Alain Duault — Suivez le guide !

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Alain Duault ©Laurence Labat / France 3

Alain Duault ©Laurence Labat / France 3
Alain Duault ©Lau­rence Labat / France 3
A l’époque où il se des­ti­nait à devenir enseignant, le jeune Alain Duault ne s’in­téres­sait guère qu’à la musique mod­erne et trou­vait l’opéra « ringard ». Mais Mau­rice Roche lui prête un jour un disque et c’est le choc. « C’é­tait le Requiem de Ver­di, dans la ver­sion dirigée par Car­lo Maria Giuli­ni. On peut com­mencer plus mal ! Comme je suis plutôt du genre pas­sion­né, j’ai aus­sitôt voulu me plonger dans toute l’his­toire de l’opéra ».

Ren­dre l’opéra accessible
Pas­sion­né par la trans­mis­sion du savoir, Alain Duault est naturelle­ment devenu un homme de médias afin de partager son amour de la musique clas­sique et du lyrique. « J’ai la même volon­té péd­a­gogique et de clarté avec les gens que j’avais avec les enfants pen­dant les 10 ans où j’ai enseigné. J’ou­vre des fenêtres et je vais à la recherche de nou­veaux publics. Je ne veux pas con­va­in­cre les con­va­in­cus, je vais sur RTL ou sur FR3 parce que la musique clas­sique est pour tout le monde. Si j’é­tais pein­tre, je préfér­erais être exposé dans une galerie au milieu de la rue prin­ci­pale, entre la boulan­gerie et le libraire, qu’au fin fond d’un musée ! ».

Quand il n’écrit pas des livres beau­coup plus intimes, Alain Duault s’ap­plique donc à décom­plex­er ceux que les ors et la pompe clas­siques intimi­dent encore. « Je com­mence par la vis­ite des plus belles maisons d’opéras du monde », explique-t-il à pro­pos de son dernier opus, Invi­ta­tion à l’opéra. « Le plaisir de l’opéra passe en effet par la magie de ces lieux mythiques, de ces écrins. Aucun disque ne vau­dra jamais l’é­mo­tion qu’on éprou­ve dans une salle ». Le néo­phyte apprend aus­si les dif­férents com­posants d’un opéra avant de plonger dans son his­toire, ses grands créa­teurs et ses oeu­vres majeures. Le bon­heur d’heures passées à l’é­coute de ces dernières éclate à chaque page. « Je veux réha­biliter la notion de plaisir pop­u­laire qui s’est per­due au 20e siè­cle. La musique est dev­enue plus com­plexe et touche le pub­lic intel­lectuelle­ment à défaut de le touch­er émo­tion­nelle­ment. Si Ver­di vivait aujour­d’hui, il écrirait cer­taine­ment de la musique de films ! ».

Aux côtés des grandes écoles ital­i­enne, alle­mande, française et russe, on décou­vre avec sur­prise l’ex­is­tence — et sou­vent la vital­ité — des opéras polon­ais ou mag­yar ! C’est un com­bat qui ne date pas d’hi­er : quand il dirigeait le mag­a­zine de référence Avant-Scène Opéra, il avait déjà ten­té — en vain — de con­va­in­cre des directeurs d’opéras de mon­ter Moniuszko. « C’est incon­cev­able : on est à deux heures de Varso­vie et on ignore jusqu’au nom de ce dernier. Mais pour les Polon­ais, il est plus impor­tant que Chopin ! Mal­gré les pro­grès de la com­mu­ni­ca­tion, nous restons très eth­no­cen­tristes ». Et Alain Duault de rêver au Manoir han­té chan­té à Paris… en polon­ais. « Autant je suis favor­able au sur­titrage qui per­met de mieux com­pren­dre la trame, autant je n’aime pas les opéras traduits en français. Quand un com­pos­i­teur écrit une nasale et qu’il l’as­so­cie à un haut­bois, ce n’est plus du tout la même chose si la tra­duc­tion en fait une sif­flante. D’ailleurs, Ver­di lui même, qui avait créé Don Car­los à Paris en français, a dû procéder à quelques arrange­ments avant de le remon­ter en ital­ien ».

Quel avenir pour le lyrique ?
En ce moment, il pré­pare une émis­sion spé­ciale sur FR3 dans le style de celle qu’il avait pro­posée il y a quelques années avec Tosca à Rome. « Les 3 et 4 juin, nous allons mon­ter La travi­a­ta. Chaque acte sera dif­fusé en direct, à l’heure et sur les ‘lieux’ mêmes ou presque de l’ac­tion, dans et autour de Paris ». Deux jours de retrans­mis­sions pres­tigieuses qui font mal­heureuse­ment un peu excep­tion sur un ser­vice pub­lic qui pro­gramme désor­mais la musique clas­sique et le lyrique au tré­fonds de la nuit. Alain Duault a plus de chance à la radio où il dis­pose d’une tri­bune quo­ti­di­enne et de prox­im­ité pour partager sa passion.

Quel est aujour­d’hui l’avenir de l’opéra ? Peut-on ramen­er dans les salles un pub­lic pop­u­laire qui les a désertées aux prof­its des mul­ti­plex­es et des stades ? « Il y a dix ans, j’é­tais plus pes­simiste. Mais main­tenant, j’ai l’im­pres­sion que la par­en­thèse de la musique sérielle [Musique basée sur les douze notes de la gamme (do, do dièse… jusqu’à si) et for­mant une série util­isée de manière répéti­tive. La musique sérielle, qui a exer­cé une influ­ence pro­fonde sur l’art du 20e siè­cle, s’op­pose à la musique tonale, réputée plus facile d’ac­cès] se referme. Des artistes comme Philip Glass ou John Adams réc­on­cilient rythme et har­monie. Je viens d’en­ten­dre en avant-pre­mière Ele­phant Man de Lau­rent Petit­gi­rard. C’est un très bel opéra basé sur l’his­toire et non sur le film mais pour le moment, on lui a pro­posé de le créer… en Alle­magne. J’e­spère que cela aura plutôt lieu en France. En atten­dant, les com­pos­i­teurs qui pra­tiquent la nou­velle musique — par oppo­si­tion à la musique con­tem­po­raine désor­mais liée au dodé­ca­phon­isme — ont l’air d’avoir envie d’en com­pos­er, donc je pense que l’opéra a un avenir ».

Tant que l’opéra restera une matière vivante, Alain Duault n’au­ra aucune rai­son de retourn­er à l’enseignement !

Ver­di, une pas­sion, un destin
Il y a quinze ans, Alain Duault a écrit une biogra­phie de Giuseppe Ver­di qui fait désor­mais référence en Ital­ie même ! Il pré­pare pour l’an prochain un grand spec­ta­cle pop­u­laire pour com­mé­mor­er le cen­te­naire de sa disparition.

Com­ment est née l’idée de Ver­di, Une pas­sion, un des­tin ?
Aïda et Nabuc­co on déjà été mon­tés à Bercy qui cher­chait donc un moyen dif­férent pour le cen­te­naire de la mort de Ver­di. Quand j’ai mis les pieds dans la salle vide et que je me suis dit « il va fal­loir rem­plir ça », ça m’a fait un choc ! Mais main­tenant, ça y est, la trame est ter­minée et la dis­tri­b­u­tion est en cours.

Il s’a­gi­ra d’un col­lage de scènes et d’airs ?
Oui. Il y aura un réc­i­tant sur scène, Jean Piat, et des séquences sur Ver­di qui seront pro­jetées sur de grands écrans. Elles servi­ront de lien entre les grands airs, scènes et temps forts de ses oeu­vres, de l’ou­ver­ture de La force du des­tin au choeur des esclaves de Nabuc­co. J’ai bien con­science qu’en choi­sis­sant de faire une « com­pil » à Bercy, je vais au devant de bien des cri­tiques. Mais cela m’est égal : je sais que je vais touch­er par ce biais un autre pub­lic que celui qui va à l’opéra et c’est le plus important.

C’est un show à grand spectacle ?
Oui, le chef Nel­lo San­ti dirig­era 8 solistes et un un orchestre de 150 musi­ciens. On comptera aus­si 200 cho­ristes. Ver­di, Une pas­sion, un des­tin ouvri­ra le 8 mars 2001 au Palais Omnis­ports de Paris Bercy. Le spec­ta­cle est déjà acheté par de nom­breuses villes : Toulouse, Nîmes, Lyon ou encore Stras­bourg. Et il est prévu qu’il tourne en Alle­magne, en Autriche, au Japon, en Aus­tralie, en Amérique du Sud et bien sûr en Italie !