Bruno Berberes, de Mozart à Mogador

0
366
Bruno Berberes (avec Delphine  Grandsart et Claire Pérot)
Bruno Berberes (avec Del­phine Grand­sart et Claire Pérot)

Mozart, l’opéra rock a démar­ré il y a peu au Palais des Sports. Quel est votre sentiment ?
C’est un grand sen­ti­ment. Je suis vrai­ment très fier, je rêvais de ça depuis longtemps.
Je pense que, dans le domaine du spec­ta­cle musi­cal, il y avait une édu­ca­tion à faire en France et elle est en train de se faire, petit à petit. Mozart cor­re­spond à toutes les règles d’une comédie musi­cale à la Broad­way : un spec­ta­cle qui racon­te une his­toire avec un début, un milieu, une fin, à tra­vers des chan­sons et du texte. Ici, les choré­gra­phies ne sont pas des cache-mis­ère : elles sont au ser­vice de l’action. Pour moi, on est à Broad­way sur Seine. Je pense qu’il y a une vraie chance que Mozart devi­enne la deux­ième comédie musi­cale par­tie de Paris, qui puisse réus­sir à Broad­way, après Les Mis­érables.

A quoi est due cette évo­lu­tion selon vous ?
Tout ça, on le doit à Créa­tures ! Cela peut paraître bizarre mais je m’explique : j’ai co-pro­duit Créa­tures, et j’ai emmené Dove Attia le voir au moment où on fai­sait le cast­ing du Roi Soleil. Con­nais­sant Dove, je me suis dit qu’il n’allait pas du tout aimer. Quand il est sor­ti du spec­ta­cle, il m’a dit : ‘je me suis pris la grosse claque, c’est ça que je veux faire’. Il a eu une révéla­tion. Dove, à l’époque, venait du milieu de la musique. La comédie musi­cale était un acci­dent, un bel acci­dent, mais ce n’était pas un but. Les Dix Com­man­de­ments ont été un très heureux hasard. C’est donc à ce moment qu’arrive l’aventure des Hors La Loi [NDLR : spec­ta­cle musi­cal pro­duit par Dova Attia], et là, je le branche avec Agnès Boury et Alexan­dre Bon­stein, des gens qu’on ne peut pas soupçon­ner de faire des spec­ta­cles ‘mar­ketés’. Ca a été la ren­con­tre de deux univers totale­ment dif­férents. D’un côté, on avait le spec­ta­cle mar­keté, de l’autre, le spec­ta­cle arti­sanal… et bien, ils se sont très bien enten­dus !  J’étais très fier d’avoir provo­qué cette ren­con­tre. Dove m’a dit : ‘une fois que tu es passé par Les Hors la Loi et Créa­tures, tu ne peux plus pro­duire les choses comme avant’. C’est ce qui explique que, dans Le Roi Soleil, il y avait de la théâ­tral­ité même si ce n’était pas encore abouti. C’était la pre­mière fois qu’on embauchait des comé­di­ens, par exemple.
Pour Mozart, on avait un peu peur parce qu’il y a 50 % de théâtre. On est au Palais des Sports, donc dans une salle de 4 000 per­son­nes, il n’y a pas d’intimité, est-ce que le pub­lic ne va pas s’ennuyer ? Le pub­lic qui vient voir les spec­ta­cles de Dove Attia, c’est celui qui va à Eurodis­ney ou Hol­i­day on Ice, pas au Cabaret des Hommes Per­dus. Et bien en fait, le pub­lic est ravi !
Quand Dove monte un spec­ta­cle, un, c’est tou­jours un car­ton ; deux, il fait tra­vailler 150 per­son­nes min­i­mum pen­dant au moins deux ans. C’est ce que je dis à tous les gens du méti­er qui ont craché sur Les Dix Com­man­de­ments. Pour moi, aujourd’hui, Dove et Albert Cohen sont les Cameron Mack­in­tosh [NDLR : pro­duc­teur anglais de suc­cès tels que Les Mis­érables, Miss Saigon, Phan­tom of The Opera] français.

Quel regard portez-vous sur votre cast­ing de Mozart ?
Ca a été mon cast­ing le plus court ! De façon générale, je suis tou­jours fier de mes cast­ings… mais pas tou­jours de l’utilisation qu’on en fait. Les gens que je fais embauch­er sont tou­jours très bons, après, la façon dont ils sont util­isés c’est autre chose (rires) ! Ce cast­ing-là est par­ti­c­ulière­ment éclec­tique. Il y a un mec qui vient du rock comme Mike­lan­ge­lo Lokonte, à côté d’une Claire Pérot ou Del­phine Grand­sart qui vien­nent de Cabaret ou d’une Joce­lyne Sand que j’ai repérée dans L’Ultime ren­dez-vous. C’est un cast­ing très métis­sé en ter­mes de cultures !

Quel regard portez-vous sur le milieu de la comédie musi­cale française, en général ?
Je crois que ça a beau­coup évolué. Sou­vent, on me dit qu’il y a trop de comédies musi­cales. Je ne suis pas d’accord. Il y a un à dix spec­ta­cles musi­caux par sai­son. Ce n’est pas trop. Ce qui est embê­tant, c’est que la moitié des gross­es pro­duc­tions sont mau­vais­es et que, du coup, ça ne passe pas inaperçu.
L’arrivée de Stage Enter­tain­ment [NDRL : pro­duc­teur de Cabaret, Le Roi Lion et Zor­ro] est une évo­lu­tion et a mon­tré qu’on était capa­ble de faire des bons spec­ta­cles. Je n’ai jamais cru à la ‘malé­dic­tion française’ selon laque­lle on ne pou­vait pas faire de bons spec­ta­cles musi­caux. Main­tenant, il faudrait aller vers des créa­tions orig­i­nales qui ne soient pas basées sur un matériel existant.

Com­ment tra­vaillez-vous aujourd’hui quand vous recevez les artistes ?
Main­tenant, je prends plus le temps, je suis plus déten­du. Avant, je voy­ais ça comme : ‘ils cherchent du boulot, je peux leur en don­ner’, point, (rires) ce qui était un peu lap­idaire ! Dans ma tête, j’ai inver­sé le proces­sus. Les artistes me font un cadeau en venant au cast­ing.  J’essaie d’analyser et de faire con­nais­sance, même si c’est dif­fi­cile car on n’a pas beau­coup de temps. Je tra­vaille plus comme un chas­seur de têtes tout en con­tin­u­ant à défricher.
Je sais que c’est pénible de pass­er une audi­tion pour un artiste, mais c’est un exer­ci­ce imposé, on est obligé de pass­er par là pour faire con­nais­sance avec son futur met­teur en scène, pro­duc­teur, etc.
J’ai aus­si la chance d’être entouré par une équipe — Claude Peruzzi, Bérénice Bel, Olivi­er Fray — qui a l’habitude de tra­vailler avec des artistes. Je ne sup­port­erais pas que quelqu’un soit mal accueil­li ou mal considéré.
En tout cas, je suis assez fier car, depuis que je suis dans ce méti­er, j’ai fait tra­vailler plus de 500 personnes.

Quels sont vos pro­jets aujourd’hui ?
J’ouvre qua­tre écoles dans qua­tre villes pilotes. Je suis par­ti du con­stat que, dans ce milieu, soit tu as de la chance et tu apprends ton méti­er sur scène, soit tu fais une école qui te coûte entre 5 000 à 8 000 € par an, sans garantie de tra­vail à la sor­tie. Je trou­ve que c’est cher et que ça niv­elle sou­vent vers le bas. Ici, il y aura un con­cours d’entrée et la qua­si gra­tu­ité pour les per­son­nes sélec­tion­nées. Pour 80 à 100 € par mois, les élèves auront trente heures de cours par semaine et pour­ront vrai­ment pro­gress­er. Il y aura des inter­venants aus­si dif­férents que Jas­mine Roy, Pierre-Yves Duch­esne, Philippe Lelièvre ou Sarah Sanders et les cours cou­vriront aus­si bien les arts graphiques, le chant que le management.
Sinon, en ce qui con­cerne le cast­ing, je tra­vaille sur un spec­ta­cle qui sera pro­duit par Coul­li­er et mis en scène par Christophe Bar­rati­er, le réal­isa­teur des Cho­ristes. Il y aura égale­ment Les Trois Mous­que­taires, pro­duit par Serge Tapier­man. Sans oubli­er le cast­ing de Cen­drillon, qui vient tout juste de com­mencer à Mogador et pour lequel je suis heureux d’avoir fait le lien entre Agnès Boury à la mise en scène et Lagardère et Julien Godain à la production.