Bernard Alane — Héros d’une « BD musicale » !

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Bernard Alane ©DR
Bernard Alane ©DR
C’est l’his­toire du sire de Ver­gy que le sire de Coucy souhaite envoy­er aux croisades pour mieux prof­iter de Gabrielle, l’épouse délurée de son rival. Le plan pour­rait marcher sauf que… « Non, n’en dites pas plus ! » s’ex­clame Bernard Alane. « Le sujet n’a en fait aucune impor­tance, c’est le con­traire d’une opérette dans ce que cela sous-entend de pous­siéreux. Ici, on est dans une BD musi­cale com­plète­ment loufoque ». D’ailleurs, les jeunes venus voir un spec­ta­cle qu’on aurait tort d’imag­in­er for­maté pour un pub­lic plus âgé ne s’y trompent pas : « L’hu­mour de Flers et Caillavet est acces­si­ble au spec­ta­teur d’au­jour­d’hui et la musique de Ter­rasse à la fois sophis­tiquée et pop­u­laire peut plaire à tous ».

Sur les planch­es de Paris… et du West End
Bernard Alane est un comé­di­en heureux qui alterne depuis trente ans pièces du réper­toire (La mou­ette de Tchékhov l’an dernier) et comédies musi­cales façon Broad­way (La cage aux folles). « Dans ce méti­er, on a trop ten­dance à sec­toris­er les gens. Du coup, beau­coup de gens ne savent pas dans quelle boîte me met­tre. Mais juste­ment, c’est pass­er d’un genre à l’autre qui est rigo­lo ». Comé­di­en for­mé au Con­ser­va­toire, il a com­mencé par chanter d’in­stinct (dans La vie parisi­enne quand même !) avant de pren­dre des leçons quand il est par­ti tra­vailler en Angleterre. « Là, le niveau d’ex­i­gence est si élevé qu’il a bien fal­lu que j’ap­prenne. Grâce à mon accent, j’ai pu chanter des rôles de Français dans Can-Can et Bless The Bride ain­si que South Pacif­ic en tournée aus­trali­enne et thaï­landaise ». Il ne tar­it pas d’éloges sur le pro­fes­sion­nal­isme de ces pro­duc­tions. « C’est mer­veilleux, on répète pen­dant deux mois, vous avez un emploi du temps com­plète­ment rem­pli et au bout du compte, vous avez 60 per­son­nes sur scène par­faite­ment réglées. En France, on prend son temps, c’est sou­vent plus ama­teur et on manque cru­elle­ment de moyens. Et ici, le mot ‘comédie musi­cale’ fait encore peur à moins que ça ne fasse référence aux opéras-rock actuels ».

Et pour­tant, la comédie musi­cale, Bernard Alane l’a beau­coup pra­tiquée en France aus­si, en par­ti­c­uli­er sous la direc­tion d’Alain Mar­cel : il a ain­si été Cap­i­taine Cro­chet dans Peter Pan (Fabi­enne Guy­on avait le rôle-titre), Fred Gra­ham dans Kiss Me Kate et Hen­ry Hig­gins dans My Fair Lady avant de jouer dans La cage aux folles. L’échec de ce dernier spec­ta­cle l’a bien sûr affec­té « Mais c’é­tait plus un sen­ti­ment de colère que de déprime : c’est plus tonique ! Nous [les artistes] ne sommes pas en cause. Il y a eu de gros prob­lèmes de pro­duc­tion, et comme tou­jours en France quand il n’y a pas de stars dans un spec­ta­cle, les médias ne nous ont pas soutenus. Vous savez, quand on ne passe pas au 20 heures, on n’ex­iste pas ! On était heureux pen­dant les représen­ta­tions mais avant et après, c’é­tait dur ». Quand le show s’est arrêté, il n’avait rien de prévu pour le reste de la sai­son. « Heureuse­ment, comme tous les gens qui ne font pas de pro­jets, je suis tou­jours très occupé : juste­ment, c’est à ce moment là qu’Alain Sachs m’a appelé pour me pro­pos­er Le sire de Vergy ».

« J’ai trou­vé son mes­sage sur mon répon­deur un ven­dre­di, j’ai lu le texte de la pièce le same­di et le dimanche, je rap­pelais pour dire : oui. Le texte est telle­ment fou avec des répliques sub­limes, qua­si­ment dadaïstes, et très osées pour l’époque. Et Coucy, c’est un rôle en or que je ne pou­vais pas refuser ». D’au­tant qu’il y a un plaisir jubi­la­toire pour les mem­bres de la troupe à jouer et chanter sans micro (l’a­cous­tique des Bouffes-Parisiens le per­me­t­tant). « C’est plus fati­gant mais en même temps, c’est plus théâ­tral ! ».

A Lit­tle Sond­heim Music
Fidèle à sa philoso­phie un peu hédon­iste de l’ex­is­tence (« Je laisse venir : la vie me fait un ou deux cadeaux par an, et à chaque fois, il y a de belles choses »), Bernard Alane ne sait pas encore ce qu’il fera après l’ar­rêt du Sire de Ver­gy le 3 août. « J’aimerais bien qu’on le reprenne ultérieure­ment, au moment des fêtes par exem­ple car c’est con­fort­able de se don­ner du temps pour entr­er dans son per­son­nage. Sinon, je vais com­mencer à ren­con­tr­er des gens pour la ren­trée. Mais c’est vrai que j’aimerais bien faire une autre grande comédie musi­cale ».

Pour­tant, face au défer­lement des nou­veaux pro­jets très médi­atisés, il reste assez froid. « Ce n’est pas de la comédie musi­cale et cela ne m’in­téresse pas. D’ailleurs, je ne pense pas que ces pro­duc­tions s’in­téressent à moi non plus ! Je pense que le pub­lic qui va voir ses spec­ta­cles pour­rait aimer quelque chose de plus humain, plus théâ­tral et moins axé show biz. Mais c’est la ten­dance, même Stephen Sond­heim a récem­ment déclaré que Broad­way, c’é­tait fini ! ». Lui se voit bien dans un musi­cal de ce géant de Broad­way : « Dans tout ce qu’il a écrit, il y a des rôles pour moi. Hélas, ce n’est pas un com­pos­i­teur de tubes alors, qui irait pro­duire ça en France aujour­d’hui ? Même Lam­bert Wil­son qui en rêve égale­ment n’y parvient pas… Quant à moi, j’e­spère que ma voix tien­dra encore le temps qu’il faut pour que je puisse chanter un Sond­heim sur scène ! ».

En atten­dant, Bernard Alane s’of­fre le luxe de ne tra­vailler que sur les pro­jets qui lui plaisent. Il fait du dou­blage et a par exem­ple été la voix du nar­ra­teur dans Aladdin (« Nuits d’Ara­bie ») et de Clopin dans Le bossu de Notre-Dame de Dis­ney. « Je fais de beaux films et cela m’as­sure un fond de roule­ment. Ensuite, cela me per­met de refuser sur scène tout ce qui ne me ferait pas plaisir. Mon luxe à moi, ce n’est pas la mai­son de cam­pagne, la piscine ou la grosse voiture, c’est de faire unique­ment ce dont j’ai envie ». Avant de con­clure : « Voilà, c’est une petite tranche de vie. Vous croyez que ça intéressera vos lecteurs ? ».