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Aspects of Love — Les affres de l’amour

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Aspects of Love, l'affiche©DR
Aspects of Love, l

Musique de Andrew Lloyd Webber
Livret et Lyrics de Charles Hart et Don Black
Mise en scène orig­i­nale de Trevor Nunn

Créa­tion
A Lon­dres, Prince of Wales The­atre, le 17 avril 1989 (1325 représentations)
A Broad­way, Broad­hurst The­atre, le 8 avril 1990 (377 représentations)

Prin­ci­pales chansons
Love Changes Every­thing, Par­lez-vous français, See­ing Is Believ­ing, Chan­son d’en­fance, Every­body Loves A Hero, She’d Be Far Bet­ter Off With You, There is more to love, Mer­maid Song, The First Man You Remem­ber, Jour­ney Of A Life­time, Falling, Hand Me The Wine And The Dice, Any­thing But Lonely.

Syn­op­sis
L’ac­tion débute en France à la fin des années 40. De pas­sage à Mont­pel­li­er, Alex Dilling­ham, un jeune anglais de dix-sept ans, assiste à une représen­ta­tion de la pièce « The Mas­ter Builder ». Tombé fou amoureux de la vedette du spec­ta­cle, Rose Vib­ert, il revient tous les jours jusquà la dernière. Ce soir-là, il se présente devant Rose, un bou­quet de fleurs à la main. Exas­pérée de jouer régulière­ment devant des salles vides, l’ac­trice ignore, en out­re, où elle va pass­er les quinze jours de vacances for­cées qui l’at­ten­dent avant la reprise de la pièce à Lyon. Elle se laisse cepen­dant séduire par la fraîcheur et la naïveté de son admi­ra­teur. Les deux jeunes gens pren­nent un verre ensem­ble et, pré­tex­tant de la tir­er d’af­faire, Alex invite Rose à séjourn­er, avec lui, dans sa mai­son de cam­pagne à Pau. Dans le train qui les con­duit à des­ti­na­tion, Rose et Alex devi­en­nent amants. Pour le jeune homme, c’est le grand amour; pour sa maîtresse, c’est une agréable dis­trac­tion avant la reprise de la tournée. Arrivé sur place, le cou­ple doit cass­er un car­reau pour entr­er dans la mai­son. Alex avoue alors que l’en­droit appar­tient à son oncle George, lequel ignore com­plète­ment que son neveu est chez lui. Aver­ti par le gar­di­en, George inter­rompt brusque­ment l’escapade amoureuse d’Alex et Rose et se mon­tre très séduit par la jeune comé­di­enne. La com­plic­ité qui sem­ble les unir attise la jalousie d’Alex mais George finit par quit­ter la pro­priété. Quelques jours plus tard, c’est au tour de Rose de par­tir. Elle est appelée d’ur­gence par son agent et aban­donne Alex en plein désar­roi. Le jeune homme com­prend, alors, que sa maitresse s’est envoyée elle même le mes­sage l’in­vi­tant à écourter ses vacances, et qu’elle voulait donc en finir avec lui.

Deux ans plus tard, on retrou­ve Alex, qui s’est engagé dans l’ar­mée, à Paris. Il n’a jamais revu Rose pas plus qu’il n’a réus­si à l’ou­bli­er. En vis­ite chez son oncle, il réalise que Rose vit chez ce dernier. Boulever­sé par le mépris qu’elle man­i­feste à son égard, il sort un pis­to­let et tire sur elle. Il la blesse au bras et se voit aus­sitôt désar­mé par les gens de la mai­son. George inter­vient et parvient à réc­on­cili­er les anciens amants. Alex se con­fond en excus­es auprès de George et de Rose puis dis­paraît. Mais le cou­ple for­mé par Rose et George n’est pas aus­si solide qu’Alex l’imag­ine. Aus­sitôt après le départ du jeune homme, George quitte Paris pour Venise et retrou­ve Giuli­et­ta Trap­pani, une jeune artiste ital­i­enne qui fut autre­fois sa maîtresse et qui reste aujour­d’hui sa con­fi­dente. Rose les rejoint et, con­tre toute attente, devient amie avec Giuli­et­ta, voire un peu plus. Le trio vit alors avec délice dans la plus pro­fonde immoral­ité jusqu’au jour où George apprend qu’il est ruiné. Rose, dont la car­rière com­mence à décoller, lui pro­pose de l’épouser. George accepte. Giuli­et­ta sera leur témoin. Quelques temps plus tard, Alex, en manoeu­vre, reçoit un cour­ri­er lui annonçant que Rose attend un enfant de George. Il est au comble du désespoir.

Douze ans ont passé. Rose est dev­enue une star du théâtre et du ciné­ma. Pour l’heure, elle joue un spec­ta­cle à Paris, avant de com­mencer le tour­nage d’un film avec Jean Cocteau. Dès qu’elle a le temps, elle retourne à Pau pour pass­er quelques jours avec George et leur fille, Jen­ny. Un soir, au terme d’une représen­ta­tion, Rose a la sur­prise de décou­vrir Alex qui l’at­tend dans sa loge. Ravie de le retrou­ver après tant d’an­nées, elle l’in­vite à l’ac­com­pa­g­n­er à Pau pour faire la con­nais­sance de Jen­ny. Celle-ci, âgée de douze ans, fait l’ad­mi­ra­tion de son père qui n’a plus d’autres cen­tres d’in­térêt qu’elle. Alex, qui tente de met­tre de côté ses sou­venirs, se lie d’ami­tié avec l’ado­les­cente. D’an­nées en années, Alex devient un rési­dent réguli­er de la pro­priété de Pau. Il aime tou­jours Rose et le lui fait savoir mais l’ac­trice ne veut pas trahir son mari, en tous cas pas avec quelqu’un dont elle pour­rait être amoureuse. Jen­ny, de son côté, a gran­di à vu d’oeil. Elle va bien­tôt avoir quinze ans. Elle est très attirée par Alex et, bien qu’il s’en défende, Alex n’est pas insen­si­ble aux charmes de la jeune fille. Vieux et fatigué, George, qui com­prend la sit­u­a­tion, sup­porte très dif­fi­cile­ment de voir son enfant lui échap­per. Un jour, Alex entre dans la cham­bre de Jen­ny et lui explique que rien n’est pos­si­ble entre eux. George les sur­prend et fait une attaque à laque­lle il suc­combe. Le jour de l’en­ter­re­ment, Alex ren­con­tre Giuli­et­ta pour la pre­mière fois. Celle-ci l’in­vite à faire le point sur ses rap­ports avec Rose et avec Jen­ny. Tan­dis que Jen­ny implore Alex de patien­ter jusqu’à ses dix huit ans, Rose annonce au jeune homme que s’il ne reste pas avec elle, elle trou­vera quelqu’un d’autre car elle refuse de rester seule. Alex aban­donne les deux femmes, et, suiv­ant la philoso­phie de son oncle, part avec Giuli­et­ta pour prof­iter de la vie au jour le jour.

Le thème
Comme le titre l’indique, le spec­ta­cle embrasse, sur de nom­breuses années, plusieurs his­toires d’amour, aux car­ac­téris­tiques chaque fois spé­ci­fiques (dif­férence d’âge, homo­sex­u­al­ité, inces­te), qui don­nent lieu à une sorte de chas­sé-croisé quelque part entre Mari­vaux et Les liaisons dan­gereuses avec un soupçon d’hu­mour anglais (le pas­sage où Alex tire sur Rose est, par exem­ple, traité comme une scène comique et la réac­tion de George face à cet événe­ment s’avère des plus fleg­ma­tiques). Mais, s’il est vécu inten­sé­ment par les per­son­nages, cet amour est surtout le sym­bole d’une cer­taine friv­o­lité. Cha­cun vit ici dans l’op­u­lence, loin de tout souci matériel. L’amour sem­ble être le seul remède à l’en­nui. Cela-dit, si les per­son­nages évolu­ent dans un univers en apparence super­fi­ciel, l’an­goisse de la mort qui plane sur l’his­toire, à tra­vers le per­son­nage de George, con­fère au spec­ta­cle une réelle pro­fondeur. George proclame qu’il faut s’en­nivr­er de plaisir et prof­iter de chaque instant sans s’at­tach­er à rien, mais il mour­ra d’avoir laiss­er la jalousie s’emparer de lui. Le jour de l’en­ter­re­ment, cha­cun reprend sa devise (« Hand Me The Wine And The Dice ») mais per­son­ne n’y croit. Alex finit dés­abusé, aban­don­nant Rose et Jen­ny en larmes. On n’échappe pas aux souf­frances et on n’échappe pas à la mort.

L’his­toire der­rière l’histoire
Nous sommes à l’été 1980. Andrew Lloyd Web­ber et Tim Rice, encore tout auréolés des suc­cès d’Evi­ta et de Jesus Christ Super­star, sont en vacances dans le sud de la France. A la recherche d’un nou­veau sujet, ils évo­quent la pos­si­bil­ité de tra­vailler sur une his­toire à laque­lle Rice tient beau­coup et qui se situe dans le monde des échecs puis sur l’adap­ta­tion d’un roman de David Gar­nett, con­tem­po­rain et ami de Vir­ginia Woolf, Aspects Of Love. Mais les deux parte­naires ne parvi­en­nent pas à se met­tre d’ac­cord et tan­dis que Rice se tourne vers Ben­ny Ander­s­son et Björn Ulaeus du groupe Abba pour ce qui allait devenir Chess, Lloyd Web­ber met de côté Aspects pour s’oc­cu­per de Cats qui allait être créé à Lon­dres moins d’un an plus tard. Un désac­cord sur les lyrics de « Mem­o­ry », chan­son phare de Cats que Rice devait sign­er, aura défini­tive­ment rai­son de cette col­lab­o­ra­tion. C’est avec Trevor Nunn, met­teur en scène de Cats et auteur du texte défini­tif de « Mem­o­ry », que Lloyd Web­ber ten­tera de met­tre sur pied une pre­mière ver­sion de Aspects. Celle-ci est présen­tée, en 1983, au fes­ti­val de Syd­mon­ton, man­i­fes­ta­tion super­visée par Lloyd Web­ber, mais le com­pos­i­teur se mon­tre peu sat­is­fait du résul­tat. Il aban­donne une sec­onde fois le pro­jet. Quelques années plus tard, Il recy­clera néan­moins cer­taines des mélodies com­posées pour l’oc­ca­sion dans The Phan­tom Of The Opera (l’une d’en­tre elle, en par­ti­c­uli­er, don­nera « Music Of The Night »).

C’est pré­cisé­ment après le tri­om­phe de Phan­tom, créé à Lon­dres en 1986, que Lloyd Web­ber ressort Aspects Of Love de ses tiroirs. A cette époque, il vient d’align­er trois énormes suc­cès (Cats, Starlight Express, Phan­tom) et souhaite, à présent, s’at­tel­er à la pré­pa­ra­tion d’un spec­ta­cle plus intimiste. Le roman de David Gar­nett sem­ble être le matéri­au idéal. Le com­pos­i­teur se met donc au tra­vail avec Don Black, paroli­er de Tell Me On A Sun­day du même Lloyd Web­ber et auteur de quelques uns des plus célèbres génériques de la série des « James Bond », et Charles Hart, jeune poète qui vient de sign­er les lyrics de Phan­tom. En juil­let 1988 a lieu à Syd­mon­ton un nou­veau show­case d’Aspects. A la sur­prise générale, c’est tou­jours Trevor Nunn, dont les lyrics ini­ti­aux ont été écartés et dont le tra­vail de mise en scène sur Starlight Express a été publique­ment cri­tiqué par Lloyd Web­ber, qui met en scène cette nou­velle présen­ta­tion. Inter­prète du rôle d’Alex, Michael Ball, jeune comé­di­en-chanteur anglais qui s’est fait con­naître en créant celui de Mar­ius dans Les Mis­érables de Bou­blil et Shön­berg et qui a repris, en deux­ième dis­tri­b­u­tion, celui de Raoul dans Phan­tom Of The Opera, a l’hon­neur de chanter le tube du spec­ta­cle, « Love Changes Every­thing », qui attein­dra la deux­ième place aux charts anglais et fera de lui une star nationale.

Le show­case est un suc­cès et Aspects entre en pro­duc­tion. Trevor Nunn engage Maria Björn­son (Phan­tom) pour le décor et Gillian Lyne (Cats, Phan­tom) pour la choré­gra­phie. Aux côtés de Michael Ball, on trou­vera Diana Mor­ris­son, égale­ment présente à Syd­mon­ton. Cette dernière voit son rôle de Jen­ny, qu’elle inter­pré­tait dans son inté­gral­ité, coupé en deux. Elle sera l’ado­les­cente à 15 ans tan­dis que Zoé Hart (la pre­mière Cosette enfant des Mis­érables) l’in­car­n­era à 12 ans. Pour Rose, on par­le de Sarah Bright­man et de Ute Lem­per. Mais, depuis la créa­tion de Phan­tom à Broad­way, une clause lie Andrew Lloyd Web­ber à l’équity améri­caine. Pour avoir le droit de con­fi­er le rôle de Chris­tine à une anglaise incon­nue, en l’oc­curence son épouse Sarah Bright­man, au sein de la troupe améri­caine, le com­pos­i­teur a promis d’en­gager une inter­prète améri­caine et incon­nue pour son spec­ta­cle suiv­ant en Angleterre. Il se tourne donc vers Ann Crumb, vue dans la troupe orig­i­nale des Miz à New York et dou­blure de Judy Kuhn dans la ver­sion améri­caine de Chess. Au hasard de ses recherch­es, il trou­vera égale­ment aux Etats-Unis sa Giuli­et­ta: Kath­leen Rowe Mc Allen. Pour George, Lloyd Web­ber pense avoir trou­vé l’ac­teur idéal en la per­son­ne de Roger Moore. A 61 ans, l’ex James Bond n’a jamais chan­té une note de sa vie mais accepte, néan­moins, de relever le défi. Après plusieurs semaines de répéti­tions, Moore déclare for­fait à temps, selon ses dires, pour que la pro­duc­tion puisse lui trou­ver un rem­plaçant plus adéquat. C’est sa dou­blure, Kevin Col­son, tout juste sor­ti de Chess à Lon­dres et créa­teur du rôle de Clif­ford Brad­shaw dans la ver­sion anglaise orig­i­nale du Cabaret de Kan­der et Ebb, qui entr­era dans le cos­tume de George.

Après une série chao­tique de pre­views et un rac­cour­cisse­ment con­séquent du spec­ta­cle (trois quarts d’heure env­i­ron), Aspects of love ouvre ses portes le 17 avril 1989 devant un pub­lic ent­hou­si­aste qui grat­i­fie la troupe d’une « stand­ing ova­tion » de trois min­utes. Une fois n’est pas cou­tume, les cri­tiques sont plutôt pos­i­tives cer­taines allant jusqu’à par­ler d’ « oeu­vre de la matu­rité » pour Lloyd Web­ber. Mais, en dépit de réser­va­tions boost­ées par l’énorme suc­cès de Phan­tom Of The Opera, le show ne tien­dra l’af­fiche que trois ans. C’est assez pour rentabilis­er le coût du spec­ta­cle, moins lourd que les précé­dents, mais trop peu pour que la rumeur du déclin d’An­drew Lloyd Web­ber ne s’emballe rapi­de­ment. Le sort du spec­ta­cle à Broad­way con­fortera les détracteurs de Lloyd Web­ber et ceux qui pensent que le com­pos­i­teur a per­du son savoir faire. Très mal accueil­li par la presse améri­caine et en par­ti­c­uli­er par Franck Rich du New York Time qui fait la pluie et le beau temps à New York, Aspects, qui reprend une bonne par­tie de la dis­tri­b­u­tion de Lon­dres, ne trou­ve pas son pub­lic. Moins d’un an après la pre­mière, et en dépit de la présence de Sarah Bright­man, dev­enue star depuis Phan­tom et venue ren­forcer la troupe en fin de par­cours, le spec­ta­cle ferme ses portes.

Le savoir-faire de Lloyd Web­ber n’est pas à remet­tre en cause, en tous cas pas dans le cas présent. Moins grandiose et spec­tac­u­laire que Phan­tom ou Sun­set Boule­vard, Aspects Of Love n’en demeure pas moins une oeu­vre superbe qui assume pleine­ment, à tra­vers quelques mélodies absol­u­ment ravis­santes telles que « See­ing Is Believ­ing » ou « The First Man You Remem­ber », le car­ac­tère assez léger et super­fi­ciel de ce mari­vaudage. Lloyd Web­ber a voulu ce spec­ta­cle plus intimiste. Il l’est. Dépourvu de gros effets visuels comme on en voit dans les block­busters anglais de l’époque (le chan­de­lier dans Phan­tom, l’héli­cop­tère dans Miss Saï­gon, les bar­ri­cades dans Les Miz), et de sit­u­a­tions aus­si uni­verselles que celles dévelop­pées dans les­dits spec­ta­cles (la pas­sion d’une bête pour une belle, une his­toire d’amour inter­ra­ciale sur fond de guerre, la rédemp­tion d’un homme en pleine révo­lu­tion), Aspects ne pos­sède pas les attraits qui, sur la longueur, ont per­mis aux autres shows d’ameuter un pub­lic international.

Deux nou­velles mis­es en scène de Aspects Of Love par­tiront en tournée avec un cer­tain suc­cès. La pre­mière, dirigée par Robin Phillips sil­lon­era les Etats Unis tan­dis que la sec­onde, mise en scène par Gale Edwards, par­cour­era l’An­gleterre après une courte escale à Londres.

Ver­sion de référence
Aspects Of Love — Orig­i­nal Lon­don Cast
Avec Ann Crumb, Michael Ball, Kevin Col­son, Kath­leen Rowe Mc Allen, Paul Bent­ley, Diana Mor­ris­son (qui inter­prète ici inté­grale­ment le rôle de Jenny)
Il s’ag­it du seul enreg­istrement « offi­ciel » du spec­ta­cle. Réal­isé au début des représen­ta­tions, il ne con­tient donc pas les nom­breuses mod­i­fi­ca­tions faites, depuis, sur la par­ti­tion et sur le livret. Ce détail mis à part, le disque, porté par la qual­ité de ses inter­prètes, est magnifique.