Andrew Lloyd Webber — Superstar !

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Sir Andrew Lloyd Webber ©DR
Sir Andrew Lloyd Webber ©DR
Sir Andrew Lloyd Web­ber ©DR

Après une jeunesse baig­nant dans la musique clas­sique (père com­pos­i­teur, mère pro­fesseur de piano et un frère vio­lon­cel­liste doué), Sir Andrew Lloyd Web­ber — car il faut bien appel­er ain­si depuis que la reine d’An­gleterre l’a anobli — fait ses pre­mières armes avec Joseph and the Amaz­ing Tech­ni­col­or Dream­coat en 1968. Déjà, la fan­taisie et l’au­dace du com­pos­i­teur et de son pre­mier paroli­er de prédilec­tion Tim Rice transparais­sent dans le titre (intri­g­ant et séduisant), les thèmes et le traite­ment. Mais c’est avec son oeu­vre suiv­ante, Jesus Christ Super­star, en 1971, qu’il ren­con­tre son pre­mier suc­cès inter­na­tion­al. L’opéra-rock a trou­vé en ce Jésus com­plexe et inat­ten­du, proche du pub­lic, son titre fondateur.

Ce début de car­rière toni­tru­ant con­tin­ue avec le con­cept-album Evi­ta (1976) qui mar­que aus­si la fin de sa col­lab­o­ra­tion avec Tim Rice . La chan­son « Don’t Cry for Me Argenti­na » cara­cole en tête des hit-parades. Elle cristallise toute la sci­ence de Lloyd Web­ber, capa­ble de com­pos­er une mélodie d’une beauté suf­fo­cante, qua­si opéra­tique et pour­tant aisée à écouter, sur des paroles mor­dantes et effi­caces. Bril­lam­ment adap­té à la scène par le génial Harold Prince en 1978 à Lon­dres et l’an­née suiv­ante à Broad­way, Evi­ta béné­fi­cie d’une héroïne aus­si riche et ambiguë que l’é­taient Joseph et Jésus.

Après l’Opéra-Rock, le Méga-Musical 
La créa­tion de Cats en 1981 appa­raît comme un événe­ment de pre­mier ordre qui revi­talise la scène anglaise, alors mal en point. Cats est bâti sur une for­mule : une troupe de chats (des artistes grimés) évolue sur la scène et le pub­lic suit leurs péré­gri­na­tions. Le spec­ta­cle rem­porte un immense suc­cès, jamais démen­ti jusqu’à main­tenant. Les mélodies, comme  » Mem­o­ry « , sont irré­sistibles. Quant à la mise en scène astu­cieuse et spec­tac­u­laire, elle décline à très grande échelle un monde de fan­taisie et de couleurs qu’on ne con­nais­sait pas dans les spec­ta­cles passés. On est entré dans l’ère du Méga-Musi­cal, spec­ta­cle à gros bud­get plus proche d’Hol­ly­wood que du théâtre traditionnel.

La décen­nie 80 con­tin­ue sur son chemin tri­om­phal avec Song and Dance et Starlight Express, un spec­ta­cle inter­prété sur rollers ! Elle cul­mine lors des retrou­vailles avec Harold Prince en 1986 pour le lyrique et fab­uleux Phan­tom of the Opera. Les chan­sons en sont pop­u­lar­isées par Bar­bra Streisand, con­ver­tie au com­pos­i­teur depuis « Mem­o­ry ». Avec ses mélodies riche­ment dévelop­pées, Phan­tom lorgne vers l’opéra roman­tique dont il utilise les plus effi­caces procédés pour le plus grand bon­heur du pub­lic. A l’im­age du héros fan­tôme, le com­pos­i­teur fait fon­dre les foules avec sa musique.

Dif­fi­ciles années 90 
Au som­met de son art, Andrew Lloyd Web­ber ren­con­tre ses pre­mières dif­fi­cultés : Aspects of Love (1989) déçoit. Puis, le coû­teux Sun­set Boule­vard (1992), inspiré du film homonyme de Bil­ly Wilder, ne ren­tre pas dans ses fonds, mal­gré la pub­lic­ité faite à ses chan­sons phares par Bar­bra Streisand. Le com­pos­i­teur n’a rien per­du de son inspi­ra­tion mélodique, intacte. C’est plutôt l’écrin qui abrite ces joy­aux qui pose prob­lème aux vrais ama­teurs de théâtre. Ces derniers veu­lent l’ivresse, mais avec du sens. Depuis la rup­ture avec Tim Rice, les livrets se sont sim­pli­fiés pour ne pas dire affaib­lis. Ils restent au pre­mier degré, là où Rice intro­dui­sait la touche d’am­biguïté qui rendait l’ex­pres­sion plus mature. La musique qui mêle si habile­ment la séduc­tion de l’opéra, de la pop-rock et du théâtre musi­cal pour plaire, réclame un libret­tiste à la hauteur.

En 1992, Lloyd Web­ber est choisi pour com­pos­er la chan­son offi­cielle des Jeux Olympiques, « Ami­gos para siem­pre (Friends for Life) », inter­prétée par José Car­reras et Sarah Bright­man. Tan­dis qu’on par­le depuis plusieurs années d’une adap­ta­tion de Cats en dessin ani­mé (pro­duit par Spiel­berg), c’est en fait Evi­ta qui est adap­té à l’écran, avec Madon­na dans le rôle prin­ci­pal. Tim Rice a pour l’oc­ca­sion accep­té d’écrire une nou­velle chan­son, « You Must Love Me », mais ces retrou­vailles restent sans lende­main. De plus, le com­pos­i­teur tra­verse une pro­fonde crise artis­tique et financière.

Whis­tle Down the Wind 
Whis­tle Down the Wind, mis en scène par Harold Prince, ouvre laborieuse­ment en Amérique (à Wash­ing­ton) en 1996. Une sec­onde ver­sion ouvre à Lon­dres deux ans plus tard, sans grand éclat cri­tique même si le pub­lic a l’air à nou­veau au ren­dez-vous. Para­doxale­ment, ce sont les suc­cès antérieurs d’An­drew Lloyd Web­ber qui tien­nent tou­jours l’af­fiche depuis tant d’an­nées à Lon­dres et à Broad­way (Cats, Phan­tom of the Opera) qui font le plus d’om­bre à ses spec­ta­cles plus récents. Il n’y a aucun doute cepen­dant que les dif­fi­cultés sont pas­sagères, et vite sur­mon­tées. Dès 1998, il ini­tialise avec Cats la paru­tion en vidéo de ses spec­ta­cles, et le pub­lic suit. La fin de l’an­née 2000 voit la créa­tion sur scène de The Beau­ti­ful Game, à pro­pos de jeunes gens pas­sion­nés de foot­ball dans une Irlande malade d’in­tolérance. The Beau­ti­ful Game vient rejoin­dre le nom­bre impres­sion­nant de ses spec­ta­cles tou­jours présents simul­tané­ment dans les salles de théâtre.
Sa dernière créa­tion, en sep­tem­bre 2004, est The Woman in White, sur un livret de Char­lotte Jones et des lyrics de David Zip­pel, d’après le roman éponyme de Wilkie Collins. Cette comédie musi­cale signe le retour de Michael Craw­ford sur les planches.
Andrew Lloyd Web­ber se main­tient sur les cîmes du suc­cès à nul autre acces­si­ble. Et il reste le com­pos­i­teur des chan­sons les plus entê­tantes et les plus séduisantes du réper­toire récent du théâtre musi­cal, avec une car­rière loin d’être achevée.

Les oeu­vres d’An­drew LLoyd Webber
1968 — Joseph and the Amaz­ing Tech­ni­col­or Dream­coat (2e ver­sion en 1972). Paroles de Tim Rice.
1971 — Jesus Christ Super­star. Paroles de Tim Rice.
1974 — By Jeeves (2e ver­sion en 1996). Paroles de Alan Ayckbourn.
1976 — Evi­ta (1976 en con­cept album, 1978 sur scène). Paroles de Tim Rice.
1981 — Cats. Paroles de Trevor Nunn d’après T.S. Eliot.
1982 — Song and Dance. Paroles de Don Black.
1984 — Starlight Express (2e ver­sion en 1993). Paroles de Richard Stilgoe.
1986 — Phan­tom of the Opera. Paroles de Charles Hart, lyrics addi­tion­nels de Richard Stilgoe.
1989 — Aspects of Love. Paroles de Don Black et Charles Hart.
1992 — Sun­set Boule­vard (1992). Paroles de Don Black et Christo­pher Hamp­ton, con­tri­bu­tions de Amy Powers.
1996 — Whis­tle Down the Wind (2e ver­sion en 1998). Paroles de Jim Steinman.
2000 — The Beau­ti­ful Game, paroles de Ben Elton.
2004 — The Woman in White, paroles de David Zippel