Adieu Gary, premier film de Nassim Amaouche

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Adieu Gary, premier film de Nassim Amaouche

adieu-gary2Tout com­mence par un trav­el­ling éton­nant puisque nous sommes dans une Mer­cedes qui roule… sur des rails de chemin de fer. Il s’agit d’une voiture mod­u­la­ble, trafiquée par des as de la débrouille que sont les habi­tants de cette cité ouvrière qui tombe en ruine.

L’intrigue se base sur les rela­tions entre le jeune Samir, qui sort de prison pour un petit délit, et son père Fran­cis, homme bour­ru au cœur ten­dre inter­prété avec tact et élé­gance par Jean-Pierre Bacri. Ce dernier a du mal à com­mu­ni­quer avec ce fils tout comme avec l’humanité en général, à com­mencer par sa voi­sine Maria, for­mi­da­ble Dominique Rey­mond, mère céli­bataire d’un grand dadais qui attend des jours entiers, assis sur une valise, le retour de son père qu’il tend à con­fon­dre avec Gary Coop­er, son pater­nel ado­rait les west­erns avec cet acteur.

Comme l’indique le titre du film, l’attente de Gary sera peine per­due. Nas­sim Amaouche développe une his­toire toute sim­ple avec des per­son­nages attachants, dans une atmo­sphère un peu non­cha­lante, comme si la vie tour­nait au ralen­ti dans ce décor mag­nifique : la cité blanche du Teil (et, a pri­ori, promis à la démo­li­tion). Sans jamais tomber dans le manichéisme, le réal­isa­teur prend soin de don­ner de l’épaisseur à cha­cun des per­son­nages de son film, à l’instar de ce jeune hand­i­capé moteur et acces­soire­ment deal­er, per­son­nal­ité com­plexe. Fin directeur d’acteurs, il sait met­tre chaque comé­di­en en valeur avec des presque rien. C’est bien la mar­que du talent.

Samir tombe amoureux de la belle Nej­ma, serveuse dans le bar du coin. Mais cette dernière a de l’ambition et ne se voit pas vivre indéfin­i­ment en province. Elle va donc mon­ter à Paris, lais­sant der­rière lui ce jeune amoureux rêveur, mal à l’aise dans la société. Son frère aîné tente bien d’in­té­gr­er Samir dans la société, en vain. Une très belle séquence musi­cale mon­tre la jeune femme inter­préter une chan­son, accom­pa­g­née au oud par l’un des mem­bres du trio Joubran, auteur de la musique du film. Notons que la bande sonore réjouit l’oreille. Tra­vail­lée en finesse, elle apporte une dimen­sion sup­plé­men­taire au film.

De plus, le réal­isa­teur évite les scènes con­v­enues. Ne vous atten­dez donc pas à voir une séquence de règle­ment de compte père/fils avec crise d’hystérie en prime, sans sup­plé­ment de tarif… Bien plus fine­ment, Nas­sim Amaouche évoque le dia­logue renoué par le biais de regards et de gestes qui n’ont l’air de rien, lais­sant au spec­ta­teur le soin de ressen­tir les choses plutôt que de les lui assén­er à grands coups d’effets dramatiques.

En résumé, un film à décou­vrir absolument.

Quelques mots sur la musique : le trio Joubran est com­posé de trois frères : Samir, l’aîné, Wis­sam et Adnan. Ensem­ble ou séparé­ment, ils ont signé plusieurs albums depuis une dizaine d’années. Leur spé­ci­ficité : l’utilisation des ouds et en étant très imprégné de la cul­ture palestinienne.
Décou­vrez la musique du trio Joubran sur leur site.

Adieu Gary — scé­nario et réal­i­sa­tion de Nas­sim Amaouche
Avec : Jean-Pierre Bacri, Dominique Rey­mond, Yas­mine Bel­ma­di, Mhamed Arez­ki, Sab­ri­na Ouazani
sor­tie le 22 juil­let 2009 — durée : 75 minutes

Présen­té à la semaine de la Cri­tique du fes­ti­val de Cannes 2009 dont il rem­porte le Grand Prix.

La sor­tie de ce film est endeuil­lée par la dis­pari­tion, dimanche 19 juil­let au petit matin, du comé­di­en Yas­mine Bel­ma­di, des suites d’un acci­dent de scoot­er. Il avait 33 ans et une déjà belle car­rière au ciné­ma qui ne demandait qu’à s’épanouir.