Ashley Haussman — Dans les coulisses de Cabaret

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Ashley Haussman © Stéphane Kerrad
Ash­ley Hauss­man © Stéphane Kerrad

Ash­ley Hauss­man, com­ment êtes-vous dev­enue direc­trice de casting ?
J’ai com­mencé par une car­rière de danseuse à Paris, puis, je me suis intéressée à ce qui se pas­sait de l’autre côté. J’ai fait des études de ciné­ma et tra­vail­lé pour une salle qui était louée pour des cast­ings. De fil en aigu­ille, j’ai tra­vail­lé comme assis­tante d’une direc­trice de cast­ing. Puis, j’ai eu envie de me lancer. Cela a été long au départ : il faut trou­ver les clients, se faire un nom… les choses se sont mis­es en place petit à petit.

Vous vous êtes spé­cial­isée dans le théâtre musi­cal au fil des années. Com­ment s’est faite cette orientation ?
Venant du monde de la danse, j’avais une prédilec­tion par­ti­c­ulière pour les audi­tions qui me rame­naient à cet univers. J’avais du plaisir à retrou­ver cette ambiance. Je pense que je me suis par­ti­c­ulière­ment don­née et du coup, je me suis retrou­vée fréquem­ment sur ces types de projets.

Quelles sont les qual­ités néces­saires à un directeur de casting ?
Tout d’abord, il est très impor­tant d’être extrême­ment organ­isé. Le directeur de cast­ing a toute la logis­tique à met­tre en place pour l’équipe créa­tive. Il faut aus­si avoir beau­coup d’én­ergie, savoir rester posi­tif dans les moments dif­fi­ciles, avoir de la patience. Il faut avoir une bonne mémoire des têtes, savoir enreg­istr­er les bons comme les mau­vais sou­venirs. Enfin, il faut savoir garder une cer­taine dis­tance, tout en restant humain. Bien sûr, on aimerait que tout le monde ait une chance de tra­vailler mais ce n’est pas pos­si­ble et on ne peut pas tou­jours tout pren­dre sur nos épaules.

Quels sont les con­seils que vous don­ner­iez à des artistes qui passent une audi­tion ? Quelles sont les choses à faire et ne pas faire ?
Ce qui me sem­ble très impor­tant, c’est d’ar­riv­er à une audi­tion avec toute la con­fi­ance pos­si­ble qu’on peut avoir en soi. Ensuite, il ne faut pas chercher à jouer un per­son­nage, mais il faut garder sa per­son­nal­ité. Cer­tains artistes arrivent en jouant déjà un rôle, mais c’est leur pro­pre per­son­nal­ité qu’on a envie de voir, pas leur vision du per­son­nage : il faut laiss­er ça au met­teur en scène. C’est pareil pour l’aspect ves­ti­men­taire. Ils doivent se met­tre en valeur eux-mêmes et non pas chercher à ressem­bler déjà au per­son­nage. Ensuite, durant l’au­di­tion, ils doivent suiv­re les indi­ca­tions du met­teur en scène, mon­tr­er qu’ils sont à l’écoute.

Pou­vez-vous nous par­ler des audi­tions de Cabaret ?
Nous avons reçu 3.000 can­di­da­tures et cela a été très dif­fi­cile de faire un choix. Nous avons vu 400 per­son­nes lors du pre­mier tour. Nous avons trou­vé des pistes, pré­cisé cer­taines choses pour des rôles mais nous allons néan­moins faire une deux­ième série d’au­di­tions au mois de mai. Nous allons voir moins de gens car nous ne cher­chons pas tous les rôles. Nous allons aus­si revoir cer­taines per­son­nes, tra­vailler un peu plus avec elles.

Y‑a-t-il des rôles plus dif­fi­ciles à dis­tribuer que d’autres ?
Bien sûr, le MC (Maître de Céré­monie) est un rôle très dif­fi­cile à dis­tribuer car il est à la fois très défi­ni et pas défi­ni ! En fait, à chaque créa­tion du spec­ta­cle, on s’est ren­du compte que chaque comé­di­en qui jouait le MC a apporté énor­mé­ment de sa pro­pre per­son­nal­ité au rôle, mais c’est au moment où il le joue qu’on s’en rend vrai­ment compte. Quant à Sal­ly Bowles, c’est une femme très par­ti­c­ulière, frag­ile, avec un passé qui est con­tre elle… et elle doit porter le spectacle !

A pro­pos des artistes que vous avez vus, quelle est votre impres­sion générale après cette série d’auditions ?
Il y a beau­coup de tal­ents en France : des artistes qui savent chanter, danser et jouer mais qui n’ont pas for­cé­ment eu l’op­por­tu­nité d’ex­ploiter ces trois dis­ci­plines en même temps. Il est donc par­fois dif­fi­cile de trou­ver des artistes poly­va­lents de façon aus­si forte dans ces trois domaines… mais ils sont là, il faut juste les trou­ver ! Il y a de bonnes sur­pris­es. Et il y a de plus en plus d’artistes qui veu­lent faire du théâtre musi­cal et qui ont con­science de l’im­por­tance de tra­vailler dans ces trois disciplines.