
Ashley Haussman, comment êtes-vous devenue directrice de casting ?
J’ai commencé par une carrière de danseuse à Paris, puis, je me suis intéressée à ce qui se passait de l’autre côté. J’ai fait des études de cinéma et travaillé pour une salle qui était louée pour des castings. De fil en aiguille, j’ai travaillé comme assistante d’une directrice de casting. Puis, j’ai eu envie de me lancer. Cela a été long au départ : il faut trouver les clients, se faire un nom… les choses se sont mises en place petit à petit.
Vous vous êtes spécialisée dans le théâtre musical au fil des années. Comment s’est faite cette orientation ?
Venant du monde de la danse, j’avais une prédilection particulière pour les auditions qui me ramenaient à cet univers. J’avais du plaisir à retrouver cette ambiance. Je pense que je me suis particulièrement donnée et du coup, je me suis retrouvée fréquemment sur ces types de projets.
Quelles sont les qualités nécessaires à un directeur de casting ?
Tout d’abord, il est très important d’être extrêmement organisé. Le directeur de casting a toute la logistique à mettre en place pour l’équipe créative. Il faut aussi avoir beaucoup d’énergie, savoir rester positif dans les moments difficiles, avoir de la patience. Il faut avoir une bonne mémoire des têtes, savoir enregistrer les bons comme les mauvais souvenirs. Enfin, il faut savoir garder une certaine distance, tout en restant humain. Bien sûr, on aimerait que tout le monde ait une chance de travailler mais ce n’est pas possible et on ne peut pas toujours tout prendre sur nos épaules.
Quels sont les conseils que vous donneriez à des artistes qui passent une audition ? Quelles sont les choses à faire et ne pas faire ?
Ce qui me semble très important, c’est d’arriver à une audition avec toute la confiance possible qu’on peut avoir en soi. Ensuite, il ne faut pas chercher à jouer un personnage, mais il faut garder sa personnalité. Certains artistes arrivent en jouant déjà un rôle, mais c’est leur propre personnalité qu’on a envie de voir, pas leur vision du personnage : il faut laisser ça au metteur en scène. C’est pareil pour l’aspect vestimentaire. Ils doivent se mettre en valeur eux-mêmes et non pas chercher à ressembler déjà au personnage. Ensuite, durant l’audition, ils doivent suivre les indications du metteur en scène, montrer qu’ils sont à l’écoute.
Pouvez-vous nous parler des auditions de Cabaret ?
Nous avons reçu 3.000 candidatures et cela a été très difficile de faire un choix. Nous avons vu 400 personnes lors du premier tour. Nous avons trouvé des pistes, précisé certaines choses pour des rôles mais nous allons néanmoins faire une deuxième série d’auditions au mois de mai. Nous allons voir moins de gens car nous ne cherchons pas tous les rôles. Nous allons aussi revoir certaines personnes, travailler un peu plus avec elles.
Y‑a-t-il des rôles plus difficiles à distribuer que d’autres ?
Bien sûr, le MC (Maître de Cérémonie) est un rôle très difficile à distribuer car il est à la fois très défini et pas défini ! En fait, à chaque création du spectacle, on s’est rendu compte que chaque comédien qui jouait le MC a apporté énormément de sa propre personnalité au rôle, mais c’est au moment où il le joue qu’on s’en rend vraiment compte. Quant à Sally Bowles, c’est une femme très particulière, fragile, avec un passé qui est contre elle… et elle doit porter le spectacle !
A propos des artistes que vous avez vus, quelle est votre impression générale après cette série d’auditions ?
Il y a beaucoup de talents en France : des artistes qui savent chanter, danser et jouer mais qui n’ont pas forcément eu l’opportunité d’exploiter ces trois disciplines en même temps. Il est donc parfois difficile de trouver des artistes polyvalents de façon aussi forte dans ces trois domaines… mais ils sont là, il faut juste les trouver ! Il y a de bonnes surprises. Et il y a de plus en plus d’artistes qui veulent faire du théâtre musical et qui ont conscience de l’importance de travailler dans ces trois disciplines.