Spectacle musical de Jérôme Savary
Costumes : Michel Dussarrat
Avec Nicolle Rochelle, Carmen Barika, Wanjiru Jamuyu, Myorah B.Middleton, Michel Dussarrat, Jimmy Justice, Joseph Wiggan, Kendrick Jones, Brian Scott Bagly…
Jérôme Savary a deux amours : le jazz et Joséphine Baker ! Dans le spectacle À la recherche de Joséphine, le metteur en scène saltimbanque et néanmoins directeur de l’Opéra Comique passe allègrement de l’un à l’autre avec une logique toute personnelle, aussi sinueuse et trouble que le fleuve Mississippi. Qu’importent les raccourcis employés ? dommage toutefois qu’il n’ait pas jugé utile de les rendre plus explicites ? le très long parallèle historique entre la genèse du jazz et la conquête de la liberté des noirs américains, depuis le triangle de la traite des esclaves jusqu’au Cotton Club, présente un réel intérêt pour tout spectateur un tant soit peu humaniste. L’action principale se passe dans une Nouvelle-Orléans contemporaine, tout juste dévastée par l’ouragan Katrina ? Monsieur Savary, pourquoi nous inonder de sujets intéressants certes, mais sans rapport direct avec le sujet de la pièce ? ? où un metteur en scène français cherche une artiste pour représenter Joséphine Baker dans une rétrospective de la Revue Nègre des années 20. Dans une embarcation de survie, il trouve la jeune fille idéale ainsi que trois compères presque centenaires que l’on croirait sortis d’un Preservation Hall englouti. Au fil de l’eau, de nombreux tableaux musicaux plutôt riants évoquent pourtant la souffrance dans laquelle le jazz a été enfanté. On peut regretter la vitesse d’enchaînement des saynètes qui donne un sentiment de superficialité à l’ensemble, mais, pour peu que l’on ait un minimum de références culturelles en tête ? La Case de l’Oncle Tom et Cotton Club suffiront, rassurez-vous ! ?, on captera aisément le message et l’on pourra même être ému.
Assez brutalement, au bout de 90 minutes — il était temps !-, Jérôme Savary nous transporte de la Louisiane post-napoléonienne à une Joséphine ressuscitée. C’est alors comme un deuxième spectacle qui débute, riche de paillettes, lumière, costumes… et bananes, comme il se doit ! « J’ai deux amours » résonne comme un clairon pour tous les spectateurs qui se seraient assoupis. La suite est composée de numéros de cabaret absolument irrésistibles, à la fois drôles et de grande qualité musicale et scénique. Cette partie qui retrace les grands tableaux de la Revue Nègre et qui est finalement celle que l’audience a choisi de venir voir, paraît vraiment trop courte par rapport à l’ensemble. Heureusement, les salutations au public sont plus que généreuses — elles durent un bon quart d’heure — et incluent un rappel de Joséphine et quelques séquences supplémentaires de claquettes hallucinantes.
Il faut dire que si la mise en scène laisse parfois un peu perplexe, la troupe et l’orchestre font l’unanimité ! Jérôme Savary est allé chercher aux Etats-Unis, New York et Nouvelle-Orléans, des talents qui ne peuvent que trancher avec les standards de la scène parisienne. C’est quasiment Broadway à Paris ! Nicolle Rochelle, dans le rôle titre, est belle comme un coeur et surtout, elle chante divinement le trémolo des années 20 et se trémousse en grimaçant comme la Baker, mais sans en faire trop, avec beaucoup de naturel. Michel Dussarrat, qui interprète le metteur en scène errant et meneur de cabaret — il est également en charge des costumes -, a la difficile tâche d’être omniprésent, comme un fil conducteur, sans voler la vedette, ce qu’il réalise à la perfection. Le reste de la troupe allie des comédiens d’expérience à une jeunesse prometteuse, dans un melting-pot de tonalités graves et de délires artistiques, pour un spectacle au bout du compte très réussi !