tal­ent qu’il ne cor­re­spon­dra pas pour divers­es raisons.
Il peut m’ar­riv­er aus­si d’avoir un refus de la pro­duc­tion mais de faire un tra­vail souter­rain ! Pour Autant en emporte le vent, j’ai tout de suite pen­sé à Sophie Del­mas mais L’om­bre d’un géant planait encore sur elle. Il a fal­lu que je m’y reprenne plusieurs fois.

Quels sont les secrets d’un bon casting ?
Pour faire un bon cast­ing, il faut en avoir fait plein avant ! On décou­vre des artistes, on a des coups de coeur. Et si ça ne marche pas pour le cast­ing en cours, ce sera peut-être pour le suiv­ant. Et il ne faut pas oubli­er qu’au final, ce qui compte, c’est la ren­con­tre d’un inter­prète avec des chansons.

Vous êtes égale­ment un des co-pro­duc­teurs de Créa­tures qui ren­con­tre un immense suc­cès… Com­ment a com­mencé cette aventure ?
Les Créa­tures sont entrées dans ma vie par l’in­ter­mé­di­aire d’Alexan­dre Bon­stein, en 1998. Il ren­trait de New York où il avait joué le spec­ta­cle. Avec Jean-Christophe Bauzin, co-pro­duc­teur, je lui ai pro­posé d’emmener son spec­ta­cle à Dublin où je venais de tra­vailler. Créa­tures, c’est vrai­ment une his­toire d’ami­tié, d’amour, de tal­ent, de musique… C’est une famille ! J’en suis très fier. C’est vrai­ment très bizarre de vivre cette his­toire de l’in­térieur, avec un spec­ta­cle qui n’a pas été aidé et qui ne doit son suc­cès qu’à la force du poignet. Et quand on tra­vaille avec des tal­ents tels que l’équipe de Créa­tures, on devient de plus en plus exigeant !