1998–2002, la folle histoire récente du théâtre musical à Paris — Deuxième partie 2001–2002

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2001 La con­fir­ma­tion et la consolidation
Le pas­sage à l’eu­ro ne détourne pas le pub­lic du spec­ta­cle musi­cal, loin de là. Le seul véri­ta­ble impact est observé dans Chance : la chan­son « 99 mil­lions de francs » devient « 99 mil­lions d’eu­ros ». Hormis cette con­ver­sion à taux étrange, le pub­lic a con­tin­ué à se bous­culer pour Les 10 Com­man­de­ments, Roméo et Juli­ette ain­si que pour la reprise de Notre Dame de Paris. Et l’en­goue­ment touche non seule­ment la France, mais aus­si les ter­res de fran­coph­o­nie (Bel­gique, Suisse, Québec) ain­si que l’I­tal­ie. Même Lon­dres y est allé de sa pro­duc­tion de Notre Dame de Paris pour un suc­cès bien moin­dre qu’à Paris. Il est vrai que les lon­doniens ont déjà un autre grand Vic­tor Hugo « musi­cal­isé » par des frenchies : l’indéracin­able Les Mis­érables. Pour le spec­ta­cle musi­cal à la française, la sai­son 2001–2002 sonne comme une année de con­sol­i­da­tion mais le cer­cle des affich­es à suc­cès reste fer­mé. François Valéry, chanteur de var­iétés oublié depuis longtemps, a bien ten­té de se relancer avec L’Om­bre d’un Géant. Mais dès l’ou­ver­ture le 12 févri­er 2002, il lui a été dif­fi­cile d’échap­per à un ver­dict cru­el en pre­mier lieu à cause de textes d’une médi­ocrité indéfendable.

Les bonnes sur­pris­es se jouent dans de bien plus petits théâtres : le bril­lant I do, I do issu de Broad­way, l’ir­ré­sistible­ment hila­rant Frou-Frou Les Bains (couron­né par le Molière du spec­ta­cle musi­cal) baig­nant dans le music-hall et le très sym­pa­thique Chance. Ils per­me­t­tent d’en­trevoir l’avenir radieux du théâtre chan­té. Ils parta­gent les car­ac­téris­tiques suiv­antes : un sens de l’hu­mour com­mu­ni­catif et la présence de musi­ciens dans la fos­se ou sur scène. Ces traits leur con­fèrent une meilleure prox­im­ité avec le pub­lic. Bien évidem­ment, ils n’ont pas fait d’om­bre aux gros cal­i­bres. Au con­traire, ils furent une rafraîchissante alter­na­tive aux gross­es machines pour les ama­teurs de théâtre musi­cal. À l’époque de Star­ma­nia, ces mêmes fans étaient for­cé­ment frus­trés par les choix lim­ités que pro­po­sait notre cap­i­tale. Les plus mor­dus trou­vaient leur bon­heur du côté de Lon­dres et New York. Aujour­d’hui, le théâtre musi­cal est bien mieux instal­lé au point que le genre est mieux iden­ti­fié dans les pro­grammes de spec­ta­cles et les médias.

2002 Le début d’un nou­veau cycle
Avec le lance­ment du nou­veau Pla­m­on­don, Cindy (25 sep­tem­bre 2002), c’est un nou­veau « cycle » qui démarre car il faut bien admet­tre que Luc Pla­m­on­don reste le grand maître de céré­monies du genre. Pour cette nou­velle aven­ture, il s’est asso­cié à un autre pop­u­laire faiseur de chan­sons : Romano Musumar­ra. De son côté Richard Coc­ciante pour­suit sa route après sa pre­mière expéri­ence réussie de Notre Dame en adap­tant Le Petit Prince (1er octo­bre 2002) de Saint Exupéry. Ensuite devrait venir Autant en Emporte le Vent de Gérard Pres­gur­vic (ren­trée 2003 sous réserve). Pour autant qu’on puisse en juger, il s’ag­it encore d’adap­ta­tions d’his­toires archi-con­nues dont on redonne une lec­ture musi­cale. L’heure n’est pas encore aux his­toires orig­i­nales ou tirées d’oeu­vres moins célèbres. La démarche actuelle a l’a­van­tage de main­tenir le pub­lic sur le ter­rain fam­i­li­er des valeurs sûres.

Peut-être est-ce cette démarche qui motive la reprise de Emi­lie Jolie de Philippe Cha­tel, qui a illu­miné la jeunesse des artistes qui chanteront sur scène. On le voit, les affich­es de la ren­trée sont très nom­breuses, d’au­tant que Les 10 Com­man­de­ments ou Roméo et Juli­ette con­tin­u­ent à tourn­er et qu’il y aurait bien d’autres titres à citer. On pour­rait crain­dre la can­ni­bal­i­sa­tion des spec­ta­cles entre eux. Voyons plutôt un défi : l’élar­gisse­ment et la fidéli­sa­tion au théâtre musi­cal du pub­lic ama­teur de musique. Le genre con­firmerait son instal­la­tion durable. En 1998, une telle éven­tu­al­ité aurait paru incon­cev­able. Aujour­d’hui le rêve devient réal­ité et l’a­ma­teur du genre trou­ve une cer­taine sat­is­fac­tion à Paris. En creu­sant encore, on pour­rait amélior­er ces spec­ta­cles grâce à de véri­ta­bles orchestres, aux dimen­sions plus humaines, des livrets plus con­sis­tants et des stars spé­cial­isées dans le théâtre musi­cal. On se rap­procherait alors de la qual­ité de Lon­dres ou New York. On se prend même à espér­er que sous peu les grands maîtres tels que Andrew Lloyd Web­ber, Stephen Sond­heim ou Bou­blil et Schön­berg s’ac­cli­ma­tent aux cieux parisiens. Pous­sons encore plus loin le bou­chon : les autres cap­i­tales européennes suc­comberaient égale­ment à nos Roméo et Juli­ette et Notre Dame. Et pourquoi pas une spé­ci­ficité musi­cale dans chaque pays ? L’a­ma­teur trou­verait partout en Europe de quoi réjouir ses yeux et oreilles, ce rêve fab­uleux est peut-être en passe de s’ac­com­plir. À suivre !

Liste des oeu­vres citées
Les 10 Com­man­de­ments (2000), spec­ta­cle musi­cal de Pas­cal Obis­po (musique), Lionel Flo­rence (auteur) et Patrice Guirao (auteur).
Roméo et Juli­ette, de la haine à l’amour (2001), spec­ta­cle musi­cal de Gérard Pres­gur­vic (chan­sons et livret) d’après William Shakespeare.
L’Om­bre d’un Géant (2002), spec­ta­cle musi­cal de François Valéry (chan­sons) et Thier­ry Sforza (dia­logues)
Frou Frou les Bains (2001), comédie de Patrick Haude­coeur avec des chan­sons tiré du réper­toire du music-hall.
I do, I do, une vie en chan­té (1966 aux USA, 2001 en France), musi­cal de Har­vey Schmidt (musique) et Tom Jones (paroles et livret). Adap­ta­tion française de Stéphane Laporte.
Chance (2001), comédie musi­cale de Hervé Devold­er (Livret, musique et paroles).
Cindy, Cen­drillon 2002 (2002), spec­ta­cle musi­cal de Romano Musumar­ra (musique) et Luc Pla­man­don (textes).
Le Petit Prince (2002), spec­ta­cle musi­cal Richard Coc­ciante (musique) et Eliz­a­beth Anaïs (textes)
Autant en Emporte le Vent (2003 sous réserve), de Gérard Presgurvic.