Amélie Munier — Une Rizzo au top !

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Amélie Munier dans le rôle de Rizzo ©DR
Amélie Munier dans le rôle de Rizzo ©DR
Amélie Munier dans le rôle de Riz­zo ©DR

Amélie, com­ment êtes-vous arrivée à la comédie musicale ?
J’ai une for­ma­tion de danseuse clas­sique à la base, donc rien à voir avec la comédie musi­cale. J’ai tout arrêté à 18 ans pour me con­sacr­er à mes études. En 1999, alors que j’é­tais en plein exa­m­en de licence d’his­toire à la Sor­bonne, ma meilleure amie me par­le d’une audi­tion, me dit qu’il faut absol­u­ment que je la passe et m’y emmène de force ! Moi qui n’avais encore jamais fait de spec­ta­cle pro­fes­sion­nel, je me suis retrou­vée à audi­tion­ner aux Folies Bergère pour la comédie musi­cale Sept filles pour sept garçons. Pour la danse, je n’ai pas eu trop de dif­fi­culté, cela cor­re­spondait à ce que je savais faire. Par con­tre, le lende­main, il fal­lait venir avec la par­ti­tion d’une chan­son de notre choix. Je chan­tais juste comme ça sous ma douche. J’ai dû me pro­cur­er en cat­a­stro­phe la par­ti­tion de « Elle voulait jouer Cabaret » de Patri­cia Kaas, chan­son que je maîtri­sais à peu près. C’est comme ça que tout a com­mencé. Jouer dans Sept filles pour sept garçons a été la révéla­tion, je me suis dit que c’é­tait ça que je voulais faire et rien d’autre. J’ai arrêté mes études.

Vous par­lez de Sept filles pour sept garçons, votre pre­mière comédie musi­cale, avec beau­coup d’enthousiasme…
J’en garde un sou­venir extra­or­di­naire. C’é­tait vrai­ment la comédie musi­cale dans toute sa splen­deur avec de vrais per­son­nages, de la danse, du chant, de la comédie et, comme Grease, c’é­tait un spec­ta­cle de bonne humeur, pas sérieux une minute, mais avec un beau livret, une musique superbe, une très belle pro­duc­tion avec des cos­tumes et des décors à tomber. Mal­heureuse­ment, ça n’a pas duré assez longtemps. Après j’ai mis les bouchées dou­bles pour com­pléter ma for­ma­tion : cours de chant, de danse jazz, de cla­que­ttes, de théâtre. J’avais un emploi du temps de min­istre. En même temps, j’ai eu la chance d’avoir tou­jours du tra­vail. J’ai con­tin­ué à jouer dans des petits spec­ta­cles, des petites comédies musicales.

Quelques années plus tard, vous vous retrou­vez à Lon­dres, ce qui est par­ti­c­ulière­ment rare pour une artiste française. Racon­tez-nous com­ment cela s’est passé…
Un jour, une amie m’en­voie l’an­nonce de cast­ing pour Chica­go au Casi­no de Paris. J’ai passé l’au­di­tion et obtenu le rôle de June. Une équipe anglo-sax­onne est venue pour nous faire tra­vailler et nous imbri­quer dans le cast québé­cois. Une jeune femme de cette équipe, qui tra­vail­lait aus­si pour des pro­duc­tions en Angleterre, m’a demandé mon CV et m’a dit que si elle avait des audi­tions à Lon­dres elle me con­tac­terait. Je n’y croy­ais pas trop mais elle m’a bien appelée pour le dernier tour de l’au­di­tion de Chica­go à Lon­dres alors qu’on jouait tou­jours Chica­go à Paris. Je suis allée pass­er l’au­di­tion, j’ai retrou­vé l’équipe améri­caine qui nous avait castés à Paris et ils m’ont pro­posé le con­trat pour le rôle de Hun­yak dans la tournée anglaise. Je suis par­tie un an en tournée, j’ai trou­vé un agent sur place, puisque là-bas c’est indis­pens­able pour pou­voir s’en sor­tir et accéder aux cast­ings. Après, j’ai fait la tournée de Cats pen­dant un an, puis Cabaret, dans le rôle de Frenchy, à Lon­dres et à nou­veau Chica­go à Londres.

Com­ment avez-vous vécu cette expéri­ence anglaise et qu’en avez-vous retiré ?
Ca m’a démythi­fié un peu la comédie musi­cale anglo-sax­onne ! Là-bas, c’est avant tout un busi­ness. Ils mon­tent un spec­ta­cle pour qu’il reste des années à l’af­fiche et le rentabilis­er au max­i­mum. Du coup, quand on signe un con­trat, c’est pour un an et huit shows par semaine. Ce n’est pas très bien payé mais c’est une garantie de tra­vail pour un an, ce qui est rare en France dans notre méti­er. Beau­coup de rigueur dans le tra­vail, une très bonne organ­i­sa­tion, une prise en charge totale, de ce côté-là c’est plutôt très agréable. Le côté moins agréable, c’est de ne pas pou­voir faire évoluer un per­son­nage, c’est très cadré, on n’a pas le droit de chang­er une res­pi­ra­tion. Et puis ce qui m’a choquée en Angleterre, c’est d’en­ten­dre mes col­lègues par­ler de leur con­trat unique­ment comme d’un job. On ne ressent pas chez eux la pas­sion artis­tique. Mais c’est vrai que le rythme est telle­ment intense qu’on a par­fois un peu le sen­ti­ment d’être à l’u­sine, il manque un peu de flamme et d’en­vie. C’est cha­cun pour soi, il n’y a pas cette ambiance de troupe comme on peut l’avoir sur Grease et en France en général. Ce qui est sûr, c’est que cette expéri­ence de qua­tre ans en Angleterre m’a fait grandir et m’a endurcie.

Auriez-vous aimé rester plus longtemps en Angleterre ?
C’est com­plète­ment un choix de ma part d’être ren­trée en France. D’abord parce que le rythme me pesait un peu, que juste­ment la néga­tion de l’artiste à cer­tains moments me pesait aus­si beau­coup. Et comme je suis française et que j’ai un petit accent, j’ai vu que je ne pour­rais pas obtenir de rôles plus impor­tants. Pour que ma car­rière prenne un autre tour­nant, il fal­lait que je ren­tre en France.

Et Grease est arrivé rapidement ?
Oui j’ai eu beau­coup de chance. Je suis rev­enue début avril et Serge Tapier­man m’a appelée peu de temps après. J’avais déjà audi­tion­né pour lui un petit nom­bre de fois, mais j’é­tais tou­jours en Angleterre. Je n’avais pas coupé les ponts avec Paris, je reve­nais régulière­ment pour des audi­tions même si je préve­nais que je n’é­tais pas disponible dans l’im­mé­di­at, mais c’é­tait surtout pour qu’on me voie. Dans ce méti­er, on se fait oubli­er très vite. Quand Serge a su que j’é­tais ren­trée à Paris, il m’a pro­posé le rôle de Riz­zo dans Grease. J’é­tais très heureuse. Après qua­tre ans de spec­ta­cles sérieux en Angleterre, j’avais besoin de rire et de légèreté. Grease me fait du bien. J’adore l’époque et les musiques.

Vous avez l’air de pren­dre beau­coup de plaisir dans votre rôle de Rizzo…
Absol­u­ment. Ce rôle de Riz­zo est un vrai cadeau. Je me sens assez proche de son côté ‘j’ai l’air forte parce que la vie n’est pas facile et qu’il faut se bat­tre mais ça n’empêche pas que je peux être frag­ile même si je ne le mon­tre pas’. En revanche, je n’ai pas du tout son côté chef de bande, grande gueule qui mène tout le monde à la baguette mais c’est très drôle à jouer.

Pour vous, quels sont les moments et les points forts du spectacle ?
Je n’ai pas de moment préféré, à tous les moments où je suis sur scène je prends un plaisir fou. Ce que je trou­ve super c’est que cha­cun est par­faite­ment bien dans son rôle. Tout le monde se donne à 100 %. Vocale­ment, le niveau est plutôt excel­lent, dès qu’une chan­son démarre, c’est du bon­heur pour les oreilles d’au­tant plus qu’on est mer­veilleuse­ment bien accom­pa­g­nés par Franck Sit­bon et ses musi­ciens. Je dirais que le meilleur moment c’est quand on a fait un bon spec­ta­cle et qu’on voit les gens applaudir avec le sourire. Grease, c’est un spec­ta­cle qui respire la bonne humeur. Par les temps qui courent, ça fait du bien ; c’est aus­si le rôle de l’artiste de don­ner du plaisir.

Avez-vous déjà d’autres projets ?
Pas pour le moment. J’ai surtout des envies. De la comédie musi­cale tou­jours parce que je pense que ce sera quelque chose qui ne me quit­tera pas. Je suis intéressée aus­si par toute forme d’ex­pres­sion : musique, théâtre, ciné­ma. Tout m’a­muse et je pense que dans ce méti­er c’est beau­coup de tra­vail mais il faut aus­si s’amuser.

Et retourn­er à Londres ?
Je serais prête à y retourn­er s’il y a une évo­lu­tion dans ce qu’on me pro­pose, mais pas pour refaire ce que j’ai déjà fait. Par exem­ple, je rêverais de jouer Epo­nine dans Les Mis­érables. Comme c’est un rôle entière­ment chan­té, mon accent ne poserait pas de prob­lème puisque je n’en ai pas quand je chante !