Alexandre Bonstein — Drôle de Créature !

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Alexandre Bonstein ©DR
Alexandre Bonstein ©DR
Alexan­dre Bon­stein ©DR

Avez-vous tou­jours été attiré par la comédie musicale ?
A dix ans j’ai été très remué par le film That’s Enter­tain­ment, ça m’a passé après quelques années. En 1979, j’ai vu Hair, le film, nou­velle réve­la­tion. Je ne me suis pas dit pour autant « Je veux faire de la comédie musi­cale ». Mais dès le moment où je me suis ren­du compte qu’après avoir com­mencé le théâtre et le chant, je pou­vais faire quelque chose avec ma voix, ce qui était un « essai de car­rière » est devenu une pas­sion. Main­tenant, j’au­rais du mal à envis­ager le chant sans le théâtre et le théâtre sans le chant.

Vous avez tra­vail­lé sur des spec­ta­cles musi­caux très dif­férents. J’au­rais aimé savoir quelle fut votre expéri­ence sur cer­tains d’en­tre eux, comme Cats en 1989 ou Zazou en 1990… 
Cats a été une expéri­ence assez dure mais ça reste un bon sou­venir, surtout grâce aux gens que j’ai ren­con­trés. C’é­tait stim­u­lant, il y avait un très bon niveau et je crois que j’ai appris quelque chose en le faisant. Mais ça a été dur parce que j’é­tais dou­blure et c’est tou­jours frus­trant de ne jamais attein­dre un niveau sat­is­faisant parce que je ne pou­vais pas être chaque soir sur scène dans le même rôle.
Zazou, en revanche, a été une ambiance de grande famille, vrai­ment chaleureuse. Je n’ai à peu près que des choses bonnes à dire de cette expéri­ence. On n’avait pas l’im­pres­sion que les gens jouaient des coudes pour arriv­er à faire quelque chose mais plutôt qu’ils tra­vail­laient ensem­ble pour don­ner quelque chose au public.

Puis vint l’époque des Mis­érables à Mogador, en 1991 et, plus tard, de Mayflower
J’é­tais un peu frus­tré au début des Mis­érables parce que, à nou­veau, j’é­tais « swing », c’est à dire que je rem­plaçais tous les petits rôles mas­culins plus Mar­ius. Mais, ça a été très for­ma­teur. On tra­vail­lait telle­ment de rôles qu’on ne s’en­nuyait jamais. Ca sauve­g­ar­dait l’én­ergie et la motivation.
Dans Mayflower, il y avait une chan­son (« Les Temps Mod­ernes » ) que j’adore chanter. Quant au tra­vail avec Rhe­da, ses choré­gra­phies sont géniales à danser. Il est très exigeant, le revers de la médaille, c’est que sou­vent, en danse, on tra­vaille dans la douleur, dans une ambiance autori­taire qui ne me con­vient pas. Mais j’ai été très con­tent d’avoir fait ce spectacle.

Enfin, l’an dernier, vous avez joué dans Hair à Mogador.
C’é­tait une belle ren­con­tre avec plein de gens qui me sont chers main­tenant. C’est mon spec­ta­cle musi­cal préféré par­mi ceux qui sont très con­nus. J’adore la musique. Quand je regarde, le film, même s’il est un peu daté, chaque fois j’ai les larmes aux yeux. C’est un thème qui me tient à coeur. Mal­heureuse­ment, lors la dernière pro­duc­tion de Mogador, on avait trop de bâtons dans les roues pour pou­voir faire autre chose que quelque chose de frus­trant artis­tique­ment. Mais c’é­tait une très bonne équipe.

Par­mi vos pro­jets plus per­son­nels, vous avez écrit le livret, les lyrics et cer­taines musiques d’une comédie musi­cale inti­t­ulée Créa­tures. Pou­vez-vous nous en parler ?
Ca fai­sait longtemps que j’avais envie de voir en France se mon­ter des spec­ta­cles qui don­nent autant d’im­por­tance au théâtre qu’au chant, au niveau de la con­struc­tion. J’ai sou­vent l’im­pres­sion que la comédie musi­cale a mau­vaise presse ici et ne ren­con­tre pas un pub­lic de théâtre. C’est vrai qu’à chaque fois, ça coûte cher et que les enjeux com­mer­ci­aux sont telle­ment impor­tants qu’on essaie de vis­er le pub­lic le plus large pos­si­ble. On ne cherche pas autre chose que du diver­tisse­ment pur et sim­ple. Je me suis sou­vent sen­ti frus­tré de m’en­ten­dre dire que la comédie musi­cale était quelque chose de super­fi­ciel et bêbête.
J’ai été motivé par la ren­con­tre avec un musi­cien, com­pos­i­teur de jazz, Lee Mad­de­ford qui m’a pro­posé de tra­vailler avec lui. Et je me suis dit : pourquoi ne pas essay­er de faire une comédie musi­cale à petit bud­get ? J’avais beau­coup aimé Souingue ! de Lau­rent Pel­ly. C’é­tait une forme de comédie musi­cale avec une mise en scène très fine, qui n’é­tait pas une imi­ta­tion améri­caine mais quelque chose de per­son­nel, de français. Je me suis égale­ment lais­sé influ­encer par la nou­velle ten­dance du cirque. C’est pour moi le domaine artis­tique de spec­ta­cle vivant dans lequel la France est vrai­ment en avance.
Avec toutes ces influ­ences, j’ai eu envie d’écrire un spec­ta­cle. Comme j’ai une cer­taine fas­ci­na­tion pour les films d’hor­reur, je me suis dit que ça pou­vait être un thème intéres­sant. Tout en tra­vail­lant avec Lee, je me suis lais­sé aller à faire un spec­ta­cle sur les mon­stres qu’on a à l’in­térieur de nous. Je voulais faire un spec­ta­cle qui soit diver­tis­sant — je trou­ve que l’u­nivers de l’épou­vante est haut en couleurs et est un bon pré­texte à faire un vrai délire théâ­tral et visuel — et en même temps, c’est un thème qui a de la profondeur.

Vous avez présen­té Créa­tures en anglais à New York, l’an dernier. Où en êtes-vous maintenant ?
J’aimerais le mon­ter à Paris et par­al­lèle­ment dans des pays anglo­phones et dans d’autres pays fran­coph­o­nes. Je me suis décou­vert une nou­velle pas­sion. J’ai envie d’écrire et mon­ter des spec­ta­cles qui soient du théâtre musi­cal, avec l’am­bi­tion de faire des spec­ta­cles qui aient un fond sub­stantiel — telles que sont les pièces de Sond­heim — mais avec un musique qui me soit plus proche.

Vous voulez con­tin­uer à écrire et à jouer ?
J’aimerais faire les deux. Je ne tiens pas for­cé­ment à jouer dans mes spec­ta­cles mais jouer dans d’autres, pour moi, c’est impor­tant. Entr­er dans une nou­velle com­pag­nie, ren­con­tr­er et tra­vailler avec des gens dif­férents, c’est un des plus grands plaisirs que j’ai dans ce métier.